Face à la détérioration du centre-ville de Marseille, affectée par toutes sortes de maux, les acteurs économiques tirent la sonnette d’alarme. En plus de solutions proposées, un appel est lancé aux pouvoirs publics pour intervenir sans délai et faire respecter la loi.

Revitalisation ! Il fut un temps où l’une des principales préoccupations des acteurs économiques était de redynamiser le cœur de ville à grand renfort d’actions pour soutenir leurs commerçants, lesquels ne sont pas épargnés depuis maintenant près de quatre ans. Un combat de chaque jour.

Les crises successives sanitaire, économique et sociale, et le « coup de grâce », disent certains, porté avec les violences urbaines qui ont éclaté en juin dernier, suite à la mort de Nahel, ont considérablement affecté l’activité et le moral des commerçants. Aujourd’hui, pour nombre d’entre eux, il ne s’agit plus seulement d’attractivité, mais bel et bien de sauver un centre-ville marseillais pris en tenaille. En sursis. Et avec lui tout simplement un enjeu de « survie ».

Vente à la sauvette et ambulante, insécurité, immobilisme des pouvoirs publics et des forces de l’ordre, insalubrité, incivilités et agressions, saleté, vandalismes dans les parkings souterrains… commerçants, restaurateurs, représentants d’associations, chambres consulaires, tous désemparés, ont témoigné des mêmes difficultés à l’occasion d’une conférence de presse consacrée à la situation des commerces dans le centre-ville de Marseille et à la saison touristique.

« Ma carte postale est écornée »

Habituellement discret, peu enclin à la critique, le chef 3 étoiles du Petit Nice et de l’hôtel Relais et Châteaux situé entre la calanque de la Fausse-Monnaie et celle de Maldormé, sur la Corniche (7e) Gérald Passedat est sorti du silence pour dresser un tableau peu reluisant de la cité phocéenne, particulièrement de son proche environnement. « Ma carte postale est écornée, par un manque de police forcément, un laisser-aller notoire, des gens qui pénètrent dans ma petite anse de Maldormé, que je chéris par-dessus tout, parce que j’y suis né, en bloquant les accès, en ennuyant les clients, en leur crachant dessus, en déféquant de partout, en mettant des tags sur les rochers ce qui n’était pas acceptable à mon époque ni accepté, les poubelles je ne vous en parle même pas… » exprime-t-il, le visage fermé.

Il avait jusqu’ici gardé pour lui les difficultés rencontrées par l’organisation de l’événement “La Voie est libre”, sur la Corniche, par la Ville de Marseille, mais face à une situation qui se dégrade, il « trouve bizarre que d’un coup, d’un seul, une fois par mois au détriment du chiffre d’affaires d’un hôtel et restaurant qui emploie 60 personnes, nous sommes obligés de fermer, car on ne peut ni sortir, ni entrer…» dit-il, en gardant toutefois l’espoir d’une mobilisation collective pour « remettre un coup de collier et aller de l’avant ».

Le cas de Noailles

Le manque de concertation avec les pouvoirs publics est d’ailleurs largement pointé du doigt ce vendredi 15 septembre. Adrien Bérard, président de l’association des commerçants Bourse – Vieux-Port et référent sécurité de Marseille-Centre a fait part de son parcours du combattant pour obtenir un rendez-vous avec les services de la Ville en mairie centrale, depuis deux ans, en vain, tout en saluant les efforts de la mairie de secteur (1-7e).

Chaque jour, ce glacier de la Canebière assiste à des scènes de rues qui l’estomaquent. S’il parle d’un « cordon nauséabond qui empêche le passage d’un endroit à l’autre », de confiscation de l’espace public voire même « d’assiègement » particulièrement devant le carrousel sur la place du Général-de-Gaulle… il veut croire à des matins chantants « parce que j’aime cette ville ».

Moins optimiste, Paule Prin-Derre, présidente de l’association Noailles-Capucins, estime que « Noailles est devenue une zone de non-droit ». Elle pointe notamment les rues Pollak et d’Aubagne où se développe un « marché de la misère » ainsi que l’inaction des CRS déployées dans le quartier.

Un été en trompe-l’oeil

Ces maux profonds, qui ne sont pas nouveaux dans la cité phocéenne, mais semblent prendre une nouvelle dimension, ont des conséquences directes sur le chiffre d’affaires des professionnels. Le président de l’UMIH, Bernard Marty, évoque un été en « trompe-l’oeil » avec des « moments intéressants et d’autres, déplorables », dit-il, inquiet. Lui qui n’est « pourtant pas d’un naturel peureux » dit avoir eu peur pendant cette saison estivale. « On ne peut pas vivre dans ce climat d’insécurité ».

