Avec Latitude Blanche, deux Marseillais partent à la conquête du Grand Nord

Yann Le Bellec et Sophie Galvagnon posent sur la proue du Polarfront.

Sophie Galvagnon et Yann Le Bellec se sont rencontrés sur les bancs de l’Ecole Nationale Supérieure Maritime de Marseille en 2005. Douze ans après, ils ont racheté le mythique bateau norvégien Polarfront et préparent désormais des expéditions de luxe en direction du Grand Nord.

Marseille, le 22 juillet 2015, à la terrasse d’un café. Sophie Galvagnon et Yann Le Bellec se racontent leurs vies respectives de navigateurs, ressassent leurs années d’études communes à l’Ecole Nationale Supérieure Maritime (ENSM) de Marseille, où ils se sont rencontrés dix ans auparavant. Au fil de la discussion, les deux officiers de la marine marchande se rendent compte que leurs rêves résident en réalité dans les expéditions polaires et la traversée des glaces. En mai 2017, leur société Latitude Blanche est fondée. « C’était le moment ou jamais de sauter le pas », se souvient Yann.

C’est le début d’un ascenseur émotionnel. Les deux amis repèrent plusieurs bateaux avant qu’un broker, c’est-à-dire un spécialiste chargé de s’entremettre entre deux professionnels pour l’achat, la vente ou la location d’un navire, ne les contacte depuis la Norvège en janvier 2016. Il veut leur proposer le mythique Polarfront, un ancien navire météorologique construit en 1975. Yann et Sophie font le déplacement, visitent le bateau et c’est le coup de foudre. Armés de patience, ils réussissent à faire baisser le prix, initialement chiffré à plusieurs millions d’euros. Trois visites d’experts plus tard, le bateau est à eux. « La première chose que nous avons fait avec Sophie, c’est prendre les canots de sauvetage pour venir peindre le nom de Marseille au pochoir sur la coque. Histoire de faire passer le navire norvégien sous pavillon marseillais ! ».

L’armateur Polarfront était historiquement utilisé pour des missions météorologiques

Dernière ombre au tableau : les fonds nécessaires pour pérenniser ce rêve devenu progressivement réalité. Après avoir écumé 10 banques dans la région, les deux associés trouvent une aide précieuse en la personne de Christelle Gauthier, banquière spécialiste du shipping chez BNP Paribas. Deux autres banques se laissent aussi séduire par cette singulière aventure marseillaise. Le pavillon RIF (Registre International Français) les rejoint aussi, leur permettant de bénéficier des allègements fiscaux et d’immatriculer le navire … à Marseille, bien sûr.

Entre qualité, confort et environnement

Le Polarfront demeure à Boulogne-sur-Mer, où il est en travaux. Sa première grande traversée aura lieu le 7 avril 2018, jusqu’au 1er juin 2018. Au programme : Grande-Bretagne, Norvège puis île de Spitzberg, connue pour la vue privilégiée qu’elle offre sur les aurores boréales. L’Islande ou le Groenland sont aussi envisagés pour les expéditions futures. « Le Polarfront est un bateau des glaces, il est fait pour le froid. Garder son âme restait indissociable du projet pour perpétrer son histoire », précise Yann Le Bellec. L’ancien navire météorologique a même conclu un accord avec Météo France, dont il va embarquer un appareil de mesure pour émettre des données continues afin d’améliorer les précisions de l’institution. « Le trajet va passer par des zones peu fréquentées habituellement, l’intérêt de Météo France pour notre trajet est donc vite compréhensible ».

Le mythique bateau norvégien Polarfont passe désormais sous pavillon marseillais.

Latitude Blanche mise avant tout sur un service de qualité et du confort. 9 cabines pour 12 passagers sont réparties dans ce bateau de 55 mètres de long sur 10 mètres de large. « Nous voulions créer une start-up marseillaise. C’est pourquoi nous avons recruté un équipage français, même si cela nous revient plus cher », explique Yann. Il s’agit aussi de faire attention à son empreinte écologique, en choisissant un combustible qui ne rejette pas de souffre, ainsi qu’une vitesse réduite calculée. « La vitesse maximum du Polarfront se situe autour de 10 nœuds, mais nous ne dépasserons pas 8 nœuds. Le rapport entre la taille du bateau et sa puissance reste très faible. » Par ailleurs, un système de recyclage des eaux usées a été mis en place, en permettant par exemple une réutilisation des eaux pour nettoyer les pontons.

Avec Latitude Blanche, Yann et Sophie veulent aussi montrer qu’il est possible de créer une société d’expédition polaire à Marseille, cette ville qui a « la fibre marine ». « Il y a un véritable ancrage historique des armateurs à Marseille dans lequel nous pourrions nous inscrire ».  Yann ne cache pas son admiration pour les transformations qu’a subi sa ville natale depuis 2013 les grandes entreprises qui ont choisi d’installer leurs sièges dans la cité phocéenne : « Être nommée capitale de la culture a vraiment permis à Marseille de redorer son image. Ça l’a transformée pour le meilleur et lui a permis d’accroitre sa visibilité ».

La première grande traversée du Polarfront aura lieu le 7 avril 2018.

Rendez-vous, le 31 mars prochain à Boulogne-sur-Mer pour l’inauguration du nouveau Polarfront, avant sa première traversée des glaces en avril prochain.

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