D’ici à deux ans, un pôle hygiène et santé verra le jour, avenue Maréchal-Foch dans le 4e arrondissement de Marseille, pour répondre aux besoins des sans-abri. La création de ce lieu pluridisciplinaire, accompagnée financièrement par les services de l’État, ne fait pas l’unanimité.

C’était il y a quelques semaines. À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau et de la signature du « Manifest’eau », manifeste national porté par un collectif d’associations, la Ville de Marseille a réitéré sa volonté de créer un pôle hygiène et santé afin de garantir un accès à l’eau et à l’hygiène pour tous.

Ce pôle doit voir le jour au 71, avenue du Maréchal-Foch, dans le 4e arrondissement de Marseille d’ici à deux ans. Il marque l’engagement du Printemps marseillais de proposer « un lieu digne et pluridisciplinaire » à destination « de nos concitoyens les plus précaires, souligne Audrey Garino, adjointe en charge des affaires sociales, de la solidarité, de la lutte contre la pauvreté et de lʼégalité des droits.

« C’est une avancée notable dans une ville dépourvue de dispositif de bains-douches publics, reprend l’élue, mais ce projet ne se limitera pas à cette dimension qui, aussi indispensable soit-elle, n’est pas suffisante pour répondre aux besoins des personnes sans-abri. Nous portons l’ambition de faire de ce pôle un espace incluant un accompagnement social et médical des publics ».

Ainsi, l’intervention du Samu social, qui sera au centre de ce dispositif, sera ainsi accompagnée et soutenue par des personnels médicaux et sociaux « dont l’expertise permettra une prise en charge pluridisciplinaire adaptée aux besoins », poursuit l’élue.

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Un projet à plus d’un million d’euros

Pour répondre aux besoins des futurs utilisateurs, le local sélectionné, constitué de deux corps de bâtiments mitoyens, sera séparé en huit zones distinctes : accueil, administration, sanitaires, lavage, lingerie, espace de convivialité, un autre technique ainsi qu’un espace extérieur.

La transformation du bâtiment nécessite de lourds travaux de remise en état. « Le corps principal en R+1 d’une surface totale de 190 m2, nécessite une réhabilitation complète ainsi qu’une réfection totale de la toiture. Le deuxième, en simple rez-de-chaussée de construction légère et médiocre, d’une surface de 50 m2, n’autorise pas une simple réhabilitation. Il devra être démoli pour permettre la construction d’un corps de bâtiment du double de la surface actuelle », stipule la délibération proposée vendredi 2 avril, en conseil municipal.

Elle concernait justement l’autorisation de programme permettant d’engager les études et les travaux du futur pôle, évalués à plus d’un million d’euros. Pour le financement de cette opération, la Ville a sollicité des subventions « aux taux les plus élevés » auprès de différents partenaires et notamment auprès de l’État, qui participe à hauteur de 688 000 euros.

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10 500 douches réalisées au gymnase Ruffi depuis le mois d’août

Dans l’attente de son ouverture, la municipalité met les douches et les toilettes du gymnase Ruffi (94 rue de Ruffi, 3e arr.) à la disposition des plus démunis cinq jours par semaine (de 7h30 à 15 heures). Les chiffres de fréquentation confirment « dramatiquement » le besoin de ce type d’équipement dans la cité phocéenne. « Depuis l’ouverture de ce site transitoire le 18 août 2020, plus de 10 500 douches ont été réalisées, annonce Audrey Garino. À l’heure de la crise sanitaire, la réalisation d’un tel site est aussi un impératif de santé publique à destination de nos concitoyens les plus vulnérables ».

Durant le lancement des études et d’aménagement du site, l’adjointe assure qu’une large concertation sera engagée avec les structures de solidarité et la mairie de secteur avec la mise en place d’un comité de suivi pour accompagner la phase préalable à l’ouverture de ce lieu.

L’opposition pointe le manque de concertation

Mais c’est pourtant un manque de concertation que pointe l’opposition. Bruno Gilles (Ensemble pour Marseille) qui avait émis un avis favorable lors de la première présentation de ce projet, le 5 octobre dernier, accompagnant son vote de certaines conditions (consultation de population, commerçants, Comité d’intérêt de quartier…) s’y est opposé cette fois-ci. « On a découvert un projet caché, sans aucune concertation, mais imposé : la réalisation d’un deuxième centre, rue Crillon (5e), pour y transférer le centre de la rue de Ruffi. Il aurait d’ailleurs fallu dès le départ nous dire la vérité, avance-t-il, lors du conseil municipal. Ce qui fait craindre que ce soient finalement deux centres en état de fonctionnement qui arrivent dans les 4e-5e ».

Même réserve pour Catherine Pila, présidente du groupe Une Volonté pour Marseille, qui avait précédemment voté collectivement pour ce projet. « À entendre les citoyens et les CIQ, personne n’a eu vent du projet d’implantation. Plus de 1000 habitants ont interpellé le maire de secteur Didier Jau par le biais d’une pétition [en réalité contre un centre pour migrants, ndlr] (…) Ayez leur adhésion [des habitants] et nous vous donnerons la nôtre », défend-t-elle, annonçant voter contre la délibération.

Le Rassemblement national, lui, s’est abstenu, attendant les réponses aux questions posées par Gisèle Lelouis sur l’amplitude horaire de l’ouverture de ce centre, le dispositif de sécurité prévu, ou encore « vu la taille du site envisagez-vous d’en faire un centre d’hébergement voire un centre d’hébergement pour migrants ? » interroge-t-elle.

« Vous ne nous ferez pas reculer sur ces questions-là »

« Évidemment que nous menons la concertation, rétorque Audrey Garino, sans vouloir rentrer dans un débat politicien. Mais la concertation c’est du temps long, ce projet sortira d’ici deux ans ».

Concernant la rue Crillon, elle dit avoir rencontré les CIQ, s’être « entretenue avec les riverains et nous avons pris l’engagement avec le maire de secteur de faire des points d’étapes réguliers sur la mise en place de ce site », réitère-t-elle. Et je vous rassure et vous le savez très bien Monsieur Gilles, il n’y aura pas deux sites dans le 4-5. Il y a un site transitoire, car nous souhaitons rendre le gymnase Ruffi à sa destination d’origine » assure l’adjointe, « atterrée par le niveau des débats en pleine crise sanitaire ».

Des propos appuyés par ceux du maire de Marseille, qui réaffirme à son tour « qu’il n’a jamais été question de faire autre chose que ce qui a été voté. Nous parlons de bains-douches. La question des migrants doit être traitée différemment », dit-il, regrettant le fait que dans une logique électoraliste, la réalité soit « distordue ».

« On s’enorgueillit de faire à cet endroit-là ce centre. Oui, on continuera dans cette voie et non, vous ne nous ferez pas peur sur l’histoire des migrants, et vous ne nous ferez pas reculer sur ces questions-là, parce que la ville que nous voulons construire, c’est elle que les Marseillais nous ont demandé de construire », conclut Benoît Payan, avant de faire adopter le rapport.

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