Jean-Laurent Félizia, le candidat du Rassemblement écologique et social pour les régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur, revient sur sa candidature et sa feuille de route pour la région. Entretien.

Les candidats du Rassemblement écologique et social, mené par Jean-Laurent Félizia, ont dévoilé les grands axes de leur programme pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. De nombreux adjoints du Printemps marseillais ont fait le déplacement vendredi soir à la Casa Delauze à Marseille, pour apporter leur soutien à la liste « des forces de progrès », selon ses termes.

Ce projet « co-construit » avec les différentes composantes du mouvement est aussi le fruit d’une consultation de terrain menée depuis de longs mois. Le programme s’inscrit dans les pas de la feuille de route de Michel Vauzelle. L’ancien président socialiste de région s’est exprimé en vidéo lors de cette réunion publique. « Ma place est là car nous représentons l’espoir. Nous pouvons parfaitement gagner comme en 1998 ». En attendant le débat « projet contre projet », Jean-Laurent Félizia, qui a « faim de démocratie », revient sur cette campagne électorale et ses ambitions pour la région.

, Régionales – Jean-Laurent Félizia : « L’écologie parle à tout le monde aujourd’hui », Made in Marseille

Lorsque vous parlez de votre mouvement, vous évoquez un rassemblement historique. La France insoumise manque pourtant à l’appel, ainsi que les collectifs citoyens. Qu’est-ce qui a coincé ?

LFI ne voulait pas d’une tête de liste écologiste. Quand ça achoppe d’entrée sur une personne, c’est compliqué de discuter de manière harmonieuse. Sur les collectifs citoyens, je ne suis pas d’accord. Ils existaient dans cet appel « Il est temps », et aujourd’hui, on retrouve les composantes d’« Il est temps », notamment des personnes de la société dite “de tous les jours”, dans notre liste de rassemblement écologique et social.

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Jean-Marc Governatori (Cap Ecologie) a décidé de quitter votre mouvement pour une liste autonome. Regrettez-vous son départ ?

Quand il annonce il y a quelques jours qu’il va rallier Renaud Muselier [« à condition qu’il devienne plus écolo qu’il ne l’est », estime Jean-Marc Governatori, ndlr], ce n’est pas une grosse perte. Je ne conçois pas l’écologie sans les valeurs de gauche les plus fondamentales, c’est-à-dire l’équilibre de nos territoires par le service public et un élan pour les solidarités qui n’existent pas avec la droite et le centre. Comme disait François Mitterrand, « le centre, c’est soit à droite, soit à droite ».

Dans une récente interview, il nous confiait en avoir assez que l’écologie soit l’apanage de la gauche. Que lui répondez-vous ?

S’il en a marre que l’écologie soit de gauche, moi, j’en ai marre du greenwashing de droite et des « Governatorisques » parce qu’ils prennent un risque majeur pour les politiques publiques, lesquelles reposent sur la transition écologique. Donc, qu’il se débrouille avec le fait qu’il n’a pas un ADN qui corresponde à la réalité de ce qu’est la transition écologique et qu’il assume après les gadgets qu’il porte dans son écologie avec la droite.

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Comment analysez-vous justement le paysage politique à droite pour cette élection régionale ?

C’est à droite toute ou tous à droite. Il y a, à mon avis, un effondrement des valeurs républicaines que pouvaient porter la droite autrefois, qui se fourvoie et se vautre dans un discours qui anime les peurs. Ce n’est pas possible de mettre notre pays et notre région dans une situation de chaos en ne brandissant que les conséquences de politiques publiques irresponsables.

Pour vous, Les Républicains et le Rassemblement national c’est donc pareil ?

Je me retrouve en face d’une telle porosité. On peut se poser la question de savoir si Ciotti [député LR des Alpes-Maritimes] est au RN et Peltier [N°2 des Républicains] chez les LR… Mariani et Muselier sont des frères de lait. Ils ont été sous la même mère et le même père. Quand on en est là et que chacun veut tirer la couverture à soi, l’électeur ne s’y retrouve plus.

Vous avez fait de la situation dans les lycées votre cheval de bataille dans cette élection. Pourquoi ?

Ce qui crée l’insécurité, c’est la précarité. Cette précarité, on la retrouve dès lors qu’on a abandonné les territoires. Quand on n’a pas su adapter l’outil de formation en ne rénovant pas, en évitant d’adjoindre aux lycées des complexes sportifs dignes pour accueillir l’éducation physique et sportive, très importante… Si on n’apporte pas un vrai support à cette jeunesse pour décider de son avenir dans 20 ans, elle sera désœuvrée.

Vous mettez en avant des lycées en délabrement. Lesquels précisément ? Les avez-vous visités ?   

Oui, et nous avons aussi des remontées. Les lycée Giono-Curie d’Aubagne, Cocteau à Miramas, Jean-Perrin à Marseille ou Marseilleveyre… 175 lycées sont en état de délabrement, ou en manque d’outils, numériques, d’isolation thermique… Nous avons fait un tweet pour répondre à Renaud Muselier [qui demandait des noms lors de son meeting, ndlr]. Les seuls établissements qui ont été construits étaient portés par la mandature précédente de Michel Vauzelle.

