La création d’une halle alimentaire dans le centre-ville de Marseille revient régulièrement dans les débats. Après une étude réalisée par la CCI Aix-Marseille-Provence en 2019, la Ville de Marseille va désormais se pencher sur le sujet.

Au printemps 2019, la Chambre de commerce et d’industrie métropolitaine Aix-Marseille Provence (CCIAMP) lançait une étude sur l’implantation d’une halle alimentaire couverte à Marseille, en allant chercher ce qui se faisait ailleurs, en France et en Europe. Cette analyse met en évidence différentes options, avec pour pré-requis : une implantation dans le cœur historique de Marseille.

Cette étude s’inscrivait dans le cadre du plan « Ambition centre-ville », initié sous la mandature de Jean-Claude Gaudin et dont le projet a été retenu dans le programme « Tous acteurs » de la CCIAMP à l’attention des candidats à la Mairie de Marseille.

Quel type ? Quel site potentiel d’accueil ? Quelles pratiques ? À quelle fin ? L’objectif principal est de doter le cœur de ville d’un nouvel espace qui doit « fonctionner comme une locomotive commerciale et constituer un facteur d’attractivité et de lien social ».

Ce type d’emplacement couvert dans lequel le consommateur peut trouver un marché, un commerce en gros, et des denrées alimentaires, se développe sur le territoire. 1 274 halles marchandes sont recensées à travers la France, dont 239 non associées à un marché. 166 sont classées monuments historiques.

Également appelées « marché couvert », ces structures répondent à de nouveaux modes de consommation. Durant le premier confinement lié à la crise de la Covid-19, nombre de citoyens se sont tournés vers les circuits courts et les producteurs locaux. Une tendance qui se poursuit.

Pour démontrer la pertinence de cette réalisation, après un état de lieux dans la cité phocéenne, l’étude s’appuie sur un « benchmark » de halles existantes dans d’autres villes d’Europe selon les critères suivants : population de la commune, positionnement commercial, surface de vente, nombre d’étals, type de gestion, situation géographique et niveau de gamme.

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Le Time Out Market à Lisbonne

De Lisbonne à Nice, en passant par Barcelone

Différents concepts ont été étudiés pour déterminer lequel serait le plus cohérent dans la deuxième ville de France : des halles alimentaires historiques, de type marché, à l’image des Halles de Nîmes, du marché des Capucins de Bordeaux ou encore de la célèbre Boqueria de Barcelone.

Mais aussi, des lieux souvent installés en centre-ville, comme des halles alimentaires de type « gastronomie et terroir », qui proposent des produits moyen-haut de gamme, comme à Lyon, avec Halles Paul Bocuse ou les Halles de Bacalan (Bordeaux), ou des halles de type restauration « Food Court », à l’image des halles “Time Out” à Lisbonne ou les halles de Nice. Dans le quartier de la Libération au cœur de Nice, la vieille halle métallique des trains inspirée par Gustave Eiffel, classé monument historique, a été transformée en halle gourmande et culturelle.

Autre possibilité : des halles mixtes alimentaires et restaurations, à l’instar des halles de Lisbonne ou de Toulon.


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Un projet de grande halle alimentaire en bordure de la Canebière

Sur la base de ce comparatif, il ressort que 1 000 m2 minimum de surface de vente doivent être envisagée à Marseille, avec une quarantaine d’étals au moins. Ce local doit être assorti de 600 m2 de surface technique en sous-sol ou en étage à « trouver dans le périmètre prioritaire de Marseille pour redonner du flux, avec une desserte de 5 min à pied en transport en commun », et à proximité de parkings pour l’accessibilité des clients et des marchandises.

Concernant l’intégration du projet, l’emplacement doit, par ailleurs, être « emblématique », avec une qualité architecturale du bâti, et situé dans une zone fréquentée par des actifs, des habitants et des touristes.

L’analyse précise que le « choix du lieu sera déterminant pour le positionnement commercial », mais privilégie une offre mixte, c’est-à-dire, alimentaire traditionnelle et/ou food court, de gamme moyenne « pour répondre aux besoins de toutes les cibles actifs/habitants/touristes et permettre d’équilibrer l’opération ».

Le cœur historique de Marseille privilégié pour booster le commerce

Une offre abordable intermédiaire donc au regard de celles déjà existantes prises en compte ici, puisque Marseille compte deux autres halles.

D’abord le marché aux puces dans les anciennes halles de la Madrague, dans les quartiers Nord. Avec plus de 50 étals, il reste le plus grand marché de Marseille : 30 étals de fruits et légumes, 7 boucheries, 5 boulangeries, 9 alimentations générales, 2 poissonneries, un déstockage alimentaire, 16 restaurants et café-snack. Il compte aussi 89 étals non alimentaires dont 45% d’antiquaires, un marché extérieur le dimanche et une moyenne surface à proximité. Un marché populaire avec des produits de la rive sud de la Méditerranée, le tout dans une gamme de prix évalué comme basse.

Autre lieu, autre surface : les halles de la Major. 600 m2 exclusivement dédiés aux produits haut de gamme. Glacier, pâtissier, fromager, primeur, caviste ou encore poissonnier, 12 commerçants et artisans « de bouche » se partagent le lieu. On y retrouve aussi un Café des halles et des services associés tels que la privatisation pour des événements ou encore une conciergerie.

