Alors que le Gouvernement a annoncé la montée en puissance du nombre de test de dépistage du Covid-19, les laboratoires départementaux pourraient avoir un rôle à jouer. Le laboratoire des Bouches-du-Rhône va, dès la semaine prochaine, analyser les échantillons des personnels soignants, en priorité. Une première en France. Parallèlement, à l’IHU, 3000 tests sont réalisés par jour.

« Testez, testez, testez ! ». C’est le message martelé depuis plusieurs semaines par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Hier, Edouard Philippe a garanti une « montée en puissance rapide » du nombre de tests, après un retard conséquent au départ de l’épidémie. Alors que le confinement devrait se prolonger encore plusieurs semaines, le premier ministre a indiqué que « plus de 20 000 tests par jour » sont réalisés à l’heure actuelle, et la France devrait passer à 30 000 quotidiens dans les prochains jours. Et le ministre de la Santé, Olivier Véran, annonce pour fin avril 50 000 tests par jour en France.

A cette fin, le gouvernement a commandé cinq millions de kits de dépistage rapide pour détecter la maladie Covid-19.

Dans cette course au dépistage, les laboratoires départementaux peuvent devenir une force supplémentaire. L’ensemble des laboratoires départementaux de l’hexagone se sont mis en ordre de marche à la mi-mars, quelques jours après l’allocution du président de la République, appelant à la mobilisation générale. « Ils sont en capacité de réaliser, sous 15 jours, entre 150 000 et 300 000 tests PCR par semaine », écrit Le Point.

Une solution pour augmenter les capacités de tests en France, mais ça coince ! Car au-delà de « mises aux normes » avancées par le ministère des Solidarités et de la Santé, une loi du 30 mai 2013 spécifie que les laboratoires de biologie médicale vétérinaire n’ont plus le droit de traiter le moindre prélèvement issu d’un corps humain, et inversement. Alors que la Belgique, Allemagne et Italie ont déjà mis à contribution leurs laboratoires vétérinaires. Pour tenter de convaincre les pouvoirs publics, les présidents des quatre départements de Maine-et-Loire, Loire-Atlantique, Sarthe et Indre-et-Loire ont adressé un courrier au ministre de la Santé afin de proposer la participation de leurs laboratoires vétérinaires et de biologie (lire encadré).

Le “LDA13” à la pointe

Dans les Bouches-du-Rhône, c’est, en revanche, possible. Le « LDA13 », laboratoire d’analyses départemental de santé publique, assure des missions de prévention, dépistage et contrôle au service de la santé et de l’environnement.

Doté d’un matériel de pointe et d’une équipe de 80 personnes, (ingénieurs, vétérinaires, pharmaciens biologistes, analyses, médecins anatomo-cytopathologistes, préleveurs…), le laboratoire, situé à Château-Gombert (13e) intervient sur les champs de la sécurité alimentaire, le contrôle sanitaire des eaux, agronomique et environnementale, en biologie vétérinaire et médicale. Il avait déjà été mobilisé, en 2005, lors de l’épidémie de grippe aviaire. Il est d’ailleurs, le seul laboratoire du département, agréé par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, et accrédité par le Cofrac. Il réalise plus de 160 000 analyses par an pour le diagnostic et la prévention des maladies animales. Ce sont près de 40 000 analyses que le laboratoire effectue chaque année dans le domaine de la santé humaine (dépistage sérologique du HIV, des hépatites C et B, le dépistage de certains cancers).

Disposant donc dans ses rangs d’un médecin biologiste, le centre départemental va dès la semaine prochaine pouvoir procéder à l’analyse d’échantillons, prélevés principalement sur le personnel soignant présentant des signes cliniques évoquant le Covid-19. Un renfort à l’IHU de la Timone, où les analyses sont pratiquées jusqu’à présent. 