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Le rail semble cristalliser le débat. Vous en avez fait l’un des axes forts de votre campagne. Quel est votre plan pour les TER ?

Plus de trains et, là où il y a des inégalités territoriales, des gares. Il faut trouver la bonne synchronisation entre l’usage du quotidien et l’amélioration des infrastructures par un investissement massif qui pourrait être de l’ordre de 900 millions sur la mandature pour l’ensemble du réseau ferroviaire secondaire, notamment là où on ne peut plus aller au-delà de 140 km/h. Des aménagements étaient programmés et n’ont pas été réalisés, notamment dans la jonction de Toulon à Nice, qui mérite des voies de délestage pour que les trains se croisent à Saint-Cyr-sur-Mer, mais aussi à l’Étoile de Veynes (04), près de Gap, pour libérer ce flux qui donnera plus de cadence. C’est aussi des trains plus tôt et des trains plus tard, pour apporter du confort aux usagers.

Vous vous opposez à l’ouverture à la concurrence. Pourquoi ?

Parce que c’est un service public. Il n’y aura aucune discussion possible sur la privatisation du rail.

Sauf que la procédure est déjà lancée. Vous envisagez de la casser ? Cela risque de coûter très cher à la collectivité.

On envisage de casser la procédure oui, et il y aura sûrement des pénalités. Il faut les payer pour garder ce service public. Un service public, c’est une mission. Une entreprise privée, ce sont des bénéfices et donc on sacrifie la plupart du temps une exigence de qualité et d’efficacité. Le rail au Royaume-Uni en est un exemple : 20 ans plus tard, on est repassé au service public.

Vous avez évalué ces pénalités ?

Non.

Dans votre projet, vous souhaitez mettre en place des trajets à 2 euros, la gratuité pour les moins de 25 ans… Ça ne va pas coûter 900 millions sur la mandature…

En effet, nous voulons ramener la carte Zou à 15 euros et entamer progressivement la gratuité pour une tranche d’âge qui a besoin de circuler. Ce budget-là n’est pas chiffré, car nous n’avons pas les remontées du budget primitif, mais c’est une offre de service pour remettre de l’égalité dans les territoires.

Avec cette politique du rail, vous pensez pouvoir faire arriver les trains à l’heure ?

Ce n’est pas que je veux, c’est que cette hiérarchisation et ces priorités-là nous apparaissent comme étant celles programmées il y a 12 ans, [sous le mandat de Michel Vauzelle, ndlr] ponctuées des conflits que nous avons rencontrés, et des directives européennes… C’est vers ça qu’il faut tendre pour aller vers l’usage du rail qui apporte de la mobilité douce. Moi, je ne mettrai pas une caillasse de plus dans des projets routiers.

Et côté sécurité dans les trains ?

Ne pas confondre les missions. Les contrôleurs, ça contrôle. Pour régler quelques soucis d’incivilité, il peut y avoir effectivement des agents qui accompagnent la mission de ces contrôleurs. À nous de voir quels sont les nœuds et points durs, et faire en sorte qu’il y ait des agents de sécurité qui assurent la tranquillité des passagers.

Quelle est la ligne écologiste que vous défendez pour la région ? Quelles mesures concrètes portez-vous dans ce domaine ?

En premier lieu, prendre en considération les risques naturels, et ils sont nombreux. Il faut avoir une politique d’accompagnement des risques d’inondation par un aménagement du territoire qui arrête de bétonniser, d’imperméabiliser… donc il faut travailler sur des ouvrages de génie écologique pour accompagner les cours d’eau, pour maintenir les berges.

Les incendies de forêt ne doivent pas être l’occasion de pratiquer des politiques de prévention qui nuisent à la biodiversité. Je mettrai en place un plan et une réflexion sur des pratiques beaucoup plus douces où l’on peut combiner tous les espaces naturels périurbains ou à proximité de zones habitées avec soit une interface agricole ou l’agro-sylvo-pastoralisme, soit par des plantations comme cela a pu être fait en Californie, qui ralentissent la progression du feu et qui créent des corridors écologiques.

Vous visez 60% d’agriculture biologique d’ici à 2030. Comment comptez-vous y parvenir ?

On doit travailler en lien avec les collectivités qui s’emparent de l’écologie de manière très pertinente en développant des programmes alimentaires territoriaux (PAT). Sans être une arme fatale opposable aux PLUI, nous pouvons accompagner de manière beaucoup plus sérieuse toutes les politiques en matière d’alimentation, d’installation d’agriculteurs… et ça passe par la dotation de soutien aux investissements locaux. Relancer les filières de maraîchage, sur des terres à forte valeur agronomique, qu’il ne faut pas sacrifier à la bétonisation, assurerait 4 et 5 000 emplois.

Quels sont les dispositifs sur lesquels vous comptez vous appuyer concernant la gestion des déchets ?

