Qui n’a jamais rêvé d’immortaliser un selfie dans les Calanques, devant un panorama à couper le souffle pour se lancer dans la course aux Likes ? Instagram et Facebook ont réinventé notre façon de “consommer” la nature. Face à la surfréquentation d’espaces naturels souvent fragiles et menacés, quel est le risque ?

En novembre 2020, l’organisation Clean my Calanques détournait le tube du rappeur Jul Bande organisée pour le transformer en clip de sensibilisation contre les déchets en milieu naturel. Devenu viral, Cleaner organisé cumule plus de 600 000 vues sur Youtube. Du côté de la twittosphère marseillaise, le hashtag #1DéchetParJour est sur le devant de la scène depuis des années. Il a été lancé par le plus british des influenceurs écolos, Eddie Platt. À coup de punchlines crues comme « arrête de niq*** ta mer », il a mobilisé des foules lors de grands nettoyages de l’espace public, toujours d’actualité.

Pour Manu Laurin, ce sont les déchets en mer qui l’ont propulsé sur la toile. Parti à la nage pêcher les détritus, ses performances et son profil inspirant ont vite fait le succès de ses posts. Quelques années plus tard, ses bijoux issus de déchets marins recyclés se vendent sur les étals de marchés. Son Grand Défi, compétition internationale de ramassage en mer, attire des centaines de « nettoyeurs de haut niveau » dans la rade de Marseille.

Viral ou durable ?

L’engagement écologique s’est emparé des codes modernes de communication, et de l’arme de pénétration massive que sont les réseaux sociaux. Les initiatives citées plus haut auraient-elles fédéré ou percé, sans Facebook, Twitter, Instagram, Linkedin et autres Tiktok ? Dans le même temps, ces derniers influencent l’action environnementale, la poussant à être plus ludique, photogénique, spectaculaire, compétitive, et parfois éphémère.

« Il suffit de retourner sur une plage une semaine après un nettoyage collectif pour se rendre compte que la problématique des déchets n’est pas résolue », déplore Mathieu Grapeloup.  Ce communicant pour le Geres, organisation de solidarité climatique, est également un influenceur marseillais très suivi. Il estime que « ces actions restent positives. Elles ont un impact, et vont toucher des publics souvent éloignés des enjeux environnementaux ».

Instagram, le meilleur ennemi des Calanques

Pour d’autres défenseurs de la nature, les réseaux sociaux peuvent vite devenir « l’ennemi ». C’est le terme employé par le directeur du Parc national des Calanques, François Bland. Depuis quelques années, sa principale bataille, c’est la surfréquentation du site et les comportements plus « touristiques, balnéaires ou urbains que écoresponsables » des visiteurs. Il tente de rompre « l’image de parc balnéaire » qui colle au site naturel par la sensibilisation du public et un démarketing engagé avec les institutions et professionnels de la communication… C’est peu face à la force de frappe des réseaux sociaux : « Une photo virale sur Instagram touche beaucoup de monde, très vite et très loin ».

Pour s’en rendre compte, tapez #Calanques sur le réseau préféré des moins de 35 ans : 520 000 publications au mois d’août 2021, visibles du monde entier. Elles font plus souvent la promotion des plages paradisiaques, des activités nautiques, ou d’un summer body bien travaillé, que de la biodiversité unique et fragile du site.

Toutefois, pour François Bland, le numérique reste « un outil. C’est l’usage qu’on en fait qui compte ». Il ne boude pas la viralité de Clean my Calanques ni le succès de leurs nettoyages. Au contraire, il souhaite « s’emparer des réseaux sociaux pour mettre en lumière d’autres sites touristiques ou valoriser les bons comportements ». Le Parc national a même entrepris de demander l’aide d’influenceurs renommés.

L’école des Likes

Du côté du Geres, on entend aller encore plus loin en « formant de futurs influenceurs pour la solidarité et le climat », explique Mathieu Grapeloup. En partenariat avec l’association Eurasia Net, ils proposeront des ateliers à de jeunes Marseillais désireux de percer pour l’avenir de la planète.

« Des influenceurs confirmés leur apprendront à développer une communauté, susciter de l’engagement, inventer des défis à potentiel viral. De notre côté, nous les sensibiliserons aux questions environnementales ». Un dispositif né avec « la nouvelle branche “mobilisation citoyenne” de notre organisation, poursuit-il. Un virage important » pour le Geres, quand on sait qu’il privilégie depuis 45 ans « le développement sur le terrain plutôt que le plaidoyer et la communication. D’autant plus sur les réseaux sociaux, qui  ne sont pas toujours utilisés en interne », confesse Mathieu Grapeloup.

Mais l’ONG a pris conscience du potentiel, car « il y a un enjeu de fond : les jeunes. Ils sont la clé de la transition écologique. On ne remportera pas le défi climatique sans changer les comportements de toute une génération. On vise une prise de conscience de long terme, par petites touches, via les réseaux sociaux ». Un petit pouce bleu pour le grand défi vert.  


Du 3 au 11 septembre, Marseille accueille le Congrès mondial de la nature de l’UICN. Made in Marseille, partenaire officiel de l’événement vous propose de découvrir son tout premier magazine hors-série spécial « transition écologique ».

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