Face à la pétition, quel avenir pour la Villa Valmer et son jardin public ?

La polémique enfle depuis quelques semaines à Marseille. Le jardin public de la Villa Valmer, l’un des plus beaux parcs de la ville, avec son panorama époustouflant sur la mer, pourrait être en partie privatisé et transformé en parking. Cette affaire intervient quelques jours après que la ville de Marseille, propriétaire des lieux, a lancé un appel à projets pour installer des nouveaux locataires.

« Non à la privatisation du Jardin public Valmer », c’est le titre d’une pétition qui a déjà obtenu plus de 10000 soutiens sur internet. On peut y lire « Quel que soit le devenir et les projets pour la Villa Valmer, nous demandons que soit modifié l’appel à projet pour que son parc ne soit ni amputé, ni vendu, ni loué, ni privatisé et qu’il demeure ce jardin public merveilleux ouvert à toutes et tous ! »

Tout a démarré la semaine dernière, quand l’adjointe au maire (LR) en charge du tourisme, Dominique Vlasto, a expliqué à l’occasion d’un entretien avec nos confrères de La Provence  « Nous souhaitons faire une location longue durée de loisirs pour de l’hôtellerie » et utiliser « la partie boisée, à gauche, devant l’hôtel, notamment pour y faire un parking ». Des termes repris en introduction de la pétition, et que la mairie conteste fermement.

Pourquoi la ville a-t-elle lancé cet appel à projets ?

La Villa Valmer et le bâtiment plus récent qui la borde sont actuellement occupés par le Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée (CMI) et une antenne de la Banque Mondiale. Hors, ils ont annoncé leur envie de déménager vers le quartier Euroméditerranée.

Yves Moraine explique « La Ville a engagé une réflexion sur le devenir de ce lieu qui doit participer au renforcement de l’attractivité de Marseille. Si la Ville choisit un projet à l’issue, elle ne cèdera pas les locaux mais les confiera dans le cadre d’un bail emphytéotique à l’opérateur économique qui sera choisi. » 

Des photos de la Villa Valmer dans son état actuel

Impossible d’abattre des arbres dans un Espace Boisé Classé ?

Comme le stipule l’appel à projets, il apparait impossible d’aménager un parking sur la partie boisée classée du parc qui fait partie du périmètre de projet. En effet, aucun arbre ne peut y être abattu, conformément à ce qui est mentionné dans le PLU (Plan Local d’Urbanisme).

L’ensemble de la partie végétalisée et arborée du parc est classée en Espace Boisé Classé (EBC), l’une des dénominations les plus contraignantes qui soient en matière de protection des espaces verts dans un PLU. Abattre un arbre dans le parc Valmer ne pourrait donc pas se faire sans une procédure administrative assez lourde : la révision du PLU. Une disposition que la mairie de Marseille, que nous avons contacté, n’envisage pas. En outre, l’appel à projets précise « Le porteur de projet peut s’il le juge nécessaire effectuer des travaux, par contre au vu du Plan Local d’Urbanisme, toutes démolitions seront définitives sans possibilité de nouvelles constructions ». 

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La zone tampon, ses arbres, ses pelouses, seront gérés par le futur locataire © Made in Marseille

Pour Yves Moraine, maire de secteurs et président du groupe de la majorité au conseil municipal « Le porteur de projet aura bien sûr à charge l’entretien et l’élagage de la partie boisée, ce qui peut comprendre la coupe d’une branche dangereuse, mais aucun abattage ne sera autorisé. Quant à l’éventuelle présence d’un parking, le porteur de projet devra faire avec l’espace déjà disponible, sachant que des constructions supplémentaires seront impossibles puisque le bâti est déjà important et qu’il n’a pas vocation a évoluer« .

Hervé Menchon nous explique de son côté « Il faudrait effectivement une révision du PLU pour changer cela. Hélas, cela c’est déjà produit dans ce secteur pour la colline du Roucas Blanc ou des EBC ont laissé place à des immeubles, rien n’est donc impossible quels que soient les règlements, c’est pour cela que la veille citoyenne doit s’exercer avec vigilance. »

Un appel à projets qui apportera des surprises ?

A la différence d’un appel d’offres qui donne un cahier des charges précis sur l’exécution d’un projet, l’appel à projets lui, offre une perspective bien plus large, celle de se voir proposer de nombreuses possibilités et ensuite de les proposer à la concertation. Ici, on pourrait très bien imaginer un hôtel de luxe, mais aussi pourquoi pas un centre d’art avec ses galeries, son restaurant et sa librairie-boutique, un incubateur d’entreprises avec espaces de coworking, un musée, ou encore une école.

Les limites géographiques de l’appel à projets sont les suivantes :

  • La ligne noire délimite l’emprise de l’appel à projets, c’est à dire la partie bâtie avec la Villa Valmer et les bâtiments récents,
  • Le reste de la zone en orange est une zone tampon entre le jardin public et la zone d’emprise de l’appel à projets, qui n’a pas vocation à être occupée par le futur locataire, mais dont l’entretien et notamment l’élagage sera à sa charge. Cette zone tampon est en majorité située dans l’Espace Boisé Classé (représenté par des ronds verts, comme on le voit sur le planche du PLU ci après).
L'extrait de l'appel à projets avec en orange, la zone du projet © Ville de Marseille
L’extrait de l’appel à projets avec en orange, la zone du projet © Ville de Marseille
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Un extrait du PLU où les ronds verts représentent les EBC © Ville de Marseille
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L’appel à projets dans le parc Valmer © Made in Marseille

Si la ville se défend de vouloir abattre des arbres pour y faire un parking, ce qui inquiète aussi les partisans de la pétition, c’est de savoir comment sera occupé cet espace remis au privé et si les Marseillais et touristes pourront continuer à profiter de la partie haute du parc, autour de la Villa Valmer. Partie qui offre de grands espaces de pelouses sous les pins avec vue sur mer, et que les habitants ne veulent pas voir privatiser.

