Lors du sommet international Climate Chance, le militant de la protection des océans Paul Watson a débattu avec un petit pêcheur marseillais de la disparition inquiétante des poissons. Dans leur viseur, la surpêche industrielle.
C’était une rencontre inattendue à l’occasion du sommet international Climate Chance à Marseille ce 1er avril, qui, sur le papier, avait tout d’un poisson d’avril.
D’un côté, le militant écologiste à l’aura mondiale, le capitaine Paul Watson, figure de la protection des baleines et des océans. Un personnage, proche du pirate moderne, qui n’hésite pas à user de la force pour empêcher la pêche illégale.
Autant dire qu’il ne voue pas un grand amour à la communauté des pêcheurs. Car, selon lui, « il n’existe pas de pêche commerciale durable aujourd’hui », pose le militant dès le début d’une table ronde sur le sujet, devant une assemblée plutôt acquise à sa cause.
En face, un pêcheur professionnel marseillais, Alain Davaux, à qui il a fallu une certaine dose de courage pour accepter de débattre avec lui. Un courage remarqué, d’autant plus en l’absence de représentants de la profession, laissant deviner que la corporation est quelque peu fracturée sur certains sujets.
Le petit pêcheur, une espèce « en voie de disparition »
Alain Davaux vit tant bien que mal de ce métier « depuis 28 ans, par passion seulement, étant donné les revenus et la difficulté grandissante ». Face au militant écologiste, il se considère également « comme une espèce en voie de disparition. J’ai 50 ans et je fais partie des jeunes ici. 80% de la flotte marseillaise sont des retraités. Il n’y a quasiment plus de renouvellement ».
Et Paul Watson de dresser le même constat pour les poissons, victimes de la pollution, du changement climatique, et de la surpêche. « D’ici 2048, si on continue à ce rythme, il n’y aura plus de pêche puisqu’il n’y aura plus de poissons. C’est aussi simple que ça ».
Face à lui, le pêcheur déplore aussi « une chute catastrophique des populations depuis quelques années ». Et même, « depuis quelques mois, une cassure », qu’il impute en partie à « la surpêche durant les périodes de reproduction ».
Relancer la pêche traditionnelle, « un rempart à la pêche industrielle »
Mais on comprend, à mesure de la discussion, que rien n’oppose finalement l’écologiste et le petit pêcheur à la ligne du Sud de Marseille. Celui-ci précise qu’il est « ultra local et en circuit court, puisque mes ventes restent dans le 8e arrondissement ».
Pour Paul Watson, le fléau vient « de la pêche industrielle, les navires-usines, la pêche à la senne, à la palangre, qui font des ravages. Il faut l’éliminer » purement et simplement selon lui, « pour laisser les océans se renouveler ». Rappelant que s’ils meurent, « l’humanité aussi ».
D’autant que si cette surpêche existe, « c’est en grande partie grâce aux subventions publiques sur les énergies fossiles », le fioul maritime qui fait faire tourner ces immenses navires, précise Thomas Capiten, ambassadeur du Climate pact.
Ce dernier estime ainsi devant Alain Davaux que : « vous, les petits pêcheurs, êtes un rempart à la pêche industrielle ». Et Paul Watson d’abonder, en encourageant le grand public et les Marseillais à limiter leur consommation de poissons à la pêche raisonnée.