Une nouvelle étude d’impact est en cours concernant le projet de dépollution et de réhabilitation de la friche polluée de Legré Mante, sur le littoral sud de Marseille. Dans le même temps, la Ville et Ginkgo affinent le projet pour rééquilibrer le rapport entre logements privés et équipements publics.

Fermée depuis 2009, l’usine Legré Mante dont la création remonte à 1784 trône à l’extrême sud de Marseille, dans le quartier de la Madrague de Montredon. À cheval sur le massif des calanques et le bord de mer.

Sa situation exceptionnelle et plus de deux siècles d’activités chimiques font de cette friche polluée de 8 hectares un objet de convoitise des promoteurs autant qu’un casse-tête écologique et financier pour sa dépollution. Plomb, arsenic, mercure, cadmium, antimoine, cyanures, sulfates… Le passé a laissé des traces dans les sols et les édifices, dont le coût de la dépollution est estimée entre 10 et 15 millions d’euros.

Des tentatives immobilières ont avorté jusqu’en 2017, jusqu’à ce qu’un fonds d’investissement spécialisé dans les sites pollués résolve le casse-tête en rachetant la parcelle au propriétaire Margnat. Son nom : Ginkgo. Son projet :  195 La Calanque.


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Usine Legré Mante, le projet immobilier “dépolluant” sur les rails aux portes des Calanques

Le permis de construire en cours d’instruction

D’un côté, le groupe privé prend en charge la dépollution complète du site. De l’autre, il entend absorber ce coût avec un projet immobilier dont le modèle économique est pensé sur un plus long terme par rapport à une construction classique.

Le projet a soulevé diverses réticences citoyennes, associatives et politiques. Tant sur les questions d’urbanisme (densité urbaine du quartier mal desservi), patrimoniale (Bastide du Chevalier Roze, patrimoine industriel) qu’écologique. Après de multiples aller-retours, études et discussions, Ginkgo a rangé de son côté bon nombre d’acteurs locaux.

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Le projet 195 La Calanque  95 logements de résidence, 105 logements de tourisme, 85 % des bâtiments réhabilités. 1 877 m2 de commerces de proximité ainsi que 64 “chambres senior”. Le groupe promet de rendre 5 des 8 hectares au Parc national des Calanques.

L’ancienne municipalité, comme la nouvelle, voient particulièrement d’un bon œil qu’un investisseur privé prenne en charge une dépollution coûteuse que ni les propriétaires ni les pouvoirs publics n’ont jusqu’ici assumée. Des riverains ont d’ailleurs déposé une plainte contre X en juin 2020 relevant que le devoir de protection, d’information et de sécurisation n’a pas été respecté sur le littoral sud.

Une nouvelle étude bouscule le calendrier

Un premier permis de construire a été déposé par Ginkgo, dont la validation était attendue fin d’année 2020. La dépollution devait ainsi débuter début 2021 et les premiers bâtiments sortir de terre en 2023.

Un calendrier revu avec une nouvelle étude d’impact environnemental menée par l’État. Il s’agirait d’une interprétation de l’état des milieux (IEM), mettant l’accent sur la question de la faune et la flore.

Le fonds d’investissement considère toutefois que ce nouvel épisode ne bouleversera pas les délais qu’il s’est fixé. Le rapport de l’IEM devrait être rendu en février 2021, suivi d’une enquête publique en mars, et finalisé par un rapport du commissaire enquêteur 15 jours plus tard. Si les conclusions sont satisfaisantes, la dépollution pourrait alors débuter entre mai et juin 2021.

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Affiner le projet vers plus d’équipements publics

Un contretemps minime pour un projet de cette ampleur, que la Ville de Marseille entend mettre à profit pour affiner le projet immobilier de Ginkgo. Mathilde Chaboche, adjointe à l’urbanisme, estime que cette « temporalité d’attente est féconde. L’enquête publique et l’étude d’impact vont aider à prendre les bonnes décisions. Et cela donne du temps pour discuter avec Ginkgo ».

En effet, le permis est encore en cours d’instruction et doit évoluer selon l’élue qui a pris ses fonctions en juillet : « J’ai amorcé un dialogue avec Ginkgo. Leur projet a du sens mais une trop grande densité en logements et trop de mono-fonctionnalités. Nous travaillons ensemble pour le rééquilibrer et inclure également une partie d’équipements publics. Cela doit s’articuler avec la vie du quartier. Qu’il ne subisse pas le projet mais que ça lui apporte quelque chose », soutient l’élue.

Tout en respectant l’équilibre économique du privé

« Ils sont très ouverts, le dialogue et les échanges sont très positifs », assure l’adjointe à l’urbanisme. « C’est bien de travailler comme ça avec investisseurs privés ». L’équilibre urbanistique cherché par la municipalité devra correspondre à un équilibre économique recherché par Ginkgo, chez qui on assure n’avoir de position « ni définitive, ni dogmatique ».

Le crassier, monticule de déchets chimiques industriels en bord de mer, est un exemple de cet équilibre difficile à trouver. Il est voué à devenir un belvédère public, mais selon l’investisseur privé, il représente la majeure partie du coût total de dépollution du site.

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Le “crassier” dont l’érosion est bien visible ne décourage pas les plagistes de venir bronzer et se baigner à ses pieds

Chercher des fonds dans le plan de relance national

Le plan de relance gouvernemental déployé face à la crise sanitaire pourrait apporter une solution satisfaisante pour les deux parties dans ce dossier. Il comprend un fonds pour « le recyclage des friches » de 300 millions d’euros, destiné aux collectivités comme au privé. Ginko et la Ville de Marseille devraient le solliciter sur le sujet Legré Mante. Cette friche pourrait notamment intégrer un « package » aux côtés d’autres site industriels de la commune.

Les candidatures doivent être déposées début 2021 pour désigner les premiers lauréats en mars. Un calendrier qui correspondrait à celui du projet Legré Mante.

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