Les éléments présents dans l’appel à projets ne vont pour l’instant pas à l’encontre de cette possibilité. En effet, si aucune construction n’est envisageable, parking ou bâtiment de toute sorte, il apparait difficile d’y aménager dans l’état des choses, une clôture ou une quelconque « fermeture physique » entre la partie privatisée et la partie publique, qui nécessiterait elle aussi une révision du PLU.

Pour Hervé Menchon, il faut plus de concertation avec les habitants « Personne n’a hélas pu discuter de l’appel à projet avec l’adjoint de la délégation concernée. Il eut été préférable qu’une véritable concertation soit engagée en amont sur l’opportunité de lancer un appel à projet et sur la teneur de son cahier des charges. Que ce soit avec une enquête publique préalable ou une autre forme de consultation citoyenne en amont, les mairies doivent cesser d’avancer seules sans les citoyens et cesser d’étouffer les protestations sincères des habitants par des polémiques stériles. Quel que soit le projet retenu, l’espace aujourd’hui public devra rester entièrement accessible au public« . Et notamment « que les promeneurs puissent continuer à accéder à 100% de l’espace public, jusqu’au pied des façades de style Renaissance, là ou posent les jeunes mariés, sur les marches qui font gradins. » 

Ce qui laisse perplexe dans cette affaire, ce n’est finalement pas le contenu de l’appel à projets qui est plutôt clair et va dans le sens des pétitionnaires, ni les prespricptions du PLU et de la réglementation en vigueur, mais bel et bien le positionnement opposé des élus de la même majorité municipale, Dominique Vlasto qui parle d’un hôtel avec parking d’un côté, et Yves Moraine et les services d’un autre qui se rangent derrière les dispositions présentes dans l’appel à projets. De son côté, Laure Agnès Caradec, adjointe à l’urbanisme, n’aurait pas en charge le dossier.

Des photos du parc Valmer pour comprendre l’appel à projets

La zone bâtie qui sera remise aux futurs locataires comprendrait la Villa Valmer et son esplanade en balcon sur le parc, ainsi que des bâtiments plus récents qui abritent des bureaux, selon la ville.

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La Villa Valmer et les bâtiments récents © Made in Marseille
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Le parvis de la villa Valmer © Made in Marseille

La zone tampon qui fait la liaison entre la zone de projet et le jardin public, que le futur locataire devra entretenir, sans pour autant l’occuper, comme le soutiennent les services de la ville. Elle comprend les pelouses sous les pins, mais pas les points de vues sur la mer.

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La ligne orange au sol reprend grossièrement le périmètre du projet et de la zone tampon, et confirme que les bancs devraient rester dans la partie publique © Made in Marseille

La partie publique en balcon sur la mer, qui le restera, car elle est hors de la zone de l’appel à projets.

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La partie publique hors de l’appel à projets © Made in Marseille
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La partie publique hors de l’appel à projets © Made in Marseille
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La partie publique hors de l’appel à projets © Made in Marseille

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3 COMMENTAIRES

  1. Que propose le 7ème arrondissement, en fait de jardin public?
    Il faut savoir que tous les îlots de verdure visibles dans ce quartier sont privés, que la plage du prophète n’est pas un espace public utlisable en hiver…que votre projet toxique rompra le bel ordonnancement de la corniche….alors que votre désir de fréquentation touristique est avoué!!!!
    Regardez, madame Vlasto, le succés de l’Hôtel de Caumont à Aix.. « espace culturel » privé s’il en est!!!!Pourquoi pas créer ce genre d’e structure à Marseille?
    Danièle Hutter.

  2. Bonjour, où peut-on se procurer cet appel à projet SVP ? Histoire d’en avoir une lecture complète et pas des résumés… je ne le trouve pas… même si Mme Bernasconi prétend une consultation « large » !

  3. Marre de cette  » gentryfication  » de Marseille : marre des 5 étoiles , des restaurants gastronomiques , des
    plages privées . Marseille cherche à imiter Cannes ou Nice ; A quand les énormes yatchs ancrés en nombre
    dans le Vieux Port et qui empêcheront comme à Antibes , ou pire à St Tropez, de voir les
    maisons . Marseille n’est pas Cannes ou iNice. Marseille est populaire , mélangée , bigarrée et non aseptisée dans des palaces et des restaurants hors de prix . Le  » bon peuple » s’entasse sur les plages
    publiques et on parle de privatiser la calanque sur la Corniche ( que devient dans ce cas le respect de la
    loi littorale ? ) . On nous parle des retombées économiques et pour l’emploi mais j’ai bien peur que ce soit
    toujours les mêmes qui en profitent ( promoteurs etc… ) alors que certains quartiers de la ville n’en voient
    pas la couleur et restent parmi les plus pauvres de France , voir d’Europe !

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