Avec 7,88% à l’échelle de la ville, Yvon Berland, candidat de la République en marche a décidé de se maintenir dans le 6-8 où il a réalisé 12,25%. S’il ne peut plus être maire de Marseille*, l’ancien président d’Aix-Marseille université veut faire exister le parti présidentiel au sein de l’hémicycle municipal marseillais, même avec un ou deux conseillers. Entretien.

La République en marche est représentée pour la première fois dans une élection municipale. Quelle analyse faites-vous du premier tour ?

On aurait aimé qu’il soit meilleur, évidemment. J’ai beaucoup réfléchi pour faire un bilan de ce premier tour et je pense qu’il y a deux éléments majeurs à retenir. Le premier point, c’est la nomination trop tardive, début décembre, alors que je savais depuis octobre que la décision était plus ou moins prise. Je pense que l’on aurait été plus efficace si la nomination avait été plus tôt. Cela nous aurait donné la possibilité de nous installer dans cette campagne tranquillement, avec plus de sérénité, pour éviter de devoir tout faire dans l’urgence, ce qui a été le cas.

La deuxième raison, c’est le contexte politique national qui n’était pas favorable. En pleine période de la réforme des retraites, du 49-3…  et le virus du Covid. Tout cela n’était pas de nature à nous aider.

Quelles leçons tirez-vous du scrutin ? Des erreurs et des succès…

On a probablement commis des erreurs, mais quand j’analyse les différentes erreurs que l’on aurait pu commettre ; souvent je trouve comme explication la précipitation. Le fait d’avoir dû faire une campagne trop rapide face à des concurrents qui sont sur la place depuis des années, y compris ceux du Printemps Marseillais, qui ne sont pas nouveaux. Ils pensent être le renouveau, mais pas du tout.

Pourquoi selon vous votre campagne n’a pas imprimé à Marseille ?

On a voulu représenter une autre candidature : celle de la société civile, puisqu’à peu près 90% de nos colistiers venaient de la société civile. Il fallait s’installer, se faire connaître, aller rencontrer les Marseillais… Le temps nous a manqué aussi pour combler un déficit de notoriété. Je le vois aujourd’hui. Le regard que peuvent porter des Marseillais n’est pas le même qu’au mois de janvier ou février. Il n’y a pas de secret dans la vie. Une chose doit se faire en temps et en heure et penser qu’on peut faire une élection municipale comme ça en deux mois, deux mois et demi, ça n’existe pas.

Je suis sûr que si le premier tour avait lieu là maintenant, notre score ne serait pas le même que celui qu’on a eu au mois de mars. D’abord parce que le contexte politique est un peu différent, même si ce n’est pas un ciel sans nuages, et d’autre part, on me connaît plus.

Le casting de vos têtes de liste aurait-il pu être différent si vous aviez eu plus de temps ?

Je pense que chacun était bien à sa place et il y avait un bon esprit d’équipe, de cohésion. Mais, il est vrai que dans les 9-10 ou 13-14, on a nommé les gens de trop tardivement, ils ont aussi eu du mal à s’installer et eux aussi ont souffert du contexte national, car même les députés connus dans leur secteur n’ont pas fait de bons résultats. Encore une fois, je reviens sur les députés.

Vous n’êtes pas issu du milieu politique. Comment avez-vous vécu ces mois de campagne ?

On m’a expliqué et réexpliqué, et j’ai fini par croire que la politique était quelque chose de très particulier et qu’il y en avait « ceux qui savaient » et « ceux qui ne savaient pas ». J’en suis revenu. Il y a parfois des avis que je n’aurais pas dû suivre. J’aurais dû faire confiance à ce que je pensais. Homme politique ou pas, en politique, il y a des bonnes ou les mauvaises orientations, c’est comme dans la vie. Et je crois que le regard nouveau qu’on pouvait apporter aurait pu être plus utile, que si on n’avait suivi des conseils plus politiques.

Pourquoi avez-vous décidé de maintenir votre candidature dans le 6-8e, sachant que vous ne pouvez plus être maire de Marseille ?

Nous n’avons pas décidé au niveau du mouvement de mon maintien, pour casser les pieds à un tel ou un tel. Ça n’a rien à voir. Il y avait des méthodes plus faciles pour si on voulait casser les pieds comme soutenir un candidat ou pas… Encore une fois, nous avons eu une campagne trop courte, et nous n’avons pas pu, dans un contexte particulier, imprimer vraiment nos idées et nous faire connaître.

Dans ce secteur du 6-8, le score que nous avons fait nous permet de continuer. C’était donc important pour le mouvement comme pour mon équipe, de continuer à exister, à parler aux Marseillaises et aux Marseillais pour expliquer qui nous sommes, avec volonté d’imprimer à la fois une méthode et à la fois un programme. Notre programme était considéré comme très crédible. Très bon, mais on n’a pas pu le faire connaître.

