En attirant 2 millions de visiteurs chaque année, Notre-Dame de la Garde est la première place touristique de Marseille. Une attractivité que le Vatican compte utiliser pour “la nouvelle évangélisation”. Explications avec le père Spinosa, recteur de la Basilique.

Avec une fréquentation annuelle qui avoisine les deux millions de personnes, la Basilique de Notre-Dame de la Garde qui surplombe Marseille à 161 mètres d’altitude, est aussi l’édifice le plus visité de la ville.

Achevée en 1864 sur les fondations d’une modeste chapelle du XIIIe siècle, elle est devenue un emblème patrimonial de la ville. Si la “Bonne Mère” est d’abord un lieu de culte chrétien, les enjeux dépassent les problématiques religieuses aujourd’hui. Elle est indissociable de l’attractivité de Marseille, de son rayonnement et de l’activité touristique et économique.

En témoignent les vifs débats qui animent en ce moment les élus et les habitants sur le projet de téléphérique, cher au maire de Marseille, qui devrait relier le Vieux-Port à la basilique. Premier concerné, le recteur de la basilique de Notre-Dame de la Garde, le père Olivier Spinosa, se dit pour l’instant « ni pour, ni contre », mais espère participer à ce débat et « étudier ce projet dans tous ses aspects ».

Lieu de culte ou attraction touristique ?

Le recteur ne cache pas les bonnes relations qu’il entretient avec l’Office de tourisme de Marseille : « on les apprécie beaucoup, et c’est réciproque ! ». On comprend que cette destination incontournable pour 1,5 millions de croisiéristes annuels, qui orne la majorité des cartes postales et souvenirs vendus dans la ville, soit chouchoutée par les acteurs du tourisme local.

« C’est d’abord un lieu de culte », assure Olivier Spinosa, précisant que Notre-Dame de la Garde n’est pas une paroisse mais « un sanctuaire, où les gens passent, dont beaucoup de pèlerins. Alors qu’une paroisse est un lieu de réunion pour les croyants ».

5 500 personnes se rendent en moyenne à la basilique chaque jour, dont beaucoup de touristes. « Il faut que tout le monde se sente bien. Les pèlerins privilégient la crypte et la petite chapelle pour se recueillir et prier au calme. Mais nous accueillions tout le monde avec bienveillance, même les touristes qui viennent juste admirer la vue ou la beauté de l’édifice ». , La Bonne Mère veut-elle évangéliser les touristes ?, Made in Marseille

« Comment transformer un touriste en pèlerin ?  »

Le tourisme est-il un nouvel outil d’évangélisation pour l’Église du 21e siècle ? C’est ce que semble penser le Vatican. Alors que la congrégation des sanctuaires dont fait partie Notre-Dame de la Garde était affiliée au clergé jusqu’à l’année dernière, le père Spinosa nous confie que « le pape a changé le domaine de compétences des sanctuaires pour les affilier à “la nouvelle évangélisation” ».

L’attractivité touristique de la Bonne Mère est donc identifiée pour diffuser la parole chrétienne. Une démarche que le recteur de la basilique expose par cette question : « Comment quelqu’un venu simplement regarder paysage ou la beauté du lieu peut-il percevoir quelque chose de l’essentiel de la foi chrétienne ? Et s’il le souhaite, se dire : “je vais aller plus loin” ».

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Les cierges en hommage aux disparus

« L’Église n’annonce pas l’évangile par prosélytisme, mais par attraction », poursuit le père Spinosa. C’est pour cela que les sanctuaires, lieux de passage et de visibilité, permettent de toucher une cible bien plus large que les seuls chrétiens. « Des lieux d’annonce et de liberté, où les gens ne se sentent pas pris au piège. Si les touristes peuvent repartir sans parler à personne, ils peuvent aussi poser leurs questions librement à un interlocuteur qu’ils ne reverront jamais ». Une liberté qui permet plus facilement d’ouvrir un dialogue vers la foi chrétienne.

Un dialogue que le recteur de Notre-Dame de la Garde peut aussi provoquer par des méthodes qui peuvent faire penser à du marketing : « L’été dernier, durant une semaine, des jeunes offraient un verre d’eau à tous ceux qui arrivaient, souvent assoiffés, au pied de la basilique. Ils leur proposaient ensuite de tirer une phrase de l’Évangile dans un panier, de les accompagner pour une visite, de se confier à eux. Ça a été une belle semaine ! »

Disponibilité, écoute, bienveillance, l’Église entend séduire les touristes sans prosélytisme et en préservant leur liberté. « Que les gens se disent : être chrétien, c’est pas mal quand même !”». Une évangélisation qui se veut ancrée dans son temps, et pour laquelle l’attractivité des sanctuaires comme Notre-Dame de la Garde tient un rôle majeur : « C’est un peu un libre-service, avec la foi dans le menu. Il y en a dans tous les plats, mais chacun se sert comme il le souhaite. Ça convient bien à notre époque ! », conclut le père Spinosa en souriant.

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La maquette flotte à 30 km de haut – Crédit : Zero 2 Infinity / COMEX

 

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