Rencontre avec Antonina Masero, artisane au service de la qualité de votre sommeil

Avec sa toute jeune entreprise baptisée « Luxiplume », Antonina Masero s’est spécialisée dans un service peu répandu à Marseille et en PACA : la fabrication et la rénovation d’articles de literie en plumes. Une activité qu’elle mène en respectant le plus possible la cause animale et qui se révèle plus écologique et durable que l’utilisation du synthétique. Reportage.

Qui n’a pas déjà retrouvé dans ses placards ou ceux de ses grands-parents, des oreillers, édredons ou autres couettes en plumes ? Ces articles de literie ont, malgré les années, bien résisté aux difficultés du temps. Pour autant, ils nécessitent parfois une petite rénovation pour retrouver leurs côtés bien rebondis et confortables.

© AP

Confrontée à cette réalité, Antonina Masero, ancienne couturière en Ukraine résidant en France depuis huit ans, a souhaité donner un second souffle à une couette en plumes de la famille de son mari. « C’est quelque chose qui se fait beaucoup en Ukraine et même en Pologne, en Suisse, en Allemagne ou aux États-Unis. Étonnamment, je n’ai pas trouvé où le faire en France et je ne voulais pas jeter cet édredon qui était encore en très bon état. J’ai alors eu l’idée spontanément de le faire moi », confie l’artisane.

Une machine des années 70 