Paris a tout de même joué un rôle dans cette décision. Si le mouvement n’avait pas pesé auriez-vous fait un choix différent ?

On en a beaucoup discuté au sein du mouvement, à Paris notamment. Et le discours était : « Si tu arrêtes, La République en marche n’existe pas ».  J’ai le sens des responsabilités. Je pense l’avoir toujours démontré dans ma vie professionnelle. J’ai fait deux grandes réunions avec mes colistiers et je leur ai tout dit. Et je peux vous dire qu’à mon grand étonnement, la majorité s’est exprimée pour poursuivre et ceux qui n’étaient plus favorables, m’ont dit « le choix qui sera fait sera le nôtre », parce qu’on a commencé ensemble, on suivra… Tout le monde s’est exprimé et on ne peut pas dire que j’ai pris la décision tout seul.

Martine Vassal estime que le maintien votre candidature lui fait perdre des voix.

Je ne suis contre personne. Je suis pour des idées que je défends. Il y avait des méthodes plus faciles si on voulait casser les pieds comme soutenir un candidat ou pas, que de se maintenir. L’objectif n’est pas de lui faire perdre des voix. Je peux aussi bien lui en faire gagner.

Vous entretenez de bonnes relations avec Les Républicains, pourquoi ne pas voir conduit une des listes de Martine Vassal ?

C’est vrai, qu’à l’occasion d’un dîner avec Martine Vassal en 2018, elle m’avait dit que mon profil l’intéressait. Je me suis toujours, bien entendu, avec Martine Vassal d’ailleurs. Très honnêtement, je connais beaucoup plus Martine que les gens du Printemps marseillais, avec lesquels je n’ai pas de rapport.

Par la suite, je n’ai plus senti de sollicitations. J’ai préféré m’orienter vers quelque chose de très précis, plutôt que « je sais très bien ce que j’aurais été ». Là, je suis dans un mouvement qui correspond à mes idées, celles que j’ai portées à l’université. Je trouvais qu’il y avait un projet intéressant et utile.

Mais avant la mairie de Marseille, vous visiez le Parlement européen…

Il est vrai que certains m’ont conseillé, je le dirais comme ça, de me présenter aux élections européennes. Le sujet d’être sur la liste LR a été évoqué par quelqu’un dans ce cadre de cette élection, mais très, très rapidement… J’ai postulé pour être candidat sur la liste de La République en marche, mais la position qui aurait été la mienne sur la liste ne me convenait pas. À ce moment, j’avais un autre chemin tout tracé que celui de la politique. Et c’est la vérité ! Je n’ai pas demandé !

Ce sont les représentants locaux de LREM qui ont demandé à me voir, notamment Bertrand Mas-Fraissinet [référent départemental LREM, ndlr] car ils cherchaient des personnalités issues de la société civile, et pensaient que je ferais un bon candidat. J’ai beaucoup réfléchi. Je crois avoir fait beaucoup de choses à l’université, principalement la fusion, et j’aime cette ville. Le 19 juillet, je me suis dit « j’y vais ». J’ai envoyé au président de la République, au mois d’août, dix pages d’un travail qu’on avait réalisé avec toute mon équipe, avant de déposer mon dossier officiellement. J’ai déclaré ma candidature mois de septembre.

Votre position sur l’enquête sur les soupçons de procurations ?

Il y a une enquête. Nous verrons si les faits sont avérés, je ne sais pas l’impact, y compris juridiquement que cela pourra avoir sur le premier tour.

Quel est votre objectif pour ce second tour ?

On peut imaginer que personne n’aura de majorité. Je trouve que le Printemps Marseillais est assez sûr de lui. Mon but, c’est de faire entrer un ou deux élus dans l’hémicycle municipal. Ce sera la première fois qu’il y aura La République en marche à Marseille, et c’était le sens de la réflexion du mouvement. Si on a la possibilité, on va essayer de faire entrer les élus, d’être au conseil municipal, d’être à la métropole. Et puis, petit à petit, de créer une dynamique parce qu’on existera. On ne fait pas de la politique en fonction des résultats.

Si vous êtes élu, comment voyez-vous le troisième tour ?

Clairement, je peux discuter avec tout le monde sauf avec les extrêmes, que ce soit de gauche ou de droite. Ce n’est pas possible.

Si vous entrez au conseil municipal, envisagez-vous de présenter votre candidature à la présidence de la Métropole ?

D’abord, il faut rentrer. Sans trop paraître orgueilleux, je pense que mon profil est tout à fait adapté à la Métropole, parce que j’ai fait déjà la métropole des savoirs avec l’université, avec un panel de gens très différents. J’ai essayé dans mes fonctions d’être consensuel, de faire pour le mieux pour l’intérêt commun. Quand je regarde très modestement le panel de possibilités, je ne suis pas sûr que ma candidature soit la moins adaptée pour la métropole.

*Samia Ghali, candidate dans les 15-16e, n’a souhaité accorder aucune interview durant cet entre-deux-tours.

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