A l’occasion de la “France des solutions”, petit retour sur ce projet national baptisé « Masques Résilience », né juste après le confinement. Une réponse sociale, locale et solidaire face à l’urgence sanitaire, à laquelle participe le centre de détention des Baumettes, à Marseille. Elle ouvre aussi une nouvelle voie vers la relocalisation de l’industrie textile en France.

Les machines à coudre tournent à plein régime. Au sein de la prison des Baumettes, depuis la sortie du confinement et pour répondre à l’urgence sanitaire, un atelier de production de masques a ouvert ses portes. Chaque jour, des détenu(e)s, principalement féminines, viennent y travailler. La plupart d’entre elles ont appris le métier sur place.

Cette mobilisation du centre de détention de Marseille, comme d’autres en France, s’inscrit dans le cadre d’un projet d’ampleur nationale, baptisé « Masques Résilience ». Cette opération a été lancée par Thibaut Guilluy, haut-commissaire à l’inclusion et à l’engagement des entreprises, auprès du ministre du Travail [Muriel Pénicaud, à l’époque, ndlr].

Cette initiative a été développée avec de grands industriels du textile, notamment Christophe Lépine, un acteur majeur du Made in France et co-fondateur de l’agence AgenC. Puis avec le soutien d’une grande famille d’entrepreneurs.

Le rôle des entreprises sociales inclusives

Le cœur du projet, et ce qui fait son originalité, c’est l’implication de structures de l’insertion, du handicap, de PME, de centres de formation et de détention. « C’est l’ADN du Haut-Commissariat, c’est-à-dire faire converger pouvoirs publics, acteurs privés de l’économie classique et acteurs de l’inclusion. Ces structures spécialisées dans l’inclusion dans l’emploi, on les appelle d’ailleurs les entreprises sociales inclusives », explique Joséphine Labroue, conseillère du Haut-Commissariat à l’inclusion dans l’emploi et à l’engagement des entreprises.

Nombreuses sont celles qui ont connu un arrêt d’activité durant la période de confinement, « et pour autant les besoins sociaux persistent, poursuit Joséphine Labroue. Le temps de confinement et d’éloignement à l’emploi n’a pas été forcément facile à gérer pour les personnes en parcours dans l’insertion. L’idée était aussi d’activer ces structures pour remobiliser les publics qu’elles accompagnent, les faire travailler et bien sûr démontrer que ces entreprises sont une solution immédiate et concrète, en l’occurrence pour la production de masques ».

Fourniture de matériel, découpe, livraison de la matière première aux ateliers en charge de la confection. Logistique pour assurer la livraison des commandes centralisées auprès de l’équipe « Résilience »… C’est toute une filière qui a ainsi été mobilisée en un temps record. Une semaine seulement pour mettre en place la production locale, d’abord dans les Hauts-de-France, avant de s’étendre en région, avec l’objectif ambitieux de fabriquer en trois semaines 2 millions de masques homologués (20 lavages) par l’État.

Objectifs atteints, puisque ce sont plus de 2,5 millions de masques qui ont quitté les ateliers dans les premiers temps, grâce à la coalition de ces structures sociales inclusives qui emploient et accompagnent des publics vulnérables.

Un objectif de fabrication de 75 millions de masques

Comme aux Baumettes, plusieurs autres ateliers en détention ont vu le jour dans l’hexagone, dans le cadre d’une étroite collaboration entre le Haut-Commissariat à l’inclusion et l’Agence nationale du travail en détention et du travail d’intérêt général.

La démonstration « qu’il est possible de rassembler toutes les énergies pour pouvoir trouver des solutions d’emploi pour tous, y compris les publics qui sont en difficulté, notamment pour l’accès à l’emploi ; même si, c’est vrai, cette problématique est très spécifique en détention. Dans les lieux pénitentiaires, la demande “d’emplois” est plus forte que le nombre qui peut être proposé, mais cela permet une activité rémunérée auprès des centres de détention. D’autre part, l’intérêt c’est aussi la mobilisation des détenus sur une activité qui se rapproche de l’intérêt général, au service de la collectivité et pour une société plus inclusive. Donc, c’est très positif ».

Les masques sont vendus au prix de 1,40 euro (HT)/masque, pour les structures associatives ; non-lucratives, les établissements de santé… et 2,40 euros pour les entreprises classiques et les collectivités. Des dons sont également faits à des associations grâce à certaines entreprises qui ont permis d’équiper des bénévoles de la Croix-Rouge, ou du Samu social, par exemple. L’AP-HP a également passé commande pour ses soignants (pour l’utilisation à l’extérieur du milieu hospitalier), Adeco Europe pour l’ensemble de ses équipes. L’objectif est d’atteindre d’ici à septembre une production de 75 millions de masques.

L’enjeu : relancer une filière textile Made in France

Au-delà de l’urgence sanitaire, derrière cette production se trouve surtout un accord avec des grands groupes de fabrication textile et distribution de prêt-à-porter pour relocaliser l’industrie textile en France et permettre que les structures d’emploi de publics fragiles soient au cœur de cette démarche.

Que des centres de formation en textile renaissent. « Les délocalisations ont laissé beaucoup de gens sur le carreau, alors que nous avons ici beaucoup de compétences, poursuit Joséphine Labroue. L’objectif, à moyen terme, est de relancer une filière textile, évidemment moins ciblée sur les masques. Grâce à la réactivation de certains sites industriels, la réorientation vers l’activité textile de grands acteurs de l’inclusion, la mobilisation de certaines entreprises… l’idée est de pouvoir reconstruire une relocalisation d’une filière textile Made in France ». 

Dans les tuyaux, la signature d’un pacte « Résilience Textile 4.0 » entre une cinquantaine d’industriels textiles et les principaux donneurs d’ordre français, qui devaient ainsi s’engager à faire fabriquer 3 produits de leur gamme jusque 2024 par les entreprises partenaire de Résilience. Un processus similaire est également en cours sur des filières telles que la plasturgie, l’automobile ou encore les centres d’appels (pour les services).

Au travers de cette opération nationale, il s’agit d’aller vers une économie plus inclusive, plus solidaire et plus résiliente. « Résilience, c’est bien sûr une référence à cette capacité qu’on a tous développée pour faire face à la crise, au niveau individuel comme collectif, donc le projet porte vraiment cette note d’espoir, cette note positive. Reconstruire une économie résiliente, c’est aussi reconstruire une économie dans laquelle la relocalisation ou la reconstruction de certaines filières en France peut être un point majeur, et c’est aussi aux entreprises d’avoir un rôle dans la cohésion sociale du pays. On souhaite que l’inclusion devienne, demain, un réflexe pour chaque entreprise, comme a pu l’être la santé, la sécurité au travail, il y a 20 ans. Aujourd’hui, c’est devenu une évidence ».

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