Matchs de basket ou jardinage, natation ou concerts… Dans une ville moderne qui se densifie jusqu’à saturation, les toits deviennent un nouvel eldorado au-dessus du tumulte urbain.

Nous sommes dans le Nord de Marseille, quartier des Crottes, sur le périmètre de l’opération d’aménagement Euroméditerranée. Un immense chantier sur des dizaines d’hectares réhabilite cet ancien secteur industriel. Au milieu des grues géantes et des terrains défrichés, le premier quartier à être sorti de terre, Smartseille, ressemble à un îlot dans une mer de travaux.

Il faut monter au sixième étage d’un immeuble de logements sociaux pour découvrir un petit havre perché à l’abri du tumulte urbain. Un grand toit-terrasse végétalisé de près de 500 m2 où gambadent des enfants entre des jardinières, où tricotent des grands-mères, quand d’autres cuisinent ou profitent de la vue.

Ce mercredi, comme chaque mois, un grand banquet réunit une trentaine d’habitantes. Lasagnes italiennes, kebsa orientale ou fromages de terroir… “Il y a toutes les cultures ici”, insiste Djamila, ovationnée pour sa chorba. Christiane est descendue “de Haute-Marne pour la retraite”, confie-t-elle dans un accent tranchant du Grand Est. “On m’appelle ‘maman’, ou ‘mamie’ pour les petits”, sourit la septuagénaire, très impliquée dans la vie du toit-terrasse. Avant de piquer une colère sur un enfant turbulent. “Oui, je suis aussi celle qui gueule ! À propos du ménage, des adhésions, de l’implication.”

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L’école Ruffi dans les quartiers Nord et son toit sportif © Caroline Dutrey (Collectif À nous les toits)

Car ce sont les habitantes qui organisent la vie du toit-terrasse et des deux salles attenantes. Enfin presque. Salariée de l’association Chers Voisins, Safia Laghrour s’assure du bon fonctionnement du site. “Je suis là pour accompagner et m’assurer du respect des quelques règles. Le plus dur est de sortir du rapport consumériste au site, où on vient juste profiter. Il faut participer, animer, entretenir… C’est un lieu de lien social, de convivialité et d’entraide. Les femmes s’en sont naturellement emparées”, note-t-elle, face à l’absence flagrante d’hommes.

Aujourd’hui, le quotidien du toit-terrasse est rythmé par des cours de français, des ateliers tricot, jardinage, esthétique, yoga… et des temps de loisirs ou pédagogiques pour les enfants. “C’est un choix fort du bailleur [Logis Méditerranée], d’avoir mis ces espaces en commun et de financer un poste pour les gérer”, estime Safia. Avec un possible retour sur investissement. “C’est aussi le pari : insuffler une dynamique d’appropriation de la résidence, pour diminuer les dégradations, par exemple.”

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À Belsunce, réappropriation du toit de Coco Velten. © Caroline Dutrey

900 hectares de toitures exploitables à Marseille

Le toit-terrasse de Smartseille fait aujourd’hui office d’exception, autant sur le plan social qu’urbanistique. Mais la reconquête des toits devient une évidence pour ceux qui bâtissent “la ville de demain”. Celle qui doit se construire sur elle-même pour stopper l’étalement urbain.

Densification, élévation, elle doit exploiter chaque mètre carré disponible. Dans ce contexte saturé, “la cinquième façade” apparaît comme un gisement d’espaces. “Et il y a beaucoup d’usages possibles !”, clame Colombe Pigearias, fondatrice du collectif À nous les toits. “Des espaces publics végétalisés, des terrains de sport, des lieux de vie culturels et sociaux… Sans oublier la transition énergétique ou environnementale, avec du photovoltaïque ou la récupération des eaux de pluie.”

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Toit du centre Bourse. © Caroline Dutrey

Elle organise chaque année les Marseille Rooftop Days : le temps d’un week-end, des propriétaires publics et privés ouvrent leurs toits pour expérimenter diverses activités et redécouvrir le potentiel inutilisé qui sommeille au-dessus de nos têtes (voir photos). “L’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise [Agam] estime à 900 hectares de toitures exploitables à Marseille, rappelle Colombe. C’est la surface des trois premiers arrondissements de la ville ! Ça ouvre un champ des possibles immense. D’autant que 12% de ces toits appartiennent aux collectivités publiques.

À commencer par la Mairie de Marseille, premier propriétaire foncier de la commune. “Nous menons un recensement pour identifier les toits utilisables de notre patrimoine”, confie Éric Méry, conseiller municipal délégué à l’Urbanisme. “Nos nouveaux bâtiments intègrent déjà cet enjeu, comme les écoles, avec des cours de récré et des terrains de sport en toiture. C’est pareil pour les promoteurs privés, dont je signe les permis de construire. Je vois de plus en plus de rooftops.”

À Marseille, en 1952, l’architecte Le Corbusier avait placé une école, un gymnase, une piscine et un auditorium sur le toit de la Cité Radieuse (4 et 5), surnommée “la maison du fada” par les Marseillais. 70 ans plus tard, l’idée paraît moins folle.

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Soirée dansante sur le rooftop de la Cité Radieuse © Caroline Dutrey

Retrouvez l’intégralité de ce reportage dans notre magazine

 

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