Au regard de ces deux offres, sur des segments différents, l’étude note que ce positionnement ouvre « une opportunité pour un nouveau projet sur le moyen de gamme et sur le cœur historique », permettant de répondre à plusieurs enjeux. D’un point de vue économique, la halle est un outil fédérateur de la population, et génère un effet de locomotive commerciale sur les commerces alentours. Sa création peut permettre la création d’environ 80 emplois directs.

Une halle peut constituer un attrait touristique supplémentaire, et créer un flux de nouveaux consommateurs, tout en modifiant aussi « l’image du quartier et au-delà de la ville ». Lieu d’échanges culturel et social, il contribue à la construction de l’identité du centre-ville, en devenant également un lieu totem emblématique dans le cœur de ville.

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Typologie des produits, des commerçants et de la gestion

Pour répondre à ces priorités, cinq typologies de produits au moins sont retenues dans l’étude marseillaise, avec possibilité de dégustation sur place : boulangerie-pâtisserie ; boucherie-charcuterie-traiteur ; fruits et légumes ; fromage ; poissonnerie, avec un secteur spécifiquement dédié aux produits de la mer, le tout « dans le respect de la particularité et des spécialités de la région ». Professionnels expérimentés, grands donneurs d’ordre (comme le MIN des Arnavaux), producteurs et maisons locales restent les profils privilégiés pour intégrer le lieu.

Parallèlement, la halle doit proposer de nombreux services et animations « afin de concurrencer la grande distribution » : e-commerce, conciergerie, dégustation sur place, expositions, cours de cuisine avec des chefs, événements-spectacle, animations culinaires ou encore espaces pédagogiques pour les enfants à l’image de ce qui se fait à Bordeaux ou Barcelone. L’étude préconise la création d’une association de commerçants pour le volet animation et une ouverture du mardi au dimanche toute la journée et/ou le soir, là encore conditionnée par le positionnement commercial.

Quant au type de gestion, trois pistes sont proposées : une gestion publique en régie directrice ou en délégation de service public (DSP). Les deux autres options sont la concession qui présente peu d’investissement et permet d’avoir la main sur l’orientation du projet ; ou la gestion 100% privée. La dernière solution ne présente pas de risque financier pour la collectivité, mais une vigilance doit être portée sur les prix pratiqués.

L’étude juge que ces deux derniers modes de gestion sont à privilégier pour « minimiser l’engagement financier pour la collectivité ». Elle note aussi la nécessité de mettre en place d’une instance de gouvernance qui réunirait le gestionnaire et les parties prenantes (Ville, consulaires, etc…)

« C’est un projet qui nous tient à cœur »

La Ville de Marseille dispose de cette étude. Elle est même en « bonne place » sur le bureau de Rebecca Bernardi. « C’est un projet qui nous tient à cœur, mais compte tenu des urgences liées à la crise sanitaire, ce n’est pas la priorité. On va se poser tranquillement pour étudier toutes les options », confie l’adjointe au Maire en charge du commerce, de l’artisanat et des noyaux villageois. Le programme du Printemps Marseillais met en avant le développement de halles alimentaires, « des lieux de vente directe pour les producteurs locaux notamment en production biologique, lieux de dégustation et lieux de promotion de la qualité des produits régionaux ». L’équipe municipale devrait aussi revoir et faire évoluer le plan “Ambition centre-ville”, afin qu’il colle davantage avec son ADN et ses priorités.

Pour lever les freins et les hésitations dans la réalisation d’un tel projet, la CCIAMP prône une expérimentation grandeur nature sur la place du Général-de-Gaulle, ou encore sur place Félix-Baret, au pied de la Préfecture. « Faisons pour un an ou deux ans, à titre provisoire, une halle en structure légère, ouverte, accueillante », confiait Jean-Luc Chauvin, président de la CCIAMP, dans le cadre de « Tous Acteurs », en janvier 2020.

Sa préférence va d’ailleurs à la place De-Gaulle, face au Palais de la Bourse, siège de la Chambre, « car nous sommes au cœur de la ville rénovée, piétonnisée qui permet de bien fonctionner. Et vous verrez qu’au bout d’un ou deux ans, l’expérience sera concluante », affirmait-t-il.

À Marseille, deux halles ont existé au XVIIe et au XIXe siècle, avant de disparaître

La halle Puget, construite en 1666, par Pierre-Puget, plutôt réservée au marché aux poissons et viandes. Transformée en église après construction de murs entre ses colonnes, devenant ensuite un commissariat jusque dans les années 1980, avant de subir des travaux importants de réhabilitation en 1987 qui vont lui redonner son aspect originel.

Les Halles Delacroix. Construites en 1803 sur le cours Saint Louis, elles ont ensuite été déplacées au cœur du quartier de Noailles. Elles aussi étaient plutôt orientées marché aux poissons, avant que le bâtiment ne soit démoli en 1981. L’étude indique que « la culture et ces habitudes anciennes en centre-ville peuvent être retrouvées sur un nouveau lieu à imaginer et à créer ».

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© Halle Delacroix
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