[Environnement] Le Conseil de développement de MPM laisse 5 ans à Alteo pour ne plus polluer la Méditerranée

« Dans tous les cas, nous ne lâcherons pas l’affaire« . Le ton est donné. Le Conseil de développement de Marseille Provence Métropole et son président Jean-Louis Tixier semblent déterminés à trouver une solution pour cesser définitivement les rejets polluants de l’usine Alteo de Gardanne, Péchiney, dans le parc National des Calanques, au niveau de Cassis. Malgré cette conviction, ils ont donné ce matin un avis favorable au renouvellement de l’autorisation de rejeter des déchets, à condition notamment de limiter à 5 ans cette dérogation. Selon eux, tout n’a pas été fait pour aller dans ce sens par le passé.

Alors que l’émission de « boues rouges » doit cesser à la fin de l’année et être remplacée par un rejet liquide moins polluant, la société civile se mobilise pour trouver des solutions. Le Conseil de développement a réuni ce matin les journalistes de la région pour leur faire part de leur souhait de prolonger de 5 ans les rejets de l’usine Alteo à condition qu’une étude hyper poussée soit menée pour stopper cette pollution.

Une pollution dont les effets sur l’environnement et la santé publique laissent présager un avenir relativement sombre pour les Provençaux, et notamment les habitants de Gardanne.

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L’usine Alteo à Gardanne

C’est quoi un Conseil de développement ?

Le Conseil de développement est une assemblée citoyenne composée de bénévoles spécialistes dans leur domaine (chercheurs, chefs d’entreprises, citoyens engagés, etc.) qui représentent les habitants sur les sujets fondamentaux. Le Conseil de développement se divise en plusieurs commissions : économie, urbanisme, transport, culture et tourisme, et environnement. Leurs rôles ? Apporter aux politiques et décideurs un éclairage et un avis sur des sujets importants.

Sur le sujet des rejets de l’usine Alteo, la commission « Environnement » du Conseil de développement de MPM, présidée par Philippe Langevin, s’est saisie elle-même du dossier cet été, car elle considère que c’est un problème d’envergure métropolitaine, voire nationale, incompatible avec le fonctionnement du Parc National des Calanques et le Contrat de Baie.

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Réunion sur les « boues rouges » avec le Conseil de développement

Quel est le problème de l’usine Alteo ?

L’usine Alteo d’alumine de Gardanne, connue pour son rejet de boues rouges (déchets industriels) dans la fosse de Cassis, fait pâlir tous les scientifiques de France et de Navarre. Pour son activité, comme toutes les usines, Alteo est obligée de rejeter des déchets très nocifs dans la nature. Sauf que depuis 1976, l’usine s’est engagée à ne plus rejeter de particules polluantes à partir du 31 décembre 2015. Le problème est que l’on arrive à échéance, et que personne n’a trouvé de solution miracle pour effacer complètement les traces de pollution dans les rejets. Selon le Conseil de développement, Alteo aurait consenti de nombreux efforts ces dernières années en essayant aux côtés des scientifiques de faire avancer le sujet. Elle a même stoppé depuis 3 semaines le rejet solide de boues rouges dans la mer du côté de Cassis, remplacé par un rejet liquide qui certes pollue toujours mais beaucoup moins que les boues. Un premier pas… pas suffisant pour les défenseurs de l’environnement.

D’autant que la production d’alumine est une industrie très porteuse, en effet elle permet de fabriquer des écrans, notamment pour les téléphones portables et les télévisions. L’usine emploie d’ailleurs 600 personnes et elle est l’un des principaux partenaires du Grand Port Maritime de Marseille… L’enjeu est donc très lourd. D’un côté, il y a ceux qui souhaitent pérenniser ces emplois et ne désirent pas que l’usine ferme en essayant d’accorder un délai supplémentaire, d’un autre, il y a ceux qui sont pour la fermeture immédiate de l’usine afin de préserver nos écosystèmes.

