Depuis 2014, quatre jeunes maraîchers tentent de prouver que l’agriculture urbaine est viable et indispensable pour la ville de demain. Pari réussi dans les quartiers nord pour Terre de Mars, devenue une entreprise autofinancée. À découvrir dans ce quatrième épisode de notre série consacrée aux quartiers nord.

Une bastide provençale du 18e siècle et ses 50 hectares de terres au pied du massif de l’Étoile. Des collines et des parcelles cultivées, avec le mistral comme seule source de bruit, ponctué par le hennissement d’un âne et un aboiement lointain. Pourtant, au-dessus d’un champ d’olivier, on aperçoit la Bonne Mère, et les barres d’immeubles se profilent à l’horizon. Nous sommes bien à Marseille, dans les quartiers nord, en haut du quartier de Sainte-Marthe, au mas des Gorguettes.

Un lieu inspirant qui a donné des idées à de jeunes diplômés de l’École nationale supérieure de paysage en 2014 : et si la ville se nourrissait elle-même ? Peut-on faire une agriculture urbaine respectueuse de la biodiversité et de la qualité des sols ? Les citadins peuvent-ils produire leur propre nourriture, saine et locale ?

Armés seulement de pioches et de bonne volonté, Maxime, Pablo, Arthur et Augustin ont tenté de répondre à ces questions. Une expérimentation qu’ils ont appelée Terre de Mars. Quatre ans plus tard, cette association aux airs d’utopie est devenue une SARL qui salarie les quatre amis co-gestionnaires.

, Terre de Mars : la ville du futur sera agricole, Made in Marseille
Le mas des Gorguettes dans le quartier de Sainte-Marthe

Vivre de l’agriculture dans les quartiers nord de Marseille « c’est possible ! »

« Nous sommes loin d’être riches, on se paie un smic. Mais on vit de notre projet, de la terre, et on est bien nourris ! », lance Pablo, à qui revient pour la venue de made in marseille, le rôle de “relations presse”. La journée à la campagne, le soir en centre-ville de Marseille, il n’échangerait pour rien au monde son mode de vie. « Je n’aurais pas pu faire ça au fin fond de la campagne, la ville m’apporte trop de choses. Là, j’ai les deux ».

Les quatre amis sont co-gestionnaires égalitaires de ce qui est aujourd’hui une véritable entreprise, et non-plus un projet associatif. Elle est gérée démocratiquement, « et quand il n’y a pas de chef, ça ne plaît pas aux banquiers », rappelle Pablo. Terre de Mars s’est quasiment développée sans financement.

La famille d’Augustin est propriétaire de la bastide depuis les années 1940, ce qui a facilité le lancement, mais Pablo est fier que l’entreprise, aujourd’hui viable, soit autofinancée : « On n’a reçu aucune subvention des collectivités, juste 5 000 euros du Fonds épicurien de Provence au lancement. On est parti de presque rien économiquement, on a dû investir au maximum 10 000 euros sur trois ans. L’agriculture, c’est par “le faire”, par l’action. On est loin de la logique de la finance. On travaille, ça nourrit nos voisins, et on en vit ».

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Alors que beaucoup de projets d’agriculture urbaine ont des modèles économiques mixtes, avec beaucoup d’actions pédagogiques, sociales, et de sensibilisation, Terre de Mars essaie de réduire au maximum son activité à l’agriculture. « On fait de moins en moins d’ateliers, d’accueil de scolaires, etc. Si on avait un message de sensibilisation à faire passer, ce serait : faire de l’agriculture en ville, autofinancée, c’est possible ! ».

C’est donc de leurs cultures que vivent principalement les quatre maraîchers, en vendant leur production, et en développant l’activité de traiteur. « De la graine à l’assiette ! », lance Pablo. Fruits et légumes, huile d’olive, élevage de cochons, l’activité se diversifie d’année en année. Un parcours de poules de 2 500 m2 dans le champ d’oliviers permettra prochainement de vendre aussi des œufs bio élevés plein air. Terre de Mars lance une campagne de prêt participatif en ligne pour construire une chambre froide afin de les conditionner.

La ville du futur dans un panier de légumes

Accroupi entre des rangées de fenouil, sécateur à la main, Pablo fait la récolte. Cet ancien urbaniste a intégré le projet à ses débuts. « Aujourd’hui, je suis maraîcher, mais j’ai l’impression de faire le même métier ». Car l’agriculture urbaine et péri-urbaine est au centre de problématiques de la ville du futur. Étalement urbain, remise en activité de terres abandonnées, alimentation du futur « la bordure des villes concentre beaucoup d’enjeux. Il y a tellement de monde à nourrir et si peu d’offre. La nourriture est de mauvaise qualité et vient de loin ». 

Aujourd’hui, Terre de Mars nourrit une cinquantaine de familles marseillaises par semaine en fruits et légumes bio (ils entrent dans la dernière année de conversion avant labellisation finale) en vendant à l’étal sur le domaine, et sous forme de panier le jeudi à l’Écomotive (café écolo et innovant à la gare Saint-Charles). « On a réussi à faire une offre de qualité, variée et abordable. Avec plus de quarante variétés de fruits et légumes, des œufs, de l’huile d’olive », explique Pablo, qui ne veut pas être cloisonné à une agriculture urbaine expérimentale ou élitiste : « le but, c’est de nourrir tous les citadins, pas seulement des gens engagés ou aisés ».

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En plus de sa vocation nourricière vertueuse, l’agriculture urbaine permet de contenir et redéfinir l’urbanisation des grandes métropoles. En cultivant presque 2 hectares de ce domaine patrimonial, Terre de Mars préserve des surfaces agricoles, le terroir, et remet en valeur le patrimoine. Les restanques (murs de pierres sèches pour soutenir des terrasses de culture en Provence) sont préservées et la bastide mise en valeur. Une activité qui a des répercussions sur tout le secteur assure Pablo : « La Métropole est en train de reculer sur la ZAC de Sainte-Marthe, pour préserver d’autres terres agricoles ».

L’agriculture du futur est déjà dans la nature

Alors que l’agriculture prend de nouvelles formes et investit les villes, elle réinvente aussi ses méthodes. Et quoi de mieux qu’aller chercher dans la nature les bonnes recettes : « Dans une forêt, on ne vient pas arroser ou entretenir pour que ça pousse », rappelle Pablo, « notre but, c’est d’avoir à intervenir le moins possible pour cultiver ! »

Terre de Mars a trouvé un nouveau partenaire, l’atelier Saltus, spécialisé dans l’agroforesterie. Un de ses membres, Jordan Szcrupak, est en train de planter des haies en bordure de champs afin de créer un écosystème presque autonome : «  Elles sont un support de biodiversité, récupèrent l’humidité et coupent le mistral qui casse la végétation et assèche les sols. Elles attirent les parasites pour protéger les cultures et captent les maladies ». 

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La ferme sera à terme entièrement re-compartimentée par ce système, qui permettra de produire plus avec moins d’eau, moins de traitement, moins de travail ! Le tout de manière biologique.


Le dossier du mois ?

Une semaine par mois, made in marseille explore une thématique de la ville. Un article par jour pour aborder les différents aspects d’une grande problématique.

Cette semaine, les quartiers nord sont à l’honneur. Noyaux villageois et grandes cités, pôles d’innovation, économiques et industriels, placés entre le plus grand port de France et deux grandes autoroutes, le potentiel de cette zone de Marseille et bien plus riche et complexe que les faits-divers ne le laissent entendre. Culture, agriculture, économie, entreprise, chaque jour, nous mettrons en avant une parole ou une initiative qui fait bouger le nord de la ville.

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