Entretien avec Renaud Muselier, de Las Vegas au Pont Transbordeur…

Entretien avec Renaud Muselier, de Las Vegas au Pont Transbordeur...

Il y a quelques jours, nous sommes allés à la rencontre de Renaud Muselier (LR), 1er Vice-Président du Conseil régional PACA en charge notamment des Fonds Européens, Président du Comité régional de Tourisme et Député Européen, pour parler de son actualité locale.

Quelques jours seulement après son retour du CES (Consumer Electronic Show) de Las Vegas, le plus grand salon des nouvelles technologies au monde où il a conduit une délégation composée de 50 startups régionales, il se confie sur l’économie, l’innovation et le tourisme, mais aussi sur ses relations avec Jean-Claude Gaudin, avec lequel il évoque des désaccords. Reportage.

Made in Marseille – Bonjour Renaud Muselier, comment allez-vous ? Vous avez démarré très fort l’année 2017 avec un séjour au CES de Las Vegas début janvier, pendant lequel vous avez accompagné des startups régionales, pouvez-vous nous en parler ?

Renaud Muselier – Je vais très bien merci. Les vacances m’ont fait beaucoup de bien, on a beaucoup travaillé cette année et bien mérité de se reposer en famille. Moi, je me suis ressourcé du côté de l’Ubaye. Et c’est vrai que le retour au travail à la rentrée a été assez radical.

Vous savez les applications, la French Tech, les nouvelles technologies, la connexion, tout le monde en parle et chacun a sa propre version là dessus… Mais quand on va là bas, le monde entier vient voir le monde entier du monde de demain. C’est très impressionnant. Il n’y a que des jeunes, c’est immense… Et quand on circule dans les allées, il y a une espèce d’émulation, de dynamisme, d’yeux qui pétillent et de passion dans les individus, qui parlent d’ailleurs toutes les langues, et qui ont tous, sans exception, une idée et ils réalisent leurs idées sur le plan technique et technologique.

Vous semblez très impressionné par ces jeunes qui entreprennent…

Oui, car il y a finalement peu de gens qui ont de très bonnes idées, et encore moins qui arrivent à les concrétiser, et là bas, tout le monde présent a déjà dépassé ce cap. Mais, je pense néanmoins qu’il y aura beaucoup de casse. Parce que ces chefs d’entreprise ont l’absolu nécessité d’avoir au moins trois cordes à leurs arcs : 1, l’idée, 2, la réalisation, 3, la commercialisation et le montage économique. Et pour tous ces jeunes, c’est très difficile d’avoir ces trois talents, et c’est souvent quand il manque un de ces trois talents que les projets ne marchent pas. Mais globalement, on se rend compte quand on est présent sur ce salon que le monde va changer.

Avez-vous des exemples qui vous font dire que le monde va changer ?

Prenez la Poste par exemple, quand on voit tous les services qu’ils développent, alors que certains s’imaginent toujours le facteur en vélo en train de mettre le courrier dans la boite aux lettres. Mais, c’est fini ça… On a changé de dimension. Et c’est parfois inquiétant sur le plan des libertés parce qu’on est finalement pris par une énorme matrice qui est autour de nous, qui croise nos informations…

Cela vous inquiète ?

Oui, moi ça m’inquiète beaucoup, mais en même temps c’est la vie. La question est de savoir comment arriver à préserver son indépendance et son autonomie alors qu’on a « la Stasi » dans l’ordinateur dont on se sert.

Revenons-en au CES de Las Vegas si vous le voulez bien, quel regard porte le monde entier sur les startups françaises ? Notamment les Asiatiques et les Américains ?

Vous savez, pour dire simple. Ils s’en « foutent ». Il n’y a pas vraiment de différence entre les pays. Est ce que vous êtes intelligent ? Est ce que vous avez une bonne idée ? Comment vous réalisez votre bonne idée et quel est votre modèle économique ? Voilà ce qui intéresse. Vous pouvez être jaune, blanc, noir, c’est l’idée et l’intelligence qui prédominent le reste. Et c’est vrai qu’effectivement les Français sont là, ils sont partout !

Pour en revenir à votre actualité régionale, quittons Las Vegas. Si vous ne deviez en retenir qu’une, quelle mesure phare symbolise le plus votre travail, sur les 75 engagements tenus depuis votre arrivée à la tête de la collectivité en décembre 2015, aux côtés de Christian Estrosi ?

Les engagements ne sont que le respect des promesses faites pendant la campagne. Nous avons réalisé déjà le tiers de ce qui est prévu pendant le mandat. La plus grande force est de réaliser que la région quand elle travaille, elle est capable de faire de grandes choses et elle avance surtout ! Avant elle était endormie… Le plus important, enfin la mesure phare, c’est évidemment le retour de la région, la reprise en main de son destin. Car chacun des engagements tenus a son importance.

Le Label Capitale européenne du tourisme dont vous avez défendu la création pourrait se faire à Marseille l’année prochaine. Pouvez-nous expliquer en quoi cela va consister ?

L’idée est simple et je me suis basé sur ce que j’avais fait pour la Capitale européenne de la culture en 2013. Quand nous avons été choisis pour 2013, il faut bien comprendre que nous n’avons pas eu d’aide de l’Europe, nous avons juste pu capitaliser sur le Label MP2013 pour fédérer les acteurs du territoire et enclencher des projets culturels. Ce n’était pas le politique qui disait à tel ou tel établissement culturel comme le théâtre Toursky ou autre, « faites ça« , c’était « nous avons la possibilité de rayonner, profitez de cet événement« .

