À l’occasion de la Pride Marseille, la scène drag phocéenne a été conviée par la Maison des Soins Transgressifs sur la Place des Canailles pour une soirée célébrant la diversité. Immersion dans l’univers des drag queens et drag kings marseillais.

En coulisse, Robin des Doigts se prépare. « J’applique des couleurs pour créer des formes plus carrées, une mâchoire plus forte », explique-t-il. Sous ses pinceaux, pendant une heure et demie, ses traits changent. Dans les coulisses de la Place des Canailles, aux Docks de la Joliette, il s’apprête pour la soirée « Proud to be drag » organisée à l’initiative de la Maison des Soins Transgressifs (MST), la « première maison de drag à Marseille ». Une dizaine d’artistes vont faire le show.

« Robin des doigts incarne une masculinité caricaturale et libérée, mais c’est une extension de moi », assure le drag king. Par-dessus son binder, « qui fait une poitrine effet pecs », il enfile une chemise blanche et des bretelles. Un chapeau vient parfaire son look « de drag king du sud », la marque de fabrique de ce « presque Robin des bois » qui aime bien l’idée de « prendre aux riches pour donner aux freaks ».

Ce double, à la barbe pailletée, n’est pas né par hasard. Il trouve sa source dans une enfance vécue en « garçon ». Mais à l’adolescence, son corps change et il se retrouve « en recherche » d’identité. C’est une des raisons qui l’ont amené en 2015 à participer à un atelier de Louis Deville, pionnier du mouvement drag king en France.

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Robin peut prendre jusqu’à trois heures pour se préparer quand il maquille aussi son torse. Photo : Olivia Chaber

Un divertissement qui peut être militant

À partir de là, le miramassien se sent plus à l’aise et commence à envisager des performances au masculin. Petit à petit, sa formation s’affine avec des visionnages de tutos sur Youtube, puis la découverte de Jésus la Vidange. « C’est le premier drag king à avoir intégré une maison de drag queens, à travailler autant le maquillage en France ».

C’est important pour la communauté LGBTQIA+ de pouvoir rire de thématiques que l’on vit au quotidien et qui peuvent être violentes.Robin des Doigts

Il s’en inspire et quelques années plus tard, en 2018, il fonde sa maison, the House of Boner avec la drag queen Medusa Dickinson. L’artiste conçoit ses spectacles comme « un divertissement, même si ça peut être aussi militant ».

« C’est important pour la communauté LGBTQIA+ de pouvoir rire de thématiques que l’on vit au quotidien et qui peuvent être violentes ». Dans cette optique, ses shows mêlent le stand-up, le lipsync mais aussi son histoire personnelle.

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Pour expliquer son nom de scène, Robin explique qu’il “aime bien l’idée du petit héros raté”. Photo : Olivia Chaber

Le drag king, cet inconnu du grand public

Le performer considère que la visibilité des drag kings est relativement récente. Elle s’est accrue avec la création de collectifs, de scènes plus ouvertes, à Lyon et à Paris depuis 2019. Pour autant, « le grand public ne sait pas ce qu’est un drag king. Certains s’imaginent qu’il suffit de mettre une moustache ».

Le milieu culturel lui donne toutefois plus de légitimité, grâce notamment à la popularité des drag queens. Mais il arrive encore qu’on ne le prenne pas au sérieux, malgré sa tchatche.

Il faut dire que « la scène drag king est naissante à Marseille. J’ai fait trois scènes ouvertes au Sing or Die et trois ateliers qui ont bien marché, mais on reste peu nombreux ». Alors, il s’en remet au collectif. « Si quelqu’un d’autre existe, il va m’aider à exister. C’est ce qu’il s’est passé avec la MST. Elles sont très bienveillantes envers moi, et inversement ».

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Performance de Robin des Doigts sur la Place des Canailles. Photo : Mathieu Grapeloup

Première grande maison de drag à Marseille

La MST, justement, est la grande maîtresse de cérémonie de cette soirée pas comme les autres. Cette « première maison de drag » à Marseille est portée par Lucie Felice, Miss Martini et Clara Mydia. À quelques heures de l’ouverture des festivités, les trois drag queens sont en pleine préparation. Leurs yeux brillent, comme leurs tenues. Ce soir, elles fêtent le premier anniversaire de leur association. Mais aussi une réunion d’artistes.

On arrive à montrer du drag à des personnes qui ne sont pas seulement queer, gay ou lesbiennes. C’est nouveau à Marseille.La Maison des Soins Transgressifs

« On sera 15 drag kings, queens et queers à performer. C’est la première soirée où on est autant à Marseille. C’est beau d’arriver à faire venir autant de gens au moment de la Pride », lance Miss Martini. Pour Lucie Felice, « ça change un peu de la tradition marseillaise du drag, qui était autrefois plus individualiste ».

Le public commence à arriver. Il y a des familles et des enfants. Clara Mydia s’en réjouit. « On arrive à montrer du drag à des personnes qui ne sont pas seulement queer, gay ou lesbiennes. C’est nouveau à Marseille ».

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Chacune a sa spécialité. Clara Mydia, à gauche, aime bien danser, mais ça lui “arrive d’essayer de faire rire les gens”. Miss Martini, au centre, est la danseuse du trio, même si elle joue parfois aussi la comédie. Lucie Felice, à droite, est la chanteuse, comédienne, de la troupe. Photo : Olivia Chaber

RuPaul’s Drag Race comme facteur de visibilité

La popularité de leurs shows, elles l’expliquent par les émotions que l’on peut ressentir en assistant à un spectacle de drag. « Les gens s’amusent, s’extraient de leurs vies », glisse Miss Martini. Elle ajoute : « les shows peuvent être violents aussi, questionner, remettre en question. C’est un peu comme une thérapie ».

Un autre facteur de cet engouement est l’émission RuPaul’s Drag Race, dont une déclinaison française vient tout juste d’entamer sa diffusion sur France Télévision. « C’est fou parce qu’avec cette émission on devient accessibles en prime time, à 21h, alors que le drag n’existait qu’en boîte de nuit », s’enthousiasme Lucie Félice. « Et là, on est à la Place de Canailles, en plein jour », sourit Miss Martini.

Le phénomène RuPaul a fait naître une nouvelle génération de drag queens. Clara Mydia en est un exemple. La « baby drag » de l’équipe révèle que c’est à partir de la série que « Clara est apparue. Elle a répondu aux questionnements que je me posais sur le genre ». De son côté, Lucie Félice estime que c’est également Ru Paul qui lui a donné envie de se lancer en public.

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Photo : Olivia Chaber

Pas de risque d’uniformisation du drag

Craignent-elles que la diffusion de l’émission américaine, très populaire, uniformise et lisse la scène drag à Marseille ? Aucun risque selon elles, « le drag est un art hyper personnel, on a toujours l’opportunité de sortir des codes ».

Leurs personnalités flamboyantes, le trio les dévoile lors d’événements organisés dans des endroits éclectiques, comme récemment au Talus, dans le 12e arrondissement, où elles ont trouvé un public très différent dans un cadre plus bucolique qu’à l’accoutumée. Au détour de la conversation, elles dévoilent un de leurs nouveaux projets : un grand show au Cabaret de l’Étoile Bleue qui vient d’ouvrir cette année.

Miss Martini confie justement que l’année prochaine, elles souhaitent « changer de modèle avec des spectacles encore plus grands et plus d’invités. On veut élargir la famille ». La MST ne s’interdit aucun lieu et tend les bras à toutes celles et tous ceux qui sont attirés par le drag.

En attendant, ce soir, « the show must begin ».

Photo de Une : Olivia Chaber

 

 

 

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