Avec 36,38%, la tête de liste du Rassemblement national, Thierry Mariani devance le président LR sortant Renaud Muselier (31,91%), qui crée toutefois la surprise. Le troisième homme cette élection, l’écologiste Jean-Laurent Félizia (16,89%), renonce à faire barrage à l’extrême droite en maintenant sa liste. Le scénario inverse de 2015. C’est une triangulaire qui se dessine pour le second tour des élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

C’est la région dans laquelle le Rassemblement national avait placé le plus d’espoirs. Au terme de ce premier tour du scrutin régional marqué par une abstention record, Thierry Mariani se qualifie avec 36,38% des suffrages devant Renaud Muselier, le président LR sortant, qui totalise 31,91% des voix. Soit 4 points d’écart seulement, très loin des sondages qui lui accordaient près de 41 % au premier tour.

Si Renaud Muselier résiste, dans les autres régions, Les Républicains se sont largement imposés, tandis que le parti de Marine Le Pen descend en-dessous de la barre des 20%, enregistrant entre 8 et 9 points de moins qu’en 2015. Thierry Mariani fait d’ailleurs moins bien que le score du Front national il y a six ans, où Marion Maréchal Le Pen avait obtenu 40,55 % des suffrages au soir du premier tour.

Félizia exhorté au retrait par les leaders socialistes et écologistes

Plus loin, Jean-Laurent Félizia, tête de liste du Rassemblement écologique et social, se hisse à la troisième place avec 16,89 %. À l’issue de ce premier tour, la gauche avait trois possibilités en fonction des résultats du scrutin régional : le maintien, son retrait ou une fusion technique. « On verra en fonction de notre poids politique ce soir-là », nous confiait le candidat dans une interview début juin, refusant de se prononcer avant le soir du premier tour.

Dans la soirée, le candidat de la liste d’union de la gauche (EELV, PS, PCF, Génération.s) a annoncé son intention de se maintenir pour le second tour, faisant voler en éclat le front républicain. « Notre score méritait d’être porté au-delà de ce simple premier tour ».

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En 2015, c’est justement le front républicain et le retrait de la liste de Christophe Castaner [socialiste à l’époque] qui avaient permis à Christian Estrosi de s’imposer en recueillant 54,78 % des voix, face à Marion Maréchal-Le Pen (45,22%). « Au second tour nous aurons un adversaire, Renaud Muselier, mais surtout un ennemi, le Rassemblement national qui reste pour nous une force d’exclusion, qui reste pour nous une force d’intolérance qui ne doit pas l’emporter dans notre région », a indiqué Jean-Laurent Félizia dans sa déclaration, dimanche soir.

EELV retire son soutien à Jean-Laurent Félizia

Les patrons de la gauche l’ont rapidement exhorté au retrait ; le secrétaire national du PS, Olivier Faure, faisant savoir que les socialistes de la liste se retireraient face au risque RN. Quand l’euro-député EELV, Yannick Jadot, désapprouve ce choix, le qualifiant « d’erreur politique ».

Les chefs de parti n’ont aucun pouvoir sur le dépôt de liste qui doit intervenir ce mardi 22 juin. Toutefois, le bureau exécutif d’EELV a choisi dimanche soir de retirer son soutien à l’écologiste Jean-Laurent Felizia.

Christophe Castaner, patron des députés LREM, estime pour sa part que « Félizia a fait un bras d’honneur à Olivier Faure». Une référence à la réponse du Varois considérant qu’il n’avait pas de compte à rendre au chef du PS. « Je vois une gauche perdue qui a perdu la raison. Dans la seule région de France où le RN peut l’emporter, la gauche n’est pas au rendez-vous. C’est une faute politique », a-t-il déclaré à l’Agence France Presse. Jean-Laurent Felizia « serait certes un président de groupe de l’opposition, mais un président de la honte », a-t-il ajouté.

En début de matinée, sur France Info, Julien Bayou appelait de nouveau à faire barrage, ajoutant que si Jean-Laurent Félizia maintient sa liste, il sera exclu du parti.

Localement, le maire de Marseille s’est également exprimé par voie de communiqué de presse à être « là où le devoir commande ». Et semble appeler à voter pour Renaud Muselier, sans toutefois le dire explicitement.

48 h déterminantes avant le dépôt des listes

À ce stade, c’est vers une triangulaire que le second tour du scrutin se dirige, à la faveur de Thierry Mariani, pour qui le maintien de Félizia est une « bonne nouvelle pour la démocratie ».

Le candidat soutenu par le RN devrait profiter des reports de voix des listes de Debout la France de Noël Chuisano (2,7 %). Avec 2,4 %, Valérie Laupies de la Ligue du Sud, pourtant très proche des idées d’extrême-droite, ne devrait toutefois donner aucune consigne de vote.

Les 48 heures qui s’ouvrent, jusqu’au dépôt des listes de second tour prévu mardi, vont être le théâtre de tractations, notamment à droite. Jean-Marc Governatori avait déjà annoncé son intention de soutenir la liste de Renaud Muselier s’il dépassait les 5 %.

Avec 5,89 % des suffrages, c’est pour lui « un score historique, c’est la naissance de l’écologie centriste en France. C’est notre électorat qui décidera de l’issue du second tour. On va se parler avec Renaud Muselier, la bonne nouvelle est que le Rassemblement national est moins haut que ce que nous craignions ».

Chacun sa ligne

Depuis Le Pontet, l’ancien maire RPR de Valréas, passé par les gouvernements de Nicolas Sarkozy, s’est évertué à motiver les « électeurs patriotes » et les abstentionnistes à se déplacer.

Le parti justifie son score par le taux de participation historiquement bas : « Il apparaît clairement que c’est notre liste qui en est la première victime. (…) Si vous n’allez pas voter dimanche, alors nous continuerons avec les mêmes. Alors c’est le candidat d’Emmanuel Macron qui sera élu », a-t-il lancé en allusion à Renaud Muselier, qui compte sur ses listes des personnalités issues de la majorité présidentielle.

Quand Renaud Muselier a, lui, appelé chacun à prendre « ses responsabilités face à l’extrême-droite » qui « attise nos vrais problèmes, nos difficultés du quotidien, pour toujours plus nous séparer et nous opposer. Jamais je ne la laisserai sacrifier notre région sur l’autel de cette ambition ». Il restera fidèle à sa logique de rassemblement et ce combat : « C’est mon identité politique, c’est le combat que j’ai mené depuis le début de ma vie ».

Grand vainqueur de cette élection : l’abstention historique

Les candidats repartent dès ce matin sur le terrain pour convaincre les électeurs. Direction Marignane pour Renaud Muselier puis le Vaucluse où le RN a viré en tête. Thierry Mariani se rendra à Toulon pour une table ronde sur l’économie de la mer, la plaisance et l’environnement.

Au-delà des résultats, c’est surtout le niveau d’abstention qui s’affiche comme le grand vainqueur de la soirée. Il est historique. Au total, plus de 66 % des électeurs ne se sont pas déplacés aux urnes dimanche. Une chute spectaculaire par rapport aux régionales de 2015, où l’abstention avait atteint 50,09 %, et à celles de 2010, où elle avait été de 53,67 %.

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