C’est un gros dossier. La Région doit participer à la reconversion de ce qui se faisait autrefois, la gestion de nos déchets dans l’enfouissement, vers la valorisation et la production d’énergie. On a beaucoup de déchets verts aujourd’hui en Paca. À nous de voir comment on les transforme à des fins de compostage ou à des fins de méthanisation pour créer de l’eau chaude, comme cela se fait à Toulon avec Sittomat, pour tout un bassin de population vers La Seyne-sur-Mer ou éventuellement tout ce qui est non-fermentescibles (papier, carton, PVC, etc) et prendre exemple sur l’usine du Muy qui peut sans doute être décliné. Ce plan de réorganisation doit se faire avec les EPCI. Par ailleurs, il vaut mieux que les camions amènent des déchets depuis des zones de production moins éloignées, plutôt que d’avoir un gros machin avec les flux de camions de transit trop important.

Il y a quelques jours vous étiez chez DualSun, entreprise spécialisée dans la conception de panneaux photovoltaïques. Quelle est votre définition des industries de demain ?

Une start-up comme DualSun est à soutenir, pas seulement dans la promotion de ses produits, mais en travaillant avec eux et des établissements de formation pour former des gens qui deviendront demain des installateurs. On estime aujourd’hui que financer 100 000 formations dites “de la transition écologique” permettra de créer des emplois locaux non délocalisables.

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Hydrogène, mix énergétique… Allez-vous explorer ces pistes et poursuivre le plan d’électrification des bateaux à quai ?

On va explorer ces filières. Nous allons poursuivre le plan d’électrification des bateaux à quais.

Vous voulez favoriser l’émergence de tiers-lieux culturels. Qu’entendez-vous par là ?

Ce sont des lieux offerts à la liberté d’expression qui font fi de tous les critères habituels qui peuvent être discriminants, qui ne font non pas appel à la culture, mais aux cultures, à la diversité, aux quartiers populaires. Les lycées peuvent accueillir ces tiers-lieux. Nous voulons créer un rebond de citoyenneté par la culture, en plus, bien sûr, de tous les festivals qui ont vocation à créer des ressources financières fortes pour notre région et des emplois, bien sûr.

Dans le secteur de la santé, quelle priorité pouvez-vous nous citer ?

Ne faut-il pas mieux que quelqu’un aille s’occuper d’une personne en difficulté, à faible motricité, chez elle, plutôt que de la mettre dans une maison de retraite ? On souhaite développer le service à la personne en développant des formations d’auxiliaires de vie.

Les derniers sondages vous donnent en troisième position (16%), loin derrière Thierry Mariani (RN) 42% et Renaud Muselier (LR) 32%. Comment interprétez-vous ce résultat ?

On a nationalisé le débat. On a pris Clint Eastwood et John Wayne. Ils sont face à face avec leurs revolvers, et c’est à qui va tirer le premier. Ça a accaparé la société du spectacle. Et dans un saloon, il y a Josh Randall qui monte un projet qui s’appelle le rassemblement écologique et social.

Vous pensez que ce duel vous éclipse ? Josh Randall était célèbre. Jean-Laurent Félizia souffre quand même d’un déficit de notoriété.

Ma notoriété, je n’ai pas à la devoir aux médias ou à vox populi qui auraient besoin que je sois une incarnation de la personne providentielle. Pour moi, c’est mon équipe qui compte, ses compétences réunies, ce que nous avons écrit ensemble comme projet, la vision d’avenir que nous avons pour notre région. Nous déployons toutes nos forces par nos militantes et militants. Nous employons tous les moyens qui nous sont réservés pour les dix jours de campagne.

La pensée écologiste est absente de l’hémicycle régional depuis six ans. Cela peut aussi expliquer ce manque de visibilité selon vous ?   

Sans doute que ça influence beaucoup aujourd’hui sur le manque de visibilité. Mais vous savez, l’écologie parle à tout le monde aujourd’hui, elle est entrée dans l’inconscient collectif. Même pour celui qui dit que  “l’écologie, c’est éteindre le robinet quand on se lave les dents”. Moi, je n’ai jamais banni Nicolas Hulot de ma pensée. Je n’ai jamais été heurté par ce que nous faisait voir comme images Yann Arthus Bertrand. J’ai confiance parce que l’écologie et le social réunis, ça peut être une force, le soir du 20 juin.

Et si, au soir du 20 juin, le scénario d’une 3e place se produit, quelle sera votre décision ?

On verra à ce moment-là.

Vous retirerez-vous comme Christophe Castaner en 2015 ?

On décidera tous ensemble. On se posera toutes les questions.

Quelles questions ? Vous vous laissez l’option de vous maintenir au risque de faire gagner le Rassemblement national ?

On verra en fonction de notre poids politique ce soir-là. Depuis des jours ils m’appellent. Tous [les Républicains, ndlr]. Le débat est ouvert.

Le débat c’est celui sur le front républicain…

Si nous sommes en deuxième position, qu’est-ce qu’ils feront, eux ? Ils formeront un front républicain ? Est-ce que le front républicain ne concerne que la gauche ? La question est posée. À un moment donné, quand on commence à parler d’un front républicain avant le premier tour, c’est qu’il y a un problème.


> Demain sur Made in Marseille, retrouvez l’interview de Renaud Muselier, président LR sortant de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et candidat à sa réélection.

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