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Cassis

Le Conseil de développement se positionne plutôt dans le premier camp, mais à condition… Il désire prolonger pendant 5 ans l’activité de l’usine, à condition qu’en échange une étude scientifique très poussée et réunissant tous les meilleurs spécialistes permette de trouver d’ici 2020 une solution à ses rejets. Car le problème est bien là : selon les scientifiques et chercheurs de la région, Alteo aurait tout fait pour trouver une solution, en vain. L’usine n’arrive pas à rejeter sans polluer.

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D’ailleurs, à la question « Pourriez-vous envisager que l’activité d’ALTEo soit stoppée et qu’à la place, cet argent soit mobilisé pour chercher une reconversion à l’usine ? » Philippe Langevin répond « Ce n’est pas notre position » avant de poursuivre « Compte tenu des efforts qui ont été consentis par Alteo pour trouver une solution (Ndlr : qui n’existe pas encore) et du nombre d’emplois en jeu, un nouveau délai de 5 ans parait raisonnable ».

Que veut faire le Conseil de développement face à ce problème ?

Le Conseil de développement veut que l’Etat, voire l’Europe se saisisse de ce dossier épineux, dont les enjeux dépassent largement les frontières. En effet, la pollution d’origine industrielle des mers et océans est un problème d’ordre mondial. Et, les membres espèrent que d’ici 5 ans l’étude mise en place à la demande du Conseil de développement y apporte des réponses.

L’idée ? Débloquer des fonds pour permettre à un groupe de chercheurs de tout faire pour trouver LA solution d’ici 5 ans. En attendant, l’usine continuerait à rejeter ce liquide. Le Conseil de développement se justifie en expliquant notamment que « l’usine a tout fait ces dernières années pour empêcher ce résultat » et qu' »on ne peut qu’aller dans leur sens« … « à condition de trouver une solution rapidement ». Pendant ces 5 années, un comité de suivi impartial serait mise en oeuvre pour veiller à la bonne avancée des études. Cela permettrait d’anticiper si oui ou non l’usine doit s’arrêter de produire (si les études ne donnent rien), et ne pas se réveiller brusquement dans 5 ans pour prendre une décision.

En parallèle, l’usine devra tout faire pour aider au mieux les scientifiques à trouver un procédé permettant d’éliminer tous les métaux lourds dans les liquides afin qu’ils passent sous le seuil fixé par la loi.

« Si au bout de cinq ans, il n’y a pas d’assurance qu’il n’y a plus de pollution, il n’y aura plus de dérogation », explique Jean-Louis Tixier. « Accorder une autorisation de 30 ans serait irresponsable ».

En conclusion de cette réunion, les membres du Conseil de développement de MPM ont tenu à rappeler qu’il ne fallait pas accabler l’usine Alteo, qui n’est pas seule responsable de l’état de la Méditerranée aujourd’hui, bien au contraire. Ils ont expliqué que cette étude demandée à l’Etat permettrait de trouver une solution pour toutes les usines du pourtour méditerranéen, mais qu’il faudrait aussi étendre la recherche au traitement des eaux usées comprenant des particules médicamenteuses (issues de la prise de médicament des habitants rejetée par les urines notamment), aussi dangereuses pour l’environnement.

Bref, un vaste programme. Qui on l’espère aboutira à des solutions viables et concrètes. A suivre sur Made in Marseille…

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2 COMMENTAIRES

  1. […] Au sud, depuis 1966, 30 millions de m3 de boues rouges ont été déversés dans la fosse de la Cassidaigne, au large de Cassis. Ces boues sont des résidus de traitement de la bauxite produits par Rio Tinto (Gardanne). Depuis 2009, le rejet est limité à 180000 m3 /an, avec un arrêt des déversements prévu en 2015. Des études sont en cours pour examiner les solutions de devenir des eaux industrielles, une des hypothèses étant toujours le rejet en mer. Un dossier réglementaire d’autorisation est en cours d’instruction. Des investissements importants ont été réalisés pour l’achat de « filtres presses » afin de limiter les rejets de matières en suspension. Retrouvez notre reportage sur ce sujet ici […]

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