Moi ma volonté, était de faire émerger un nouveau label, sur ce même principe, qui permettait de valoriser au niveau européen, le tourisme de « Montagne », de « Campagne » et « Maritime », autour de 3 labels, qui fédéreraient tous les acteurs touristiques du territoire et qui diraient « regardez ce que nous sommes capables de faire, venez chez nous !« . Parce que finalement, compte tenu de notre environnement international avec un bassin méditerranéen et un Moyen Orient aux situations très compliquées, des destinations plus lointaines comme l’Asie ou l’Amérique qui restent encore assez chères pour la plupart des gens compte tenu de la distance, je me dis que ce serait bien de valoriser la destination « Europe » pour les Européens. Qu’ils se rendent compte de la beauté de nos paysages et de nos villes et qu’ils aient envie de voyager encore plus chez nous… Les Fjords dans les pays nordiques, les Alpes dans le sud de l’Europe, le littoral méditerranéen entre la Grèce et l’Espagne,… sont tout autant de paysages fantastiques qu’il faut promouvoir et valoriser.

Pour en revenir à notre label Marseille Provence capitale européenne du tourisme, j’en ai discuté avec Martine Vassal, car l’événement se fera à l’échelle du département et pas exclusivement à Marseille. Notre idée est de présenter une multitude d’activités tout au long de l’année, pour fédérer l’ensemble des acteurs touristiques du territoire. Des férias d’Arles aux balades camarguaises, en passant par les calanques de Marseille ou les fêtes provençales pendant l’été. Nous avons des tas d’événements à proposer.

Pourrait-on parler de votre position sur la construction d’un pont transbordeur pour relier les deux rives du Vieux-Port ? Jean-Claude Gaudin s’y oppose et lui préfère la construction d’un téléphérique entre le Fort Saint-Nicolas et Notre Dame de la Garde. Selon lui, votre idée gâcherait la carte postale du Vieux-Port. Qu’avez vous à répondre ?

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Marseille et le Vélodrome vus de l’espace par Thomas Pesquet

Vous savez, j’ai beaucoup voyagé et je suis convaincu d’une chose, on a besoin d’objets « monde » pour rendre une ville attractive. Aujourd’hui, on a le stade Vélodrome, pour lequel je me suis toujours battu et qu’on peut voir de l’espace (Ndlr : photo de Thomas Pesquet, Marseille vue de l’espace). Mais, quand vous regardez des cartes postales de la ville, le pont transbordeur fait partie de l’image de Marseille, alors on pourrait très bien en avoir un moderne. Quand j’ai lancé mon idée, Jean-Claude Gaudin était d’accord avec moi… Maintenant, il dit non. Mais, il a aussi changé d’avis sur le casino, avant il ne voulait pas en entendre parler, maintenant il veut un casino. Jean-Claude Gaudin est un homme politique d’exception, plutôt dans l’immobilisme. Et c’est dommage, car le dossier est génial et le projet ne couterait rien au contribuable, il apporterait une plus value phénoménale à mes yeux. Moi j’aimerais bien qu’on fasse un référendum ou un grand débat sur ce genre de décision, j’aimerais échanger avec mes amis de gauche sur ce sujet en dehors, bien sur, de toute période électorale pour ne pas qu’il y ait de récupération politique, d’ailleurs certains élus de gauche sont d’accords avec moi. Les historiens marseillais sont pour, le monde économique aussi, les professionnels du tourisme me soutiennent. Les citoyens eux sont partagés, mais c’est normal. Il faut juste leur expliquer que ce n’est pas qu’une attraction pour touriste mais un projet pour eux. Quand vous irez balader tout en haut du pont, avec la plus belle vue du monde au dessus du Vieux-Port, 30 mètres au dessus du Palais du Pharo, le large de part et d’autre, imaginez… Quand vous aurez besoin de rejoindre à pied les deux rives du port, en passant par la digue du large, ce sera fantastique ! Moi, je ne vois que des avantages pour les Marseillais, pour les revenus de la ville, pour le rayonnement touristique, c’est très positif. Maintenant, je ne joue pas ma vie sur ce projet, si Jean-Claude Gaudin n’en veut pas, on ne le fera pas… Mais, je suis intimement convaincu qu’il faut bouger et avancer et qu’un référendum était la bonne solution.

 

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2 COMMENTAIRES

  1. Monsieur Muselier,
    Les bonnes idées, pas besoin d’aller les chercher à Las Végas !!!!
    Ni pont transbordeur, ni téléphérique, (qui va payer) ?
    Pensez seulement à déplacer de 200 mètres le féry- boot et nous aurons relié le Mucem au Fort St Nicolas.
    Savez-vous le nombre de gens visitant Marseille qui sont étonnés devant cette situation simple à mettre en place ???

  2. D’accord sur tout… SAUF le pont transbordeur ! C’est trop moche, pourquoi mettre une verrue à l’entrée du Vieux Port ??? Le téléphérique aura un double attrait : transporter les marseillais et les touristes + offrir une belle vue. Désolée M. Muselier mais sincèrement ce serait gâchis ce pont, et il faudrait de nouveau vite le démanteler !!!

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