« En moins d’une semaine, le laboratoire a réussi à mobiliser ses quatre plateaux techniques de biologie moléculaire habituellement dévolus à d’autres analyses, à préparer ses deux salles de confinement et à constituer ses équipes de biologistes et de techniciens afin d’assurer une rotation de tests, explique le Département des Bouches-du-Rhône. Pour en arriver là, il a fallu mobiliser toutes les équipes, les compétences et trouver le matériel nécessaire. Si les machines de tests étaient déjà en possession du LDA13, le Département a dû trouver rapidement des réactifs PCR, éléments révélateurs du Covid 19. Une commande de 200 000 euros a été faite et d’autres sont en cours. Ces réactifs sont arrivés en fin de semaine et seront donc disponibles dès lundi. »

Pour Isabelle Martel, directrice du LDA 13, les « équipes font preuve d’un engagement et d’une responsabilité exemplaires, car nous sommes en première ligne des acteurs publics, en tant que garants de la sécurité sanitaire alimentaire dans cette période de crise majeure. Nous sommes, comme nos collègues des autres laboratoires départementaux, en ordre de marche et mobilisés pour maintenir les activités urgentes et indispensables. »

, Les Bouches-du-Rhône à la pointe de la stratégie de dépistage du Covid-19, Made in Marseille

Ouverture d’un deuxième centre de prélèvements

Dans la méthode, les prélèvements sont effectués dans un centre médico-social, mis en place par le Département. Le site de prélèvement a ouvert ses portes lundi, et accueille les soignants sur rendez-vous, via une plateforme spécifique qui a été mise en place à cet effet et qui leur a été communiquée au préalable. Les personnels des EhPad, des Maisons d’enfants à caractère social (Mecs) et des foyers de soins à domicile pourront également s’y rendre. Depuis une semaine déjà, 13 agents volontaires interviennent comme coursiers pour la mise en place d’un pont de transport des échantillons, entre l’Hôpital Nord et les laboratoires de l’Institut Hospitalier Universitaire de la Timone.

Un autre centre de prélèvement, également en mode « drive » (sans sortir de sa voiture), devrait être mis en place la semaine prochaine, pour augmenter la capacité des tests. « Le Département a ouvert ces structures de tests en lien avec l’ordre départemental des médecins et l’IHU, pour répondre à une demande des soignants agissant dans le cadre des compétences du Département. Pour protéger les personnes du Bel Âge et les mineurs confiés dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance, le Département a décidé d’étendre cette possibilité de tests aux personnels des structures d’hébergement et de soins à domicile », indique le Département.

Les prélèvements arriveront ainsi de ces deux centres de dépistage et seront acheminés deux fois par jour par des agents de la RDT 13 habilités à ce type transport.eront acheminés deux fois par jour par des agents de la RDT 13 habilités à ce type transport.

Un centre de dépistages à la villa Bagatelle

Depuis le 7 mars, les tests peuvent être réalisés par tous les laboratoires de biologie médicale sous prescription d’un médecin généraliste. La mairie des 6&8 à Marseille a décidé de mettre en place un protocole de dépistage Covid-19, en partenariat avec le laboratoire Alphabio, à destination de tous. La cellule de prélèvements sera installée la semaine prochaine à la villa Bagatelle. Ainsi, elle ouvrira ses portes, les mardi et mercredi, au personnel de ce laboratoire qui viendra pratiquer ces dépistages, dans un strict respect des mesures sanitaires sur rendez-vous uniquement. Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, a donné son accord à tous les maires de secteur qui souhaiteraient procéder eux aussi, à des opérations de dépistage dans les locaux de leur mairie en partenariat avec un laboratoire.

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La stratégie phocéenne vs la stratégie nationale

En France, pour être dépisté, il faut être atteint de symptômes graves ou avoir été en « contact étroit » avec un cas confirmé. Ou encore avoir voyagé dans une « zone d’exposition à risque » (en France ou à l’étranger), dans les 14 jours précédents.

A contre-courant de la stratégie nationale, à l’IHU de Marseille du controversé Professeur Raoult, le mot d’ordre a toujours été et demeure le « dé-pis-tage ! ». Les gens viennent d’ailleurs des quatre coins du pays pour se faire dépister. Selon les chiffres de l’IHU, 800 personnes s’y présentent chaque jour avec les symptômes ou non, et enregistre 300 consultations quotidiennes. Environ 3 000 tests sont réalisés chaque jour, soit plus de 25 000 au 30 mars, contre moins de 10 000 en Corée du Sud à la même époque. 29 000 patients ont été dépistés dont 20 987 Marseillais, à ce jour. « En dépistant 2,4 % des Marseillais, on fait mieux que la Corée qui a dépisté 0,5 % de la population », indiquait Didier Raoult, dans sa dernière vidéo. A l’heure actuelle, 1 677 patients suivent le traitement associant hydrocloroquine et azythromycine.

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