La Popote à Pépé, enfin une série documentaire passionnante sur l’agriculture d’hier à aujourd’hui

Rencontre avec la journaliste et réalisatrice audoise, Justine Bonnery, formée à l’école de journalisme d’Aix-Marseille, au cours Julien mercredi 19 avril, pour présenter et débattre de sa série de web-reportages sur les enjeux de l’agriculture d’aujourd’hui nommés «La Popote à Pépé». 

À 19h, à l’intérieur de l’Equitable Café, une institution culturelle du cours Julien, la plupart des chaises sont déjà prises. Ici, se massent des personnes de tous âges et de tous horizons. On a du mal à croire qu’ils sont venus assister à la diffusion de trois épisodes de «La Popote à Pépé» et en débattre. Il faut dire que le terreau marseillais, plutôt urbanisé, ne parait pas, au premier regard, être des plus fertiles quand il s’agit de s’intéresser aux paysans et à l’agriculture. Le pari pris par Justine et son équipe n’est pas banal : filmer des paysans nés avant les années 40 pour leur faire parler de leur vision de leur métier, et de son évolution depuis des décennies.

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La soirée débat à l’Equitable Café © Baptistin Vuillemot

Un projet d’amitié

D’où vient un telle idée d’ailleurs ? Justine Bonnery explique : «J’ai grandi avec mon arrière grand-mère dans sa ferme. Quand elle est morte, personne n’a repris l’affaire et je me suis rendu compte que ces gens-là, cette France là allait disparaître, et qu’il fallait se dépêcher.» 

Le projet est avant tout une histoire d’amitié qui s’est concrétisée tout naturellement autour d’une volonté commune. Ne manquait plus qu’à trouver qui filmer pour commencer. «Ce sont mes grands-parents dans l’épisode numéro 1», rigole Nicolas Pousson-Ribis, cadreur. Mais il ne s’agit pas que de personnes de leur entourage : « Pour l’épisode numéro 3, on ne les connaissait pas, il a donc fallu y aller en amont pour les rencontrer, les mettre à l’aise, les familiariser à notre présence et à celle du matériel…. il faut dire que souvent, ces gens là n’ont pas internet», explique la réalisatrice.

La série est diffusée sur Youtube et les réseaux sociaux et commence tout juste à rapporter un -tout – petit peu d’argent. Les membres de l’équipe ne sont pas payés, seulement défrayés, la matériel est à eux ou est loué et la réalisation coûte peu. Pour le dernier épisode, ils ont obtenu une subvention du Conseil départemental de l’Aude ce qui leur a permis de louer un drone et pouvoir ainsi faire des plans aériens. Car, en dehors de dresser le portrait de ces laissés pour compte, c’est aussi et surtout la mise en avant d’un territoire et d’un patrimoine qui importe.

L'équitable café bien rempli pour la projection-débat des trois épisodes
L’équitable café bien rempli pour la projection-débat des trois épisodes © LL

Un format court qui parle à tous

Habituée à des projections dans les villages de l’Aude, l’équipe ne s’attendait pas forcément à un tel accueil dans des grandes villes comme Marseille. Pourtant, ces tranches de vie résonnent bien au delà de leur terroir. «On montre une réalité, avec un côté très humain», essaie d’expliquer Nicolas Pousson-Ribis qui se défend de vouloir en faire une affaire politisée, «c’est certainement pas politique, mais c’est vrai qu’il peut y avoir un côté militant dans le sens où le public se pose des questions.» S’ils déclarent montrer la réalité telle qu’elle est, et ne rien censurer, l’équipe a tenu aussi à ne pas mettre les gens en porte à faux : «Certains continuent de pratiquer leur métier comme on le faisait dans les années 50… Or, avec toutes les nouvelles normes, notamment européennes, ils pourraient être dans l’illégalité, il ne s’agit pas de leur faire prendre des risques vis à vis de la loi», explique Justine

Comme la semaine passée au Vidéodrome 2, l’accueil du public a été des plus chaleureux. L’originalité du concept et son traitement n’y sont pas pour rien : les web-reportages sont courts (de 10 à 15 minutes), la mise en scène et le montage, soignés. La musique aux sonorités «kusturiciennes» donne à l’ensemble une imagé décalée et drôle. « C’est le côté naturellement fun de ces gens et de l’équipe qui ressurgit», explique humblement Nicolas

Reste que, si certains passages prêtent à rire, ce n’est jamais aux dépens de ces personnes. « On ne force pas le rire ou le ridicule, simplement on est toujours tombé sur de vrais personnages !» Car, s’il faut savoir en rire, c’est aussi pour ne pas en pleurer. L’ensemble (les 3 reportages dans leur continuité) se révèle être plutôt doux-amer. En ces temps troubles, ou l’individualisme prime, les préoccupations de ces paysans sont sincères et réelles et nous forcent à nous interroger sur notre rapport au monde et aux autres. Il faut donc espérer une longue vie à «la Popote à Pépé» qui devrait s’enrichir de nombreux autres épisodes et témoignages dans les prochaines années. Pour que ces gens-là, ces histoires là, ne soient pas oubliés mais restent gravés dans le marbre, et les mémoires.

Les épisodes de la Popote à Pépé

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