Alors que toutes les entreprises traversent une crise sans précédent, la Chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille Provence a été mandatée par la Préfecture des Bouches-du-Rhône pour leur venir en aide et assurer le lien. Entretien avec son président, Jean-Luc Chauvin.

Les acteurs économiques du territoire ont récemment rencontré le préfet de Région, Pierre Dartout, pour faire le point sur la situation, à l’heure où la crise sanitaire liée au Covid-19 entraîne de lourdes conséquences sur l’économie de pays. Pour le ministre des finances, Bruno Lemaire, l’épidémie pourrait, à ce stade, amputer la croissance française de 0,1 point en 2020. Et si la situation persiste, l’impact sera plus important. Pour répondre aux questions des entreprises, les territoires s’organisent.

Comment s’est passée la réunion à la Préfecture, avec quels acteurs du territoire ? 

Jean-Luc Chauvin. Cette réunion était déjà prévue. La dernière allocution du président de La République et ensuite du premier Ministre, sur les commerçants, nous a obligé à modifier le format, pour la faire en conférence téléphonique, car nous étions nombreux : il y avait des inter-pros, la Fédération du bâtiment, la Chambre des métiers, l’U2P, UPE13 ; la Région, la Métropole, le port et l’aéroport, des associations de commerçants, la CPME 13, des zones d’activité… Du côté de l’État, le préfet, le directeur général des finances publiques, la Direccte, l’Urssaf…

La réunion a duré pratiquement deux heures et dans le contexte actuel, c’est une grande preuve de la qualité d’écoute de la part du préfet. Il a, dans un premier temps, répondu à nos questions, et puis surtout, il a proposé des choses claires, dont la première est la coordination.

, Jean-Luc Chauvin : face à la crise, la CCIAMP joue le rôle du “15” pour les entreprises, Made in Marseille
(De g. à d.) Jean-Luc Chauvin, président de la CCIAMP et Pierre Dartout, préfet de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et Préfet des Bouches-du-Rhône. Photo CCIMP.

Dans le cadre de cette coordination, quel rôle va jouer la CCIAMP ?

Il a demandé à ce que la Chambre devienne l’interlocuteur unique de premier niveau des entreprises et des organisations professionnelles pour le territoire des Bouches-du-Rhône. Et dans ce contexte, la CCIAMP pilotera l’intégralité du département. Si l’on prend une image, nous sommes comme le numéro d’appel du 15, qui filtre, trie, présélectionne, avant d’orienter sur le Samu ou les urgences. Cela a un sens pratique très intéressant.

Quelque part nous avons une mission de service public, en tant qu’établissement public, qui représente les 115 000 entreprises du territoire. En tant que guichet unique, un numéro d’urgence a été mis en place sur notre site : 04 91 39 34 79, un mail : urgencecovid19@ccimp.com et une une page d’information sur notre site mise à jour en temps réel.

Comment cela va se traduire concrètement ? Quelle organisation a été mise en place pour répondre aux interrogations des entreprises ?

Le préfet souhaite que toutes les entreprises aient le même niveau de connaissance sur l’ensemble du territoire. Ainsi à sa demande, plusieurs groupes ont été constitués. Un groupe avec les inter-pro (CCI, U2P, CPME13…), auquel nous avons ajouté la CCI d’Arles, la Chambre des métiers, la Cress Paca, les experts-comptables et les commissaires aux comptes, qui sont des professions transversales et qui touchent toutes les entreprises de toutes tailles.

Un deuxième groupe avec les fédérations professionnelles (les secteurs d’activités), un troisième avec les commerçants de tout le territoire, et enfin un groupe composé des représentants des zones d’activités et des industriels.

Comment les demandes sont-elles centralisées ?

Pour chaque groupe, il y a un mail, un numéro de téléphone et un collaborateur téléphoniquement dédiés. Tous les jours, on fait un extrait des questions de ces quatre groupes, triées et reformulées, car beaucoup sont identiques et d’autres plus spécifiques. On les adresse ensuite à la préfecture, pour préparer le « call ». Au fur et à mesure, les questions remontent aussi auprès des ministères compétents, ce qui nous permet d’avoir des réponses plus qualifiées. Ensuite, nous les diffusons à l’ensemble des groupes, afin qu’elles soient relayées aux entreprises qui nous ont contacté. Cela permet d’avoir des réponses centralisées et pour l’État, aussi, de gagner du temps. C’est un gage d’efficacité.

Un point quotidien est assuré entre la CCIAMP et la préfecture, et plus de 1900 demandes ont été enregistrées à ce jour.

