Rue des Petites Maries, un immeuble rénové par Marseille Habitat accueille depuis l’automne dernier neuf femmes isolées, âgées de 19 à 76 ans, sorties de l’hébergement d’urgence. Porté par l’Armée du salut, ce dispositif associe logement et accompagnement social, avec pour objectif l’accès à un logement pérenne.

Elles vivaient à l’hôtel, certaines hébergées en urgence par le 115, sans savoir combien de temps elles pourraient rester. Depuis l’automne dernier, neuf femmes ont posé leurs valises dans un immeuble de dix logements rue des Petites Maries, à Belsunce (1er). Cet ancien immeuble du CROUS a été entièrement remis en état par Marseille Habitat pour un montant de 200 000 euros afin d’adapter les lieux aux besoins des futures résidentes, avant d’être vendu à l’Armée du salut.

Le bâtiment accueille aujourd’hui des femmes isolées, âgées de 19 à 76 ans, dans neuf studios et un T2. Toutes arrivaient en fin de prise en charge hôtelière et ont été orientées directement par le SIAO (Service intégré de l’accueil et de l’orientation) des Bouches-du-Rhône.

petites maries, À Belsunce, un immeuble rénové pour offrir un temps de répit aux femmes isolées, Made in Marseille
L’un des T1 rénovés par Marseille Habitat et l’Armée du salut.

« Ici, je me sens plus chez moi »

Comme Brigitte, 67 ans, qui vit ici depuis quatre mois. « À cause de la maladie, on se retrouve très vite sans travail ni logement », raconte cette ancienne professeure de couture, atteinte d’un cancer, qui suit un traitement en chimiothérapie. Elle se souvient de l’angoisse liée à l’hébergement hôtelier. « C’est une épée de Damoclès. On prend soin de vous mais on peut vous dire de partir du jour au lendemain ».

Dans son studio en rez-de-chaussée d’une vingtaine de mètres carrés avec kitchenette, elle a retrouvé une autonomie qu’elle avait perdue. « Ici, c’est petit, mais je me sens plus chez moi. Avoir cet espace m’a permis de m’occuper de mes démarches administratives ». Brigitte consacre environ 20 % de ses revenus à son loyer. En attente du versement de sa retraite, elle espère pouvoir bientôt accéder à un logement durable.

Fatima, 34 ans, a aménagé la mezzanine du T2, au dernier étage, en salle de jeux pour ses jumelles scolarisées en CE1. Arrivée d’Algérie il y a deux ans, cette agent de sécurité incendie attend l’obtention de sa certification SSI pour pouvoir retravailler. La jeune maman tenait à se loger « dans un quartier proche du centre-ville, où les filles peuvent aller à la bibliothèque ou au cinéma. Elles sont toutes les deux premières de leur classe », glisse-t-elle avec fierté.

Un accompagnement sur mesure

« Chaque femme signe à son arrivée une convention d’hébergement et bénéficie d’un accompagnement social individualisé, explique Xavier Bosiger, chef de service à l’Armée du salut. Nous définissons ensemble un projet personnalisé avec nos travailleurs sociaux ». Ce qui permet par la suite « de préparer leur sortie. Quand elles partiront, elles auront déjà des appuis et peuvent se projeter dans l’avenir ».

En plus de les accompagner sur l’accès aux droits, « on essaye de créer un environnement chaleureux et sécure, précise Sitina, travailleuse sociale du dispositif. On organise régulièrement des ateliers bien-être, des sorties, des repas partagés… on crée des moments pour qu’elles apprennent à se connaître entre voisines et créer du lien ». Un groupe WhatsApp permet également aux voisines d’échanger librement ensemble.

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Un modèle appelé à se développer

« Leur objectif est de rebondir. Elles n’ont aucune urgence à en partir, mais elles ont toutes des projets pour retrouver un emploi, toucher une retraite et être apaisées afin de pouvoir réaliser leur projet dans la tranquillité », résume Audrey Gatian.

Ce 8 janvier, la présidente de Marseille Habitat est venue rencontrer les résidentes avec l’adjointe en charge des affaires sociales, Audrey Garino. Pour cette dernière, il s’agit d’offrir « un lieu de répit » aux femmes seules de plus en plus nombreuses à se retrouver en situation de rue, et particulièrement exposées aux violences.

C’est pourquoi la Ville de Marseille affirme consacrer 80% des places d’hébergement qu’elle crée aux femmes isolées, sur un objectif global de 1000 places. « On ne pouvait pas faire de logement classique ici, en raison de la petite surface des appartements, poursuit Audrey Gatian. Ce projet permet à la fois de ne pas laisser ces personnes seules, d’occuper un immeuble et ainsi créer de la vie dans le quartier ».

Un modèle appelé à être répliqué : un nouveau compromis de vente entre Marseille Habitat et l’Armée du salut doit être signé dès aujourd’hui pour un dispositif similaire dans le centre-ville, nous indique Audrey Gatian.

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