L’association SOS Méditerranée a présenté la semaine dernière le bilan de sa première mission en mer menée entre le 26 février et le 28 avril dernier. Deux mois durant lesquels 27 personnes ont été mobilisées pour assurer opérations de sauvetage et accueil des rescapés à bord de leur navire. Nous avons rencontré Jean Passot, un marin volontaire qui nous raconte la vie à bord…

Au total, 917 personnes ont été secourues par l’équipage de l’Aquarius, le bateau affrété par l’association SOS Méditerranée. La plupart sont des hommes, mais dans les rescapés, on dénombre également des femmes et de nombreux enfants dont beaucoup de mineurs isolés. La plupart sont d’origine d’Afrique Subsaharienne et ont rejoint la Lybie pour ensuite traverser la Méditerranée jusqu’en Europe où ils espèrent un avenir meilleur.

SOS Méditerranée, Témoignage – Coulisses des opérations de sauvetage de migrants en Méditerranée, Made in Marseille
L’équipe SOS Méditerranée à bord de l’Aquarius © Patrick Bar

Après cette première mission qui a abouti à six opérations de sauvetage, la deuxième mission vient d’être lancée en ce début du mois de mai. Avec, comme nouveau partenaire, l’ONG Médecins Sans Frontières qui prend en charge et soigne les rescapés et finance également une partie des coûts de l’opération. Un financement assuré à 98% par des dons privés sur lesquels l’association compte pour assurer la continuité de ses actions au moins jusqu’à la fin de l’année et « tant qu’il n’y aura plus de personnes à sauver ».


Jean Passot, marin professionnel et sauveteur volontaire à bord de l’Aquarius se confie au micro de Made in Marseille

SOS Méditerranée, Témoignage – Coulisses des opérations de sauvetage de migrants en Méditerranée, Made in Marseille
© Patrick Bar

Made in Marseille – Bonjour Jean. Vous revenez tout juste de la première mission en mer menée par SOS Méditerranée. Pourquoi avoir pris part à cette opération ?

Jean Passot – J’étais dans une période professionnelle entre une fin de contrat et une reprise d’études et je voulais faire quelque chose d’utile. À ce moment-là je cherchais un engagement concret. Quand j’ai entendu parler du projet de l’association SOS Méditerranée, j’ai été interpellé en tant que marin et aussi en tant que personne.

MIM – Comment avez-vous vécu les premiers jours à bord ?

JP – Les dix premiers jours ont été inquiétants car nous avions reçu de nombreux appels de secours mais nous n’avions fait aucune opération de sauvetage. La première a eu lieu le 7 mars. Je me souviens de la première nuit où on avait des réfugiés à bord. Eux dormaient dans le bateau avec chacun une couverture alors que moi j’étais au chaud dans ma cabine. Il y a une forme de culpabilité à ce moment-là et on se demande s’il n’y a pas une forme d’injustice. Puis on se dit que leur sécurité dépend aussi de notre sommeil et on arrive à dépasser tout cela et a profiter de ce que l’on a pour donner le plus possible aux autres.

MIM – Comment se déroule une opération de sauvetage ?

JP – On est averti par le centre de secours de Rome qu’un appel de secours a été passé et on se dirige vers la position signalée. S’il n’y en a pas, on recherche l’embarcation, parfois aidé par des avions des armées européennes. Une fois qu’on a découvert le bateau à sauver, on le signale et on se prépare. Ensuite on explique aux réfugiés qu’on est là pour les aider et les sortir de la situation de danger dans laquelle ils se trouvent. On leur donne des gilets de sauvetage et on les embarque sur l’Aquarius. Une fois à bord, les blessés sont pris en charge pour être soignés et on leur donne à tous des affaires chaudes, de la nourriture, de l’eau…

SOS Méditerranée, Témoignage – Coulisses des opérations de sauvetage de migrants en Méditerranée, Made in Marseille
Opération de sauvetage réussie © Patrick Bar

MIM – Comment réagissent les rescapés lorsque vous arrivez ?

JP – Ils voient très bien que nous ne sommes pas un navire officiel ni militaire puisque la coque de l’Aquarius est orange et qu’il y a écrit SOS Méditerranée sur le côté. Ils ne sont pas du tout anxieux de notre arrivée. En revanche, quand ils discutent avec nous une fois embarqués sur notre bateau, ils se demandent ce qu’il va leur arriver en Italie. Alors on leur explique le processus, mais on n’est pas toujours en mesure de tout leur expliquer.

MIM – Arrivez-vous facilement à communiquer avec eux ?

JP – Oui car si certains ne parlent qu’arabe, la plus grande partie d’entre eux parlent français ou anglais. Ils nous racontent principalement des choses de leur passé chez eux ou de leur vie en Libye, une étape sur leur route de la migration. Ils nous parlent de la prison, des coups, de l’exploitation. Certains ont vu leur frère ou leurs amis mourir dans leurs bras.

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Une fois sauvés, les réfugiés sont soignés et reçoivent des vêtements chaud, à boire et à manger © Patrick Bar

MIM – Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans tout ce que vous avez vu au cours de ces deux mois ?

JP – Les regards des gens après les sauvetages. À ce moment-là, on sent vraiment toute leur gratitude et on voit qu’on a vraiment fait quelque chose de concret, qu’on les a sauvé concrètement. En discutant individuellement avec les réfugiés sur ce qu’ils espèrent de l’Europe, j’ai été marqué par un jeune qui avait tout quitté pour pouvoir étudier, car il voulait faire une grande école en Angleterre.

MIM – Qu’est-ce que cette mission a changé pour vous ?

JP – On se rend compte qu’on est des privilégiés. Ces gens-là quand ils arrivent ils n’ont rien, seulement un pantalon. Parfois ils ont réussi à coudre une carte SIM dans leurs vêtements et c’est tout ce qu’il leur reste. Ils ont tout quitté, tout laissé derrière eux, ils ont fui la guerre ou une persécution dans l’espoir d’une certaine sécurité psychologique et matérielle. En France et en Europe, on est vraiment à des années-lumière de ces vies-là.


Informations pratiques

Pour faire un don et soutenir les opérations de sauvetage de SOS Méditerranée, rendez-vous sur le site de l’association : www.sosmediterranee.fr.

Par Agathe Perrier

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