Du 2 au 21 décembre 2016 a eu lieu la première expédition scientifique exclusivement féminine en Antarctique. 78 femmes issues des quatre coins du monde ont été sélectionnées pour y participer. Parmi elles, Déborah Pardo, chercheuse originaire de Marseille et installée depuis quelques années en Angleterre. Made in Marseille l’a rencontrée pour connaître les enjeux de cette initiative et les raisons qui l’ont poussée à en faire partie.

« Homeward Bound », tel est le nom de l’expédition scientifique en bateau qui s’est déroulée entre le 2 et le 21 décembre 2016 à partir d’Ushuaia (Argentine) et qui a eu la particularité d’être menée seulement par des femmes. L’opération, qui va se renouveler chaque année pendant encore neuf ans, a pour but de comprendre les enjeux climatiques de la planète et de construire un savoir in situ des régions polaires qui sont en plein changement, mais pas seulement.

En plus de la formation scientifique, les participantes bénéficient d’une formation en leadership, en stratégie et en innovation afin de les aider à atteindre des rôles de leader et ainsi de ne plus être sous-représentées dans ce type de postes par rapport aux hommes.

« L’objectif de cette expédition est de créer un réseau d’entraide et de conseils entre les femmes et de leur donner les compétences et la confiance nécessaires pour qu’elles soient plus nombreuses au pouvoir. On espère qu’entre notre génération et les dix années à venir les choses vont changer et que plus de femmes auront des postes de leader », explique Déborah Pardo, chercheuse originaire de Marseille et participante au projet.

expédition, Une Marseillaise dans la 1ere expédition scientifique 100% féminine en Antarctique , Made in Marseille
La première édition de l’expédition Homeward Bound a réuni 78 femmes de 16 nationalités différentes © Homeward Bound

Une expérience phénoménale, difficile et futuriste

Déborah Pardo a fait partie des 78 scientifiques de cette première expédition d’Homeward Bound. En plus d’être la seule provençale de l’aventure, c’était également la seule femme 100% française parmi les 16 nationalités représentées. En post-doc à l’institut polaire britannique de Cambridge, elle étudie les populations d’albatros dans les terres australes et d’antarctique anglais. « J’ai postulé à cette initiative car je suis à un moment critique de ma carrière : je viens juste de devenir mère, je réalise l’ampleur des challenges auxquels les femmes font face et je milite pour cette cause. Je suis passionnée par mon travail et j’ai fait tellement de sacrifices pour en arriver là, qu’il n’y a pas moyen que je m’arrête ici et maintenant ! », nous expliquait-elle en janvier 2016.

Quelques jours après son retour, la jeune femme peine toujours à poser des mots sur cette aventure tant elle a été riche. « Si je devais résumer l’expédition en trois mots ce serait : phénoménal, pour l’ampleur de l’Antarctique, ses couleurs, ses sons, ses forêts d’iceberg de 60 mètres de haut qui retracent l’histoire du climat. Mais aussi parce que c’est vraiment puissant d’être avec des femmes qui veulent aider la planète et qui sont aussi déterminées que soi ! Je dirais ensuite difficile et futuriste puisque j’ai participé à l’année d’inauguration et que l’expérience va durer encore 10 ans. À son terme, on sera un réseau de près de 1 000 scientifiques et on ne sait pas où on va s’arrêter », souligne-t-elle.

Découvrez en images le résumé de l’expédition par Déborah Pardo

Un rôle à jouer dans le changement climatique

L’idée de mener l’expédition Homeward B ound est partie du constat que les problèmes d’égalité des sexes et de changement climatique sont intimement liés et pourraient être réglés en même temps. Des études récentes ont d’ailleurs montré que les femmes sont plus affectées par le changement climatique et les événements climatiques extrêmes que les hommes et qu’elles sont plus au fait et réactives vis-à-vis du changement climatique.

« Les femmes pensent et travaillent différemment et c’est en considérant cette richesse de compétences, d’idées et de points de vue qu’une meilleure efficacité dans les actions à grande échelle pourra être atteinte », met en avant Déborah Pardo.

En amont de l’expédition, pour apprendre à se connaître et préparer le terrain, les 78 scientifiques ont planché par groupe sur des problématiques qui lient environnement et rôle des femmes, comme par exemple l’influence des femmes sur les politiques environnementales. Pendant le voyage, les exercices ont continué là encore par groupe dans des lieux présentant un intérêt scientifique pour les chercheuses. Les après-midi étaient quant à eux rythmés par des cours de leadership, de science, de stratégie et de visibilité qui leur ont permis de se comprendre, de mieux comprendre les autres et de réussir à fonctionner ensemble.

expédition, Une Marseillaise dans la 1ere expédition scientifique 100% féminine en Antarctique , Made in Marseille
Déborah Pardo étudie les populations d’albatros dans les terres australes et d’antarctique anglais © DR

Un nouvel avenir vers la communication scientifique ?

Si elle reconnaît avoir gagné une meilleure connaissance d’elle-même et de sa valeur sur le plan professionnel, Déborah Pardo ne sait pas encore vers quoi s’orienter pour la suite, son contrat de post-doc touchant à sa fin. La préparation de l’expédition, notamment la campagne de financement participatif qu’elle a menée et dont elle a dépassé l’objectif initial, a peut-être révélé une vocation pour la jeune femme. « J’ai découvert que j’aimais vraiment la communication scientifique et encourager les gens à se motiver pour l’environnement. Grâce au réseau que j’ai pu former et toute mon expérience, je réfléchis éventuellement à me créer un boulot sur mesure dans ce domaine », confie-t-elle.

Une chose reste quant à elle sûre : Déborah Pardo souhaiterait, avec son compagnon et leur enfant, revenir vivre à Marseille dans un futur plus ou moins proche. « Marseille est une ville qui ne s’oublie pas : on a dans le cœur la beauté de la mer et les senteurs de Provence et, malgré ses défauts, on ne peut pas s’en passer », ajoute-t-elle.

La prochaine expédition d’Homeward Bound se déroulera au mois de décembre 2017 lors du prochain hiver boréal. Les inscriptions seront ouvertes à partir du 18 janvier 2017 sur le site internet de l’organisation afin de trouver un peu plus de 70 nouvelles participantes pour cette aventure extraordinaire.

 Publié le 28 janvier 2016, mis à jour le 2 janvier 2017

Par Agathe Perrier

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