Des Marseillais veulent « sauver » les vestiges historiques déterrés sur la Corderie

Des Marseillais veulent « sauver » les vestiges historiques déterrés sur la Corderie

A deux pas de l’abbaye Saint-Victor et du Four des Navettes, une drôle de découverte agite tout le quartier… Fin octobre 2016, des travaux de construction d’un bâtiment de logements, situé boulevard de la Corderie (7e), ont été stoppés après seulement deux jours de chantier. Il aurait été découvert des vestiges du 18e siècle… Depuis cette annonce, les habitants se mobilisent pour que la municipalité crée une continuité « verte » allant du col du Fort Saint-Jean jusqu’à Notre-Dame de la Garde. Reportage.

D’après le Comité d’Intérêt de Quartier (CIQ) « Saint-Victor, Corderie, Tellène et rues adjacentes » qui se base sur des plans d’époque de Marseille et les propos d’un historien/archéologue, les vestiges seraient ceux des anciennes corderies de la ville, où les Marseillais réalisaient les cordages indispensables au gréement des navires, de l’école gratuite créée en 1706 par Jean-Baptiste de La Salle pour les enfants pauvres, d’une armurerie, d’une poudrerie et d’une caserne, qui seraient enfouis le long du rempart Louis XIV.

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En rouge, emplacement des terrains du boulevard de la Corderie concernés par le projet immobilier et où des vestiges auraient été découverts © DR

Pour autant, il n’y a encore eu aucune confirmation officielle sur ce qu’aurait révélé au grand jour les excavations d’octobre. « Des fouilles ont eu lieu sur le site, conformément à la réglementation. L’intérêt historique des premières découvertes doit être confirmé par une décision du Préfet dans les semaines à venir. Il pourra ensuite proposer des fouilles complémentaires s’il l’estime nécessaire », explique Sabine Bernasconi, maire des 1er et 7ème arrondissements.

Les vestiges ont été retrouvés sur le terrain, aujourd’hui en friche et où se trouvaient auparavant deux plateaux sportifs, acheté par la SNC ADIM PACA, filiale du groupe Vinci, à la Ville de Marseille. Ces derniers jouxtent le boulodrome de la Corderie et le jardin de Saint-Nicolas qui, eux, ne sont pas concernés par le futur projet immobilier.

Une pétition pour mettre en valeur les vestiges

À la suite de ces découvertes, le CIQ Saint-Victor, Corderie, Tellène et rues adjacentes a lancé une pétition en ligne afin de demander la conservation des éventuels vestiges. Il demande qu’une « coulée verte » soit ainsi créée, allant du col du Fort Saint-Jean jusqu’à Notre-Dame de la Garde en passant par le Fort Saint-Nicolas, l’Abbaye de Saint-Victor, la maison de Paul Valery, le square Berthie Albrecht et ses vignes en plein centre-ville, le four des navettes, les santons Carbonel, la place Joseph Etienne, le jardin de la Colline Puget et le char Jeanne d’Arc.

Le CIQ est également ouvert à une autre solution : garder le projet immobilier mais le réduire afin de créer un petit jardin des vestiges. Une solution qui permettrait d’allier urbanisation et préservation du patrimoine, comme par exemple pour l’aqueduc et l’Hôtel de Région. « On demande que les vestiges soient là et de laisser à jour le patrimoine de Marseille comme cela a aussi été fait au Centre Bourse. De sauvegarder le patrimoine enfoui plutôt que de l’enterrer, car c’est le centre historique de Marseille », explique Gilbert Laurens.

« Tout cela dépend encore une fois de la valeur historique et académique des fouilles. Pour modifier en profondeur le projet, il faudrait que les découvertes soient aussi importantes que celles de l’Aqueduc par exemple. Rien ne le confirme aujourd’hui. C’est à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) et au Préfet de le déterminer », rappelle Sabine Bernasconi.

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Une partie des excavations effectuées en octobre a été recouverte par des bâches dans l’attente de la décision de l’INRAP et du Préfet sur les suites du chantier © AP

Des vestiges soupçonnés par le CIQ

L’éventuelle découverte de vestiges ne surprend d’ailleurs pas les membres du CIQ qui, dès 2013, ont alarmé la mairie centrale de la potentielle présence de vestige à cet endroit, dans un recours lancé contre la création du projet immobilier. « Une telle réalisation se traduirait par […] des vestiges mis à jour vue par les excavations pour réaliser les 3 étages de parkings souterrains », peut-on lire dans le recours. « On savait, de par l’approche de l’abbaye de Saint-Victor, que l’on retrouverait des choses. On se disait qu’il y aurait, comme à l’abbaye, des sarcophages », ajoute Gilbert Laurens.

Le recours, composé de 15 points jugés « néfastes » que représenterait le futur bâtiment de logement, a été rejeté à l’époque. Parmi les points relevés par le CIQ : la hauteur du bâtiment, qui sera composé de huit étages et qui obstruera la vue des logements déjà présents sur le boulevard de la Corderie, le nombre de voiture que les 109 logements engendreront sur un boulevard « déjà saturé depuis la semi piétonisation du Vieux-Port » et le manque de place de stationnement puisque le projet ne prévoit un parking que d’environ 150 places. « Je comprends pour autant la nécessité pour la ville de faire venir de nouveaux contribuables, surtout lorsqu’une parcelle de terrain est libre en centre-ville car c’est plutôt rare. Mais d’un autre côté, au niveau touristique, on ne peut pas s’amputer de notre patrimoine, ce sont nos racines », souligne Gilbert Laurens.

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Vue sur l’une des parties des terrains concernés par le projet immobilier de la Corderie depuis un appartement situé en face © AP

La nécessaire rénovation du rempart Louis XIV

Avec quelques jours d’intervalle et pourtant aucun lien initialement, une autre pétition a été lancée cette fois pour demander la rénovation du rempart Louis XIV qui jouxte le terrain où le futur bâtiment de logements devrait être construit. Ce rempart date de 350 ans en arrière puisqu’il a été érigé en 1666 par Nicolas Arnoul, à qui l’on doit également l’Arsenal des Galères, sur ordre de Louis XIV afin d’agrandir la ville.

Le rempart, dont il ne reste aujourd’hui quasiment que le morceau de la Corderie, n’a pour le moment été rénové que sur sa face sud, celle donnant sur le boulevard des Lices. La pétition, menée par Jean-Noël Bévérini, académicien de Marseille et passionné d’histoire, demande que la même chose soit faite pour la face nord, donnant sur le boulevard de la Corderie. L’édifice ne fait d’ailleurs pas partie de l’emprise du chantier de logements, comme le précise Sabine Bernasconi. Avant de conclure : « C’est au service des monuments historiques de la Ville de Marseille et de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) d’évaluer l’état du rempart et d’en proposer une éventuelle restauration. Si elle s’avérait nécessaire, j’y serai bien évidemment favorable ».

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La façade sud du rempart, qui a été rénovée, donnant le sur la rue des Lices © AP

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