Redéfinir la relation entre le politique et le citoyen, lutter contre l’habitat indigne, la nouvelle maire des 1er et 7e arrondissements de Marseille, Sophie Camard, revient sur les grands chantiers qu’elle compte mener durant sa mandature.

Après une campagne aux côtés du Printemps marseillais, Sophie Camard (LFI) a remporté haut la main la mairie des 1er et 7e arrondissements de Marseille, avec 58,01 % des voix, soit le meilleur score dans la ville. La suppléante de Jean-Luc Mélenchon, député sur le même territoire, s’est ainsi imposée comme une pièce incontournable du rassemblement de la gauche qui a porté Michèle Rubirola aux manettes de la Ville, après 25 ans de gouvernance Gaudin.

Elle passera les six prochaines années à la tête de l’hyper-centre de Marseille. Quels sont les grands combats de sa mandature et comment compte-t-elle les mener ? C’est ce qu’elle nous confie dans ce grand entretien.

L’hyper-centre de Marseille a « un besoin de reconnaissance par le politique »

Alors que toutes les têtes de listes du Printemps marseillais ont délaissé les mairies de secteur au profit de postes clés de la mairie centrale, elle a décidé, avant même le second tour, de rester auprès de ses électeurs. « J’ai pris cette décision durant la campagne. Sur le terrain, la thématique de l’abandon politique s’est révélée la plus forte de la part des citoyens, notamment à Noailles et Belsunce. C’est quand-même curieux dans l’hyper-centre de la deuxième ville de France ! Les gens me disaient : “on vote pour vous mais est ce qu’on vous revoit après ?” C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je reste maire de secteur. Parce qu’au-delà du drame de la rue d’Aubagne, il y a une rupture démocratique inquiétante, et un réel besoin de reconnaissance par le politique ».

Pour renouer le politique au citoyen, elle compte déployer de nouveaux outils. D’abord numériques, car « il y a une énorme attente en termes de transparence. Il faut y répondre. Nous allons revoir le site de la mairie pour mettre à disposition un maximum de données publiques et d’information sur nos actions. C’est un gros travail qui prendra du temps ». Sophie Camard souhaite également faire exister sa mairie sur les réseaux sociaux. Twitter notamment, où elle est très active, alors que ni la mairie de secteur, ni l’ancienne édile n’y étaient représentés : « nous allons créer un compte officiel rapidement ».

Elle estime cependant que pour « sortir de cet archaïsme politique et rentrer enfin dans le 21e siècle », les véritables leviers « d’une modernisation de la relation à l’habitant sont les conseils de quartier et budgets participatifs ». Sophie Camard souhaite entreprendre « la réalisation sur le terrain » de ces projets phares du Printemps marseillais, portés par la mairie centrale.

, Habitat et démocratie : les chantiers de Sophie Camard pour le centre-ville, Made in Marseille

Le logement au centre du mandat

Si l’élue met en avant le rôle de la proximité avec les électeurs dans sa victoire électorale, le drame du 5 novembre 2018 a également été un marqueur de la campagne. La mobilisation citoyenne et militante qui en a découlé sur la question de l’habitat indigne, dans laquelle est s’est impliquée, peut lui avoir bénéficié dans les urnes : « Effectivement, ça a certainement joué. Nous sommes tout de même restés très pudiques dans le discours durant la campagne. Mais dans le programme, on a pris à bras le corps la thématique du mal-logement ».

Quelques semaines après sa prise de fonction, elle est déjà « impressionnée par le nombre de demandes de logements sociaux. Je ne comprends pas qu’on se braque autant à Marseille pour faire du logement social, alors que c’est le logement que “monsieur et madame tout le monde” demande pour ses moyens ».  Elle estime qu’en centre-ville, « l’habitat indigne sert de logement social », et considère que pour lutter contre ce fléau malgré les difficultés d’aménagement, « l’enjeu c’est de conventionner une partie de l’existant en logements sociaux ».


À revoir : Clap ! Politique avec Sophie Camard


Quels leviers d’action pour une maire de secteur ?

Malgré les compétences limitées d’une mairie de secteur, elle compte se saisir de tous les leviers d’intervention possibles : « D’abord, c‘est nous qui recevons les demandes de logement des habitants, et les orientons vers les services concernés. Beaucoup ne connaissent pas leurs droits, les aides et les possibilités de financement. C’est typique de la mairie de secteur ça, de bien les accompagner sur ces questions ».

Loin de se couper de la majorité municipale en préférant sa mairie de secteur, Sophie Camard compte travailler étroitement avec elle : « Je suis très heureuse que le n°2 de ma liste, Patrick Amico, soit adjoint en charge de la politique du logement et de la lutte contre l’habitat indigne. Élu dans mon secteur, il sera un bon relais à l’échelle de la municipalité ». Ce dernier représentera notamment la Ville au sein du bailleur social Marseille Habitat, le plus important des Bouches-du-Rhône.

Car en gagnant la mairie, le Printemps marseillais met un pied dans les établissements publics d’aménagement et de logement : « des outils d’action très importants. Mathilde Chaboche devrait intégrer la Soleam et pour ma part, je serai à la SPLA-IN Aix-Marseille-Provence (Société publique locale d’aménagement d’intérêt national, née en juillet 2020, chargée de la rénovation immobilière dans le centre-ville de Marseille, NDLR) ».

Et pour lier sa volonté de transparence vis-à-vis des citoyens et sa lutte contre l’habitat indigne, elle promet « une cartographie en ligne des immeubles en péril ».

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