Sur un terrain de 8 500 m2 au nord de Marseille, la Cité de l’agriculture œuvre à la construction d’un lieu de rencontre et de partage autour de l’agroécologie. Ruches, unités de compost, serre… La ferme Capri accueillera également des ventes de fruits et légumes bio, de saison et cultivés sur place, ainsi que des chantiers participatifs et des ateliers de sensibilisation pour les jeunes du quartier.

La Cité de l’Agriculture, laboratoire urbain engagé dans la transition agroécologique, a lancé le projet de la ferme Capri, dans le 15e arrondissement de Marseille. Situé entre deux copropriétés, adjacent à l’autoroute, ce terrain de 8 500 m2 est une ancienne terre agricole, laissée en friche depuis plusieurs années. Il a hébergé, en 1964, une chapelle, détruite une dizaine d’années plus tard.

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Terrain de la ferme Capri avant © Cité de l’Agriculture

Un lieu de partage autour de la transition écologique

L’objectif de ce projet, en partenariat avec l’addap 13 (Association Départementale pour le Développement des Actions de Prévention) et d’autres acteurs du quartier, est de créer une ferme urbaine permettant de relocaliser la production de fruits et légumes bio « dans un quartier considéré comme un désert alimentaire, où l’accès à l’alimentation saine, durable et diversifiée est très limitée, précise Lucas Turbet Delof, coordinateur de la ferme Capri, mais aussi alimenter en circuit court les habitants avec des ventes organisées directement sur la ferme ».

La Cité de l’agriculture souhaite faire de ce terrain un espace vert régulièrement ouvert au public, favorisant « la rencontre, la mixité sociale et l’aspect pédagogique », ajoute-t-il.

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Partie cultivable de 4 000 m2

Dans les cartons depuis 2018, ce projet a enfin trouvé un lieu d’accueil en octobre 2019, lorsque la Cité a signé un bail d’une durée de 10 ans avec la ville de Marseille, pour le terrain du 31 avenue Gascogne. Actuellement financée par l’État, la Région Sud, le Département, la Métropole ainsi que la Ville, « l’idée est que la ferme prenne progressivement son indépendance économique via ses activités et la vente de ses produits »,  projette le coordinateur du projet.

Pensé comme un vitrine de la transition écologique, le lieu accueillera régulièrement des ateliers de sensibilisation en partenariat avec les établissements scolaires et les structures associatives du quartier.

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Dalle de l’ancienne chapelle. Le futur bâtiment réservé à l’accueil du public sera construit au dessus

Bâtiment d’accueil, serre, ruches, unités de compost…

Compte tenu de la qualité de la terre, l’équipe en charge du projet a décidé de ne mettre en culture, dans un premier temps, qu’une partie du terrain. « Durant l’été, nous avons réalisé un gros travail d’amendement sur les sols [amélioration de leur qualité, visant à les rendre cultivables, ndlr]. Là, tu peux voir un premier épandage de broyat de bois qui va permettre de constituer une sous-couche. Dans les semaines à venir, on va venir épandre du fumier composté et du compost pour constituer la couche supérieure de notre sol », nous explique Lucas en marchant le long du terrain fraîchement épandé. Cet espace de 4 000 m2 au total accueillera, à terme, un verger-maraîcher.

Avec ses terres plus argileuse, la partie supérieure située à gauche de l’entrée sera, quant à elle, dédiée à l’accueil du public. Un bâtiment servira à l’organisation d’ateliers, activités et réunions. La dalle encore visible de l’ancienne chapelle sera utilisée comme base à cette construction qui devrait voir le jour fin 2021. En attendant, une pergola temporaire devrait être installée pour abriter les visiteurs en cas d’intempéries.

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Du côté de la production agricole, une serre de pépinière, de 30 mètres x 7 mètres, devrait être installée au sud-est du terrain, le long de l’autoroute. Elle permettra de cultiver des plants dans un climat plus tempéré afin de les replanter sur le terrain lorsque leur saison sera arrivée. Un partenariat est d’ailleurs envisagé avec Pépins production, une association engagée dans la végétalisation urbaine. Implantée à Paris et Marseille, elle souhaiterait travailler avec la ferme afin de disposer de la serre.

Des unités de compost devraient également être installées, des ruches d’élevage et des toilettes sèches. Un poulailler est envisagé. Sur la partie basse du terrain, à côté des plantations, un container de stockage du matériel agricole. Enfin, en automne, une haie semi-vivante viendra clôturer le terrain afin de l’isoler du bruit de l’autoroute. En partie comestible, elle participera également à la production de la ferme avec, par exemple, des amandiers.

Une culture en verger-maraîcher inspirée de la technique des sols vivants

En contrebas, l’espace de 4 000 m2 (2500 m² sur la partie plane et 1 500 m² en restanques) sera réservé à une culture en verger-maraîcher, « c’est une alternance de ligne de maraîchage et d’arbres fruitiers », précise Lucas. Sur les restanques, des arbres ainsi que des plantes aromatiques et médicinales pourront pousser.

Dès le printemps, la maraîchère, Poussy, se chargera des premières plantations. Des produits bio et toujours de saison : « On va commencer par les premières salades, carottes, ail frais. Puis dans l’été, place aux légumes de ratatouille, comme on les appelle : tomates, aubergines, courgettes… Plus tard dans la saison, des patates douces, des choux, des gros radis et quelques uns, plus originaux, qu’on a hâte de tester », explique la maraîchère, le regard posé sur son terrain prenant doucement forme.

Pour la culture, elle compte s’inspirer de la technique des sols vivants, visant à reproduire un sol que l’on pourrait trouver à l’état sauvage, dans la forêt, par exemple. « Dans la nature, le sol est toujours humide, plein de micro-organismes. Il se développe sans cesse, continue à monter. Alors qu’en agriculture, c’est le contraire qui est fait. Le sol est retravaillé, la vie est enlevée. Les monocultures ont beaucoup abimé la terre donc l’idée est de travailler autrement afin de la réhabiliter.  », continue-t-elle. Les premières récoltes sont attendues pour l’été.

Chantiers participatifs et activités pédagogiques hebdomadaires

Après la partie maraîchage vient la partie pédagogie, « l’un des piliers du projet de la ferme Capri », selon son coordinateur : « On travaille sur la question des chantiers participatifs, éducatifs et d’insertion à destination des jeunes des quartiers environnants. On en a déjà mené un certain nombre avec des bénévoles au mois de novembre et décembre, de manière ponctuelle. Ils deviendront hebdomadaires à partir du printemps », prévoit Lucas.

Des formations et des ateliers divers sont également attendus, autour du compostage, du maraîchage ou encore des ruches. « Ils vont croître en 2021, c’est vraiment le premier levier de transmission de nos valeurs et savoirs », ajoute-t-il. Un poste d’animateur devrait d’ailleurs être créé à cet effet.

La ferme accueillera également un module de la formation “Conduite de projet en agriculture urbaine”, qui débutera en mars. Créée par la Cité de l’Agriculture et financée par la Région Sud, cette formation a pour but de fournir les outils et compétences nécessaires aux participants pour lancer leur projet d’agriculture urbaine.

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Terrain de pétanque à l’abandon, adjacent à la ferme Capri

Un projet conçu main dans la main avec les habitants

Si la ferme Capri propose déjà aux habitants un espace vert conséquent, elle pourrait prochainement connaître une extension. En effet, le terrain du projet mis à disposition par la ville, est adjacent à deux autres friches d’une superficie totale de 8 000 m2, appartenant aux copropriétés voisines : « On est en discussion avec elles afin de pouvoir étendre la ferme ainsi que proposer d’autres activités en lien avec l’agriculture », prévoit Lucas. Le premier, au sud-est du terrain, permettrait de créer une connexion directe avec l’école primaire Saint-Joseph Servières, en discussion pour devenir partenaire de la ferme.

Le deuxième, au nord-ouest du terrain, est un ancien boulodrome disposant d’un bâtiment, de quelques bancs et d’une belle zone ombragée. « Nous pourrions imaginer tout un cas d’activités : des espaces de loisir, de sensibilisation… rien n’est écrit. Ce sera à construire avec les habitants, selon ce dont ils ont besoin », insiste-t-il.

Une volonté de la Cité de s’ouvrir au quartier et d’ouvrir, à son tour, les habitants aux notions d’agriculture. Cet échange passera par la mise en place de nombreux partenariats avec les acteurs locaux. Certains ont déjà été identifiés grâce à une phase de concertation menée durant l’été 2020 avec les riverains. Parmi eux, plusieurs établissements du quartier, notamment l’école Saint-joseph Servières, des centres sociaux ainsi que des associations locales.

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