Bruno Le Maire a annoncé 45 milliards d’aides pour les entreprises, savez-vous comment le territoire va pouvoir en bénéficier ?

Il y a des choses qui sont en train d’être discutées, par rapport aux annonces du président de République, lundi soir, et les ministres dans la foulée. On est dans une crise inédite, inconnue, où ça bouge sans arrêt. On commence à avoir des pistes de propositions au niveau national. Elles seront validées à partir du moment où la loi d’habilitation donnera au gouvernement la possibilité de prendre un certains nombre de décisions spécifiques. Donc nous n’avons pas encore le détail de ce qui va être fait pour ce territoire, mais je ne pense pas qu’il y ait un traitement géographique. Toutes les entreprises de France auront le même traitement.

La crise sanitaire actuelle s’ajoute aux différentes mobilisations qui ont déjà impacté différents secteurs…

On cumule le double impact pour beaucoup en effet. Les commerçants ont eu la mobilisation des gilets jaunes, des retraites…  comme pour les industries. La priorité numéro 1 est de préserver nos entreprises de toutes tailles durant cette crise sanitaire, pour pouvoir redémarrer. Faire en sorte qu’elles ne soient pas englouties par les mesures qu’on est obligé de prendre du côté sanitaire, et surtout que les salariés soient toujours dans les entreprises.

On a besoin des indépendants, des travailleurs non-salariés, des présidents de SAS, des TPE-PME, des commerçants… de toute la chaîne. Il est important de prendre en compte les cas particuliers, comme le cas des professions type plombiers, ceux qui interviennent pour le nettoyage des hôpitaux, par exemple, le dépannage des ascenseurs… Cette crise sanitaire, entraîne une guerre économique sans précédent. Probablement plus grave, parce que plus vite mondialisée par l’interdépendance des pays, que la crise de 1929.

Malgré le contexte, peut-on être optimiste quant à la survie de nos entreprises ?

L’heure est grave. Le président a signalé qu’aucune entreprise ne doit fermer. Il faudra traduire ces mots par des actes, pour qu’aucune entreprise ne soit oubliée. Il y aura des conséquences, et un suivi à faire sur plusieurs mois à la reprise de l’activité. Il y a quand même un côté rassurant, car il y a une mobilisation massive des pouvoirs publics, mais aussi de l’ensemble des collectivités (lire par ailleurs). Il y a une prise de conscience du jeu collectif et de l’urgence.

Quoiqu’il arrive, il y aura un avant et un après cette crise ?

En effet, et plus la crise sanitaire va durer, plus on aura le temps de réfléchir à la nécessité de transformer un certain nombre de choses. Après, ça ne sera plus comme avant, car on ne peut pas continuer à être dans une économie aussi dépendante de pays étrangers, comme pour les médicaments. On est en train de voir la limite de la construction européenne, qui ne s’occupe pas de la santé.

Du coup, on a laissé rentrer en Europe, avec des positions désordonnées, le virus par l’Italie, en Espagne, autour des questions de “fermer ou ne pas fermer les frontières”… La réponse doit donc aussi être européenne. D’ailleurs, l’Europe a permis de faire des réponses à la hauteur de l’enjeu, à partir du moment où la règle sur les déficits publics a été levée.

Doit-on envisager un nouveau modèle économique européen ?

On n’a pas le choix, il faut constituer plus d’Europe. D’abord parce qu’on est dans une compétition mondiale et que tout seul on ne pèse plus assez ;  et pour avoir des géants industriels, des géants européens, sur le modèle d’Airbus. Pourquoi on ne ferait pas pareil pour Sanofi, ou d’autres laboratoires pharmaceutiques ? Pour d’autres secteurs d’activités, qui sont reconnus comme stratégiques ? Comme on a su le faire pour l’aéronautique.

Aujourd’hui, on est en train de toucher du doigt le fait que les différents déséquilibres mondiaux ont amené un déplacement de ce qu’on appelle « l’usine du monde » en Asie, majoritairement. Dans ce contexte de conséquences sanitaires graves mondiales, avec les moyens du commerce mondial, la propagation est beaucoup plus rapide, et surtout on peut être amené, dans des secteurs stratégiques, à ne plus être indépendants. On va devoir réfléchir, nous, acteurs économiques, mais aussi les politiques en premier lieu, à bâtir un nouveau modèle. Une coordination européenne sur ces sujets-là est indéniable.

On voit bien que le pays qui a décidé de sortir de l’Europe n’adopte pas la même stratégie. Je ne partage pas le fait qu’il faille  laisser mourir les entreprises. Je pense qu’au contraire l’Etat doit protéger et on a tous une responsabilité.

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