« C’est entre 30 % et 50 % de perte en 2023 » précise à son tour Thérèse Basse, présidente de l’Acam Belsunce. « Les problèmes sont nombreux, il faut requalifier la ville avec ceux qui font la ville. Les commerces de proximité, qu’on le veuille ou non, font cette ville. Si les commerces de proximité meurent, ça laisse la place à d’autres choses et c’est ce que nous vivons actuellement », alerte-t-elle.

Elle met également en garde à ne pas « transformer les acteurs économiques en agents de répression, c’est le piège que l’on nous tend ici », et « éviter les amalgames » face à celles et ceux qui ont fui leur pays pour s’écrire un meilleur destin. En toile de fond, cela pose la question de la capacité d’accueil de la France et de Marseille particulièrement. « Il est ignoble d’accueillir des gens sous prétexte de dire qu’on est le pays des droits de l’Homme. Quand on accueille des personnes, on les accueille dignement », poursuit la commerçante qui a adressé un courrier dans ce sens au préfet de région.

La naissance d’un collectif de défense du centre-ville

Pour ne pas laisser la rue s’organiser illégalement au détriment de chefs d’entreprise qui paient des charges, assurer la sûreté et la propreté de l’espace urbain, le président de la Chambre de commerce et d’industrie, Jean-Luc Chauvin, veut provoquer un « sursaut collectif ». « Il en va de la bonne santé économique, si le centre-ville est moribond, c’est toute la ville qui va mal. Le centre-ville, ce n’est pas que le tourisme. Il a besoin d’une mobilisation très forte ».

« Remettre une forte pression » apparaît comme l’une des solutions. Quotidiennement et fréquemment pour éviter le jeu du chat et de la souris entre les forces de l’ordre et les vendeurs à la sauvette. Vite partis. Aussitôt réinstallés.

Tous attendent davantage de policiers pour faire respecter les arrêtés municipaux : « à quoi ça sert d’avoir une zone piétonne si ce n’est pas pour la faire respecter », s’élève Jean-Luc Chauvin, qui assiste, comme d’autres, aux incessants manèges des scooters et autres deux-roues motorisés sur le bas de la Canebière, dont il note aussi, comme tous, l’état déplorable. À ce titre, la CCIAMP va lancer une enquête de sécurité dans le centre-ville pour donner la tendance, chiffres à l’appui et souhaite mettre en place deux brigades : l’une pour lutter contre les incivilités et la prévention, l’autre “volante” d’intervention rapide pour la propreté.

À Belsunce, les commerçants tentent d’organiser la gestion des déchets. « C’est difficile et ça prend du temps parce qu’il faut changer les mentalités, mais on est capables de participer en tant qu’acteurs citoyens et porteurs de solutions et de contribuer à la cohésion économique et sociale », ajoute Thérèse Basse. Former plus de managers de centre-ville sera un travail engagé ces prochaines semaines. Elles seront aussi marquées par la création d’un collectif de défense du centre-ville, une sorte de “Tous acteurs”, nouvelle version.

La CCIAMP plaide aussi pour un dépôt de plainte simplifiée pour les commerçants.

Muselier, Vassal, Payan… une invitation à (ré)agir

Face au manque de concertation avec les décideurs publics, y compris avec l’Office de tourisme de Marseille, pour lequel les professionnels jugent ne siéger que sur des « strapontins » – « on nous écoute, mais on n’est pas entendu, il n’y a aucune considération » – la CCIAMP va réactiver sa commission tourisme en sommeil ces dernières années.

À ce stade et indépendamment des fonds d’aide débloqués pour les commerces sinistrés après les émeutes de juin, tous comptent sur les N°1 de chaque institution pour (ré)agir.

Renaud Muselier, président (Renaissance) de la Région Sud, Martine Vassal, présidente (DVD), du Département des Bouches-du-Rhône et de la Métropole Aix-Marseille-Provence et Benoît Payan, maire (DVG) de la Ville de Marseille, le préfet de Région Christophe Mirmand et la préfète de police, Frédérique Camilleri vont être conviés à une réunion commune, début octobre, avec les acteurs économiques pour tenter d’apporter des réponses concrètes, durables tout en faisant « respecter la loi, rien que la loi » insiste Jean-Luc Chauvin.

À quelques mois maintenant des Jeux olympiques 2024, plus question pour le monde économique de les laisser prendre le large, quitte à déclencher une tempête.

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