Du 30 juin au 1er juillet, Marseille accueille la 5e édition des Rencontres nationales de la librairie au palais du Pharo. Une première dans le Sud. Au programme : ateliers et débats sur la place du livre en présence du ministre de la Culture. 

A l’occasion de la nouvelle édition des Rencontres nationales de la librairie, l’Association Libraires du Sud et le Syndicat de la librairie, veulent en profiter pour sensibiliser le grand public à leur profession. L’événement réunit 700 librairies et 200 autres professionnels du livre, qui présenteront les problèmes qui touchent le métier, et leurs enjeux pour le futur. Entretien avec Éric Dumas, président de l’association Libraires du Sud.

Made in Marseille : À partir dimanche se tiennent les rencontres nationales de la librairie, pouvez-vous nous parler de cet événement ?

Éric Dumas : Les Rencontres nationales de la librairie se déroulent tous les deux ans, elles sont organisées par le Syndicat de la librairie française (SLF). Pour la 5e édition, c’est la première fois que l’événement a lieu dans le Sud. Le but de ce rendez-vous est de mettre en relation les libraires, les auteurs, les éditeurs ou encore les diffuseurs afin d’échanger sur l’avenir de ces métiers. Plusieurs ateliers sont mis en place sur des sujets précis, par exemple : « comment développer le rayon manga qui plaît aux jeunes ? ». Il y a aussi des thèmes plus généraux comme l’écologie dans la chaîne du livre. Le but est de trouver des solutions pour redorer l’image des libraires et de trouver des solutions pour attirer les lecteurs. Le temps forts de l’événement, c’est bien sûr la venue du ministre de la Culture, Franck Riester, lundi matin à Marseille. 

Quel constat dressez-vous sur la situation des librairies dans la région Provence-Alpes Côte d’Azur ? 

Malheureusement, il y a un peu moins de librairie dans la région Sud qu’ailleurs. Pour être exact, il y a 160 librairies indépendantes dans la région. Sur les dix dernières années, une centaine de commerces ont fermé, mais 75 ont ouvert. Sur les deux dernières années, il y a eu plus d’ouvertures que de fermetures alors j’ai beaucoup d’espoir. Le marché reprend, on est sur un renouveau avec une nouvelle génération de libraires. 

En mars 2019, la Librairie de Provence à Aix-en-Provence a définitivement fermé ses portes, avez-vous un commentaire à faire à ce sujet ? 

C’est désolant car on se heurte à plusieurs choses : la hausse du prix des loyers pour les commerces dans certaines villes. Mais également à une indifférence des pouvoirs publics qui laissent les librairies disparaître. 

, L’avenir du livre en débat avec le ministre de la Culture à Marseille, Made in Marseille
L’ancienne Librairie de Provence sur le cours Mirabeau.

Aujourd’hui, la librairie a une très faible rentabilité pour un commerce de proximité (1%), quelles mesures aimeriez-vous prendre pour aider les libraires ? 

La principale mesure à prendre se trouve dans la chaîne du livre. Les distributeurs doivent réfléchir à augmenter la remise commerciale qu’ils accordent aux libraires. Pour l’instant, le taux ne suffit pas à faire tourner une boutique. De ce fait, les librairies sont obligées de sous-payer leurs salariés qui restent car ils sont passionnés par leur métier. Autre mesure : il faudrait organiser davantage d’ateliers comme, par exemple, des rencontres, des expositions… On doit être imaginatif pour attirer du monde. 

Comment les libraires peuvent-ils faire face à la concurrence de la Fnac ou encore d’Amazon ?

On peut leur faire face tout simplement car nous proposons quelque chose de différent. Nous ne sommes pas juste des vendeurs de livres. On est là pour conseiller, comme je le disais on fait des animations, des rencontres avec des auteurs, des ateliers pour les enfants, des soirées jeux… Il y a même des librairies qui, aujourd’hui, vendent de l’épicerie et des produits bio ! La concurrence principale désormais c’est la vente en ligne et non plus les grandes surfaces culturelles. Ces dernières ont fait beaucoup de mal au réseau au moment où elles s’étaient crées. Aujourd’hui, la vente en ligne concurrence directement les grandes enseignes : on peut prendre l’exemple de Virgin qui n’existe plus, de France Loisirs qui va très mal…

, L’avenir du livre en débat avec le ministre de la Culture à Marseille, Made in Marseille
La mythique librairie des Bleuets dans le village de Banon, l’une des principales attractions touristiques pour les visiteurs de ce petit coin de la haute Provence.

Quel type d’aide pouvez-vous solliciter pour maintenir le secteur de la librairie ? 

On en possède quelques-unes déjà : depuis plusieurs années il existe le « Label Lire » qui permet d’être exonéré de la cotisation foncière des entreprises. Un plan d’aide est co-financé par l’Etat et la Région Sud pour aider à payer les projets. Ce sont des aides ponctuelles : elles aident sur des projets de développement ou encore de reprise… Cela permet de dynamiser le réseau. Mais à mon avis, il faudrait chercher des aides au sein du secteur du livre. Nos partenaires (les éditeurs) doivent se rendre compte qu’ils ont besoin de notre réseau pour éviter qu’il ne reste plus que la vente en ligne.  

Lundi 1er juillet, Franck Riester, ministre de la Culture interviendra à Marseille dans le cadre des Rencontres nationales de la librairie. Comptez-vous l’interpeller ?

Au niveau collectif, nous aimerions réaffirmer une loi qui s’appelle « la loi Lang » qui a fixé le prix unique du livre. Depuis cette loi en 1981, tous les livres sont au même prix : que ce soit en grande surface ou chez un libraire. Depuis cette date, les choses ont évolué. Avec la vente en ligne, les vendeurs arrivent à tirer des tarifs costauds grâce à leur volume que les libraires ne peuvent pas avoir. C’est pour cette raison que le prix n’est pas le même chez eux. Nous demandons à ce qu’il y ait un tarif postal unique pour les livres. Nous parlerons également des rabais. En librairie le prix est unique excepté pour les écoles, les mairies et les collectivités. On se dit que ce rabais devrait peut-être disparaître, car il n’y a pas de raison qu’ils puissent en bénéficier et que nous n’ayons pas le droit de faire de même avec nos clients particuliers. Ces deux mesures qui sont très fortes font parties de la Loi Lang. Elles nous feraient gagner des points de marge. 

Le mot de Xavier Moni, président du Syndicat de la librairie française (SLF)

« La région Sud a une spécificité : elle possède des librairies en milieu rural. Hormis ce détail, elles n’ont pas un prisme très différent des librairies nationales. Les librairies ont su résister à la déferlante Amazon de ces dernières années ainsi qu’à l’arrivée du livre numérique. Il y a dix ans, tout le monde pensait que les librairies n’existeraient plus aujourd’hui, pourtant nous sommes là. Une nouvelle génération arrive et rénove partout en France. Cependant nos modèles restent fragiles car nos marges commerciales sont trop faibles pour couvrir les charges. Plus les librairies sont petites, plus elles sont touchées et ont des difficultés à faire des investissements, à pouvoir rémunérer ses salariés et à développer son activité ». 

Afin de répondre à ces problèmes, Xavier Moni a publié un manifeste avec le SLF. Plusieurs mesures importantes y sont inscrites pour aider les libraires à faire face aux tensions face à Amazon. Parmi les plus importantes, le président rejoint les propos d’Éric Dumas  : il invite les éditeurs à accepter de rétribuer les libraires avec une remise de 36% afin que le modèle économique soit suffisant pour couvrir les postes de charge des sociétés. 

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