Immersion avec l’association marseillaise Geres au cœur des négociations sur le climat #Cop23

Dans une tribune libre, Mathieu Grapeloup, chargé de communication et de mobilisation au GERES, une association environnementale marseillaise, nous raconte son immersion au coeur de la Cop23, qui s’est déroulée du 9 au 17 novembre à Bonn en présence des dirigeants mondiaux.


Le GERES (Groupe Energies Renouvelables, Environnement et Solidarités) est une association environnementale créée à Marseille en 1976 pour développer l’énergie solaire en région PACA. Depuis les années 90, son champ d’intervention s’est élargi à de nombreux pays en Afrique et en Asie avec des actions qui visent à améliorer l’accès à l’énergie durable pour les populations, protéger l’environnement et lutter contre les changements climatiques. Le GERES était présent du 9 au 17 novembre à la COP23 de Bonn pour suivre les négociations internationales sur le climat.

Le GERES est intervenu sur 4 tables rondes à la COP23 – © GERES

10 ans de suivi des négociations sur le climat

Au GERES, cela fait 10 ans maintenant que nous participons chaque année aux Conférences des Parties sur le climat, les fameuses « COP ». Nous y tenons un stand, nous y organisons des tables rondes et nous rencontrons les décideurs. La COP21 à Paris en 2015 a été la plus médiatique car elle a abouti à un Accord universel considéré par beaucoup comme un tour de force diplomatique. Mais de nombreuses COP avant elles avaient permis de préparer cet accord et de nombreuses COP après elles vont permettre de le mettre concrètement en œuvre. C’est un cycle très long, un peu fastidieux, qu’il est parfois difficile de comprendre vu de l’extérieur.

Beaucoup d’organisations non gouvernementales françaises suivent ces négociations mais le GERES est la seule association environnementale de l’aire marseillaise accréditée pour participer à ces COP. Notre légitimité vient du fait que nos projets de développement couvrent deux volets essentiels de la lutte contre les changements climatiques : la réduction des émissions de gaz à effet de serre qui contribue à l’atténuation du dérèglement climatique, mais aussi l’adaptation des territoires à ces bouleversements, certains étant déjà inévitables.

Deux semaines marathon !

Notre délégation de 4 personnes est arrivée à la COP23 le jeudi 9 novembre, alors que s’achevait la première semaine des négociations. C’est généralement la semaine la moins trépidante car plus technique et traditionnellement moins politique que la seconde. En effet, les chefs d’Etat et leurs ministres arrivent habituellement la dernière semaine pour le « segment de haut niveau » pendant lequel ils essayent de faire passer des messages forts à la tribune et de débloquer les points sur lesquels les négociateurs butent.

La COP23 se divisait cette année en deux zones : celle des négociations et celle des événements – © GERES

Cette année, les discours d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron étaient très attendus car, face au désistement américain, ils apparaissent comme le nouvel axe fort dans la lutte contre les changements climatiques. Au final, le président français a effectivement insisté sur cet axe franco-allemand. La chancelière allemande, beaucoup moins. Il faut dire que la situation politique dans son pays est plus instable. Si la communauté internationale a globalement salué les prises de position d’Emmanuel Macron contre le charbon et en soutien au GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les ONG françaises ont été en revanche beaucoup plus nuancées pour des raisons de politique domestique. La reculade du gouvernement sur la sortie du nucléaire ne passe pas. Le président et le ministre Nicolas Hulot ont tenté de s’en expliquer lors de rencontres avec les associations présentes sur place : officiellement, on nous assure qu’une sortie trop rapide du nucléaire nous obligerait dans l’immédiat à augmenter les émissions de CO2.

Quelques avancées obtenues cette année

Cette COP23 était en tout cas hautement symbolique car, bien qu’organisée en Allemagne, elle était présidée pour la première fois par un Etat insulaire du Pacifique, les îles Fidji, qui sont directement menacées par la montée des eaux. L’attention devait donc être portée sur les préoccupations des pays les plus vulnérables. Au final, peu de choses ont pu être actées pour aider financièrement ces Etats les plus impactés. Les avancées les plus notables ont concerné l’intégration de l’agriculture, de l’égalité femmes-hommes et du droit des peuples autochtones dans le plan d’action.
Ce ne sera donc pas une COP pour rien, mais une COP en demi-teinte. Maintenant, les ONG françaises espèrent que d’autres annonces ambitieuses, notamment côté français, émergeront dans le cadre du sommet « One Planet Summit » organisé à Paris par l’Elysée le 12 décembre prochain.

L’état de la planète continue de se dégrader

Tout cela semble bien lent si on met ce processus onusien des négociations en perspective avec l’état de notre planète qui se dégrade, peut-être encore plus rapidement que ce que l’on pensait. Pendant la COP23, 15 000 scientifiques du monde entier ont tiré la sonnette d’alarme pour mettre en garde contre la dégradation accélérée de notre environnement sous la pression des activités humaines. Depuis 3 ans, les émissions de carbone dans l’atmosphère s’étaient stabilisées mais elles viennent de repartir à la hausse pour établir un nouveau record. Si rien n’est fait, on court donc à la catastrophe avec une dégradation des écosystèmes et une raréfaction des ressources hydriques. Pour éviter une souffrance généralisée, l’humanité doit donc changer drastiquement ses modes de vie et adopter une alternative écologiquement plus durable.

Appel à la mobilisation citoyenne !

Au GERES, nous pensons que tout le monde est capable d’agir s’il comprend pourquoi il le fait. C’est pourquoi nous invitons l’ensemble de la société civile – citoyens, entreprises, collectivités et associations – à ne plus perdre de temps et à s’engager dès maintenant dans un grand mouvement pour la Solidarité climatique ! Nous pouvons tous faire des gestes et des choix au quotidien qui, mis bout à bout, peuvent nous mettre sur la voie d’un monde plus durable : aller au travail en transport en commun ou en vélo, consommer des produits locaux, passer chez un fournisseur d’électricité verte, etc. Nous pouvons aussi soutenir ceux qui s’engagent dans un développement durable dans les pays les plus pauvres.

Pour aider les citoyens à s’engager pour l’environnement et le climat, le GERES va lancer en décembre un outil de mobilisation digitale où chacun pourra comptabiliser ses gestes et voir à quels Objectifs pour le Développement Durable (ODD) il contribue avec la création de son profil personnalisé. L’idée est de s’engager sur un maximum d’ODD et d’encourager nos amis à en faire autant. Les entreprises, associations et collectivités partenaires joueront quant à eux le rôle d’Ambassadeurs du Mouvement auprès de leurs clients, de leurs membres et de leurs administrés.

Face à une telle urgence, la COP23 et la lenteur de son processus de négociations sont forcément une déception mais nous ne baissons pas les bras. Une association marseillaise comme le GERES est capable d’innover pour entraîner une grande prise de conscience citoyenne. C’est maintenant ou ce sera trop tard, alors allons-y !

Mathieu Grapeloup

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