À Marseille, de plus en plus d’habitants s’engagent pour combattre la saleté

Le problème de la propreté (ou de la saleté) à Marseille est un sujet omniprésent dans les conversations des habitants, des politiques et des médias. En témoignent les récents événements liés à la grève des salariés de la société Derichebourg qui a en charge la collecte dans trois arrondissements de la ville. 

Aujourd’hui, des milliers de Marseillais ont décidé de ne plus rester les bras croisés face à cette situation devenue parfois insupportable.

Certains citoyens ont porté de nouveaux projets qui, petit à petit, font évoluer les choses, à l’instar de la métropole Aix Marseille Provence qui a mis en place depuis le 1er septembre, de nouvelles mesures dans l’hyper centre ville.

Le contexte marseillais, un phénomène plus global ?

Si Marseille fait souvent figure de mauvais élève sur tout ce qui concerne la propreté et la gestion de déchets, il ne faut pas pour autant être « nombriliste » face au problème. Aujourd’hui, nombreuses sont les grandes villes où la saleté, la présence de rats, etc, sont devenus des fléaux. A Paris par exemple, la polémique a agité les médias tout l’été, « Paris ville sale ? » pour Anne Hidalgo, la maire socialiste, les Parisiens doivent se responsabiliser, comme en témoigne cet article sur LeParisien.fr. L’été dernier, c’était le site d’info SudOuest.fr qui alertait sur la saleté du centre-ville Bordeaux et la prolifération des rats.

Pour en revenir à Marseille, le problème est récurrent et inquiète toujours plus les habitants. D’autant que les acteurs de la propreté se renvoient la balle sur cette problématique majeure depuis des années. Aujourd’hui, il y a matière à être un peu plus optimiste. En effet, il semble que les choses commencent à bouger, autant du côté de la collectivité que des habitants.

« C’est un sujet qui me tient à coeur, j’y pense quotidiennement, des choses sont mises en place et j’aimerais que tous les habitants se sentent concernés par ce problème pour que l’incivisme diminue «  nous explique Yves Moraine, maire du 6e et 8e arrondissements de Marseille. « Dans les autres villes, ce n’est pas comme ça, on vit dans l’une des capitales européennes les plus sales. La ville est abandonnée et cela devient insupportable pour les Marseillais ! » nous explique de son côté Benoit Payan, président du groupe socialiste municipal.

Les « justiciers » des déchets marseillais passent à l’action

Cet été, deux Marseillais, Stéphane Brunet et Jean-Yves Sayag, se sont illustrés dans la presse et sur internet pour alerter sur la situation critique dans la cité phocéenne. Ils racontent leur démarche.

Stéphane Brunet est un Marseillais de 29 ans. Responsable en marketing et communication, il a décidé de prendre les choses en mains et d’exprimer son ras-le-bol. Amoureux de sa ville, il a eu une prise de conscience et a décidé d’agir de lancer une pétition en ligne à l’attention de Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille et président de la métropole, au mois de juin, « pour le lancement d’une grande consultation citoyenne sur la propreté ». Le communicant a également envoyé le lien à tous les maires de secteur tout en expliquant le fond de son projet. « C’est un mouvement apolitique et citoyen, non pas de dénonciation mais de création d’idées ». A ce jour, la pétition a été signée par près de 6 000 personnes et a été « très bien accueillie » par les élus de la ville.

« On entend souvent les pouvoirs publics dire « les Marseillais sont sales », comme si c’était une fatalité. Sauf que le Marseillais n’est pas bête et qu’on va pouvoir faire comme les villes voisines. » nous explique-t-il, lui qui voudrait organiser « les Assises de la propreté » en présence d’élus de tous les partis, d’habitants motivés, d’entreprises, d’associations innovantes, de cantonniers et de tous les acteurs ayant le désir de faire bouger les choses. Il appelle cela le « défi propreté » et a pris exemple sur la ville de Toulouse qui, suite à une grande consultation citoyenne, a pris 100 mesures drastiques pour devenir propre. « Le but est de montrer qu’il y a des milliers de personnes impliquées, avec des idées, des solutions et qu’on peut créer des échanges. A mon niveau, je ne peux pas encore organiser cette réunion, mais j’y crois. En ce moment il y a des changements, une augmentation de nettoyages nocturnes et la Canebière de plus en plus propre ! Ca donne du baume au coeur et ça encourage ».

Jean-Yves Sayag est un commerçant-humoriste marseillais qui a fait le « buzz » cet été sur Facebook en filmant des décharges sauvages dans les quartiers nord, son terrain de prédilection. Ses vidéos ont comptabilisé des millions des vues, et dans la foulée il a été contacté par la direction d’Allo Mairie et par Monique Cordier, vice-présidente de la métropole déléguée à la propreté.

Le 11 septembre dernier, il sortait une vidéo pour montrer sa réjouissance quant à l’action des services de nettoyage sur le boulevard Capitaine Gèze « Je viens célébrer avec douceur une de premières revendications que j’avais demandé à la métropole ». Après plusieurs appels à Monique Cordier pour une demande de déblaiement du boulevard et surtout plusieurs vidéos vues des centaines de milliers de fois, cela a été exaucé et il en est fier. « J’ai choisi de communiquer avec la ville de Marseille au lieu de polémiquer car je soutiendrai toujours le dialogue. La déléguée à la propreté est une personne qui prend à coeur le problème, elle connait nos actions et quand elle peut faire quelque chose, elle le fait. Si tous ensemble on se bat, on va pouvoir y arriver » explique-t-il dans sa vidéo.

Le problème des déchets sauvages viendrait selon l’intéressé des entreprises refusant de payer la taxe déchets, qui agissent souvent la nuit pour se débarrasser de leurs déchets, un problème difficilement gérable pour la collectivité. « Dès qu’un endroit est débarrassé, ils reviennent le soir déposer leur gravats, pneus, vêtements, etc. » 

Multiplication de groupes et d’événements pour retrouver une ville propre

Ces derniers mois, grâce aux réseaux sociaux, de nouveaux groupes ont été crées et ont reçu un engouement considérable. « Marseille : Poubelle la vie » est un groupe Facebook né le 30 août 2017 qui réunit déjà plus de 11 000 membres. L’objectif rejoint celui de Stephane Brunet et Jean-Yves Sayag, une mobilisation apolitique de citoyens qui en ont assez. Tous les jours, les milliers de membres partagent des photos des rues jonchées de déchets pour faire réagir. Le but final étant de proposer des solutions et établir également un plan « Marseille Propre« .« Ce tsunami de mobilisation marseillaise doit être la grosse vague qui débarrassera enfin la ville de sa crasse ! » peut-on lire sur la page d’accueil du groupe.

Le groupe Facebook : Marseille Poubelle la Vie

L’initiative citoyenne que nous suivons régulièrement depuis son lancement : « 1 déchet par jour – 1 piece of rubbish » d’Edmund Platt continue plus que jamais ses opérations. La communauté a organisé le samedi 14 octobre « The BIG nettoyage de Marseille » où le but était de ramasser des déchets sur la route de son domicile jusqu’au Vieux-Port. Une façon de montrer la détermination des participants qui ne peuvent plus supporter « la montagne d’incivisme ».

Il y aussi Anonymous Métropole, un groupe Facebook réunissant des éboueurs marseillais, qui veulent prouver en postant des photos aux quotidiens qu’ils sont « impliqués et volontaires. » « Notre page a pour but de casser cette mauvaise image que la population a de nous » expliquent-ils. Les agents de la propreté urbaine, accusés de ne pas faire leur travail par certains habitants, retournent la situation en montrant des images choquantes de « l’incivisme des Marseillais ». Quant à la consultation citoyenne, ils ne seraient « pas contres, à condition que celle-ci soit structurée et constructive ».

Yves Moraine et Benoit Payan ont tous deux également répondu favorablement à ce projet de « Défi propreté » évoquant leur désir de sauver la ville de la saleté, en confirmant que l’avis des citoyens ne peut qu’être bénéfique.


D’autres collectifs agissent aussi positivement pour rendre Marseille propre : Recyclop, Surfrider, Zero ecoimpact.

 

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2 COMMENTAIRES

  1. Nouvel arrivé dans la ville je suis choqué par l’incivisme de la population et l’inaction des pouvoirs publics.
    Je suppose que tout le monde s’est habitué à vivre dans une poubelle et ne le voit même plus. Pourtant un simple séjour à Lyon, Bordeaux ou Nantes permet de constater l’écart entre une ville correctement éduquée et gérée et Marseille.

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