A l’issue du débat d’orientation budgétaire de la Métropole Aix-Marseille-Provence, Sophie Joissains, maire (UDI) d’Aix-en-Provence a annoncé, dans l’hémicycle, sa démission de la deuxième vice-présidence de la Métropole. Elle a mis en cause le « double discours » de la présidente (LR) Martine Vassal, dans le cadre de la réforme institutionnelle.

« C’est inacceptable, madame le président ». La voix est calme. Les mots cinglants. Sophie Jossains, maire (UDI) d’Aix-en-Provence, ne pouvait se taire plus longtemps. C’est à l’issue du débat d’orientations budgétaires de la Métropole, émaillé de critiques, ce vendredi 19 novembre, que l’élue s’est exprimée, lasse, visiblement, de voir Martine Vassal passer pour « l’égérie des communes ».  « Quand je sais le rôle qui a été le vôtre, c’est inacceptable, madame le président d’avoir un double discours de cette façon-là. Voilà ce que je ne pouvais plus tenir en moi ».

Sophie Joissains estime que Martine Vassal ne joue pas franc-jeu dans le cadre de la réforme de la Métropole Aix-Marseille Provence, qui agite l’écosystème politique depuis la venue du président de la République, début septembre. Elle vise des discussions menées entre l’élue marseillaise et le chef du gouvernement au sujet de l’amendement visant à modifier les attributions de compensation aux communes. Depuis le lancement du chantier de la réforme institutionnelle, les maires du territoire ont toujours fait part de leur opposition. « À la veille du jour où le gouvernement a déposé son amendement prévoyant la baisse des allocations de compensations, vous étiez dans le bureau de Jean Castex, lance-t-elle. Et cet amendement est arrivé de façon un peu inopinée après le début de l’examen du texte, ne laissant ainsi aucune réplique possible par les parlementaires », poursuit l’ancienne sénatrice.

« Vous avez été élue sur un engagement très fort »

Le sujet des attributions de compensations « n’était pas à l’ordre du jour » des négociations avec Jean Castex, lui répond alors le cabinet de Martine Vassal. Et pourtant, Sophie Joissains, sur les confidences de certains « témoins présents », lâche : « Il a été dit clairement que vous risquiez d’être en difficulté budgétaire et qu’il fallait faire en sorte que les ressources possibles soient rendues disponibles à la Métropole ». 

L’heure, pour elle, de rappeler à Martine Vassal son engagement lors de son élection à la présidence de l’établissement de coopération intercommunale. « Vous avez été élue sur un engagement très fort, celui de la personnalité morale des conseils de territoires et cela va de soi, la protection des communes. Aujourd’hui la réforme que vous négociez ne sort pas de nulle part », dit-elle.

En cause, la disparition des conseils des territoires, actée par la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault. Laquelle aurait assuré à Sophie Joissains, lors d’un entretien téléphonique, que la réforme est menée « en concertation et sur les propositions de l’exécutif métropolitain ».

Alors qu’elle était justement 2ème vice-présidente en charge de la réforme métropolitaine, Sophie Joissains annonce donc sa démission d’une délégation « devenue factice depuis le mois de juillet ».

La mise en garde

Des propos qui font échos à ceux de Maryse Joissains, dans plusieurs courriers adressés à Martine Vassal qu’elle avait rendus publics. Jusqu’il y a encore quelques jours, elle occupait la présidence du conseil de territoire du pays d’Aix. Mais elle a démissionné après sa condamnation définitive à une peine de huit mois de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts. Sophie Joissains pourrait, là encore, lui succéder.

Dans ce nouveau rapport de force, elle s’inquiète de la double casquette de Martine Vassal, à la fois présidente du Département des Bouches-du-Rhône et de la Métropole qui « conduit inévitablement à une pression sur les communes qui ont toutes besoin des subventions du Département, et ça veut dire aussi que cette pression institutionnelle tient la parole des uns et des autres ».

Face à ce qu’elle estime une menace, Sophie Joissains met en garde : « Sachez que si des pressions se faisaient sur la commune d’Aix-en-Provence, par rapport à des projets en relation avec le Département, je n’hésiterais évidemment pas à aller devant le tribunal administratif pour défende ma commune ». Avant de conclure : « Au revoir madame ».

« On n’est pas là, madame, pour donner des leçons »

Une prise de parole totalement « anachronique avec le moment », répond Martine Vassal. « C’est malheureux ». Et d’ajouter : « Je viens d’écrire à votre maman, de lui écrire à la main, parce que la tonne de courriers insultants que j’ai reçus signé soit disant de madame Maryse Joissains… Elle ne devait pas avoir tous les tenants et les aboutissants », poursuit-elle, saluant le parcours de l’ex-maire d’Aix, pour laquelle elle a « beaucoup de respect, d’affection, d’amitié, c’est une femme remarquable qui s’est battue pour sa ville et qui, pour nous les femmes, doit être un exemple ».

Pour sa défense, Martine Vassal, plaide la légitimité de ses deux mandats. « Je comprends que pour vous ce doit être compliqué de prendre la suite. Il faut être à la hauteur madame, parce que lorsqu’on est élue au suffrage universel comme ça été mon cas, deux fois à la Métropole, deux fois au département, on n’est pas là, madame, pour donner des leçons. Je comprends que vous ayez envie d’avoir une certaine légitimité. Le jour où vous serez réélue, là, vous pourrez l’avoir », a-t-elle conclu, prenant acte de la démission de sa deuxième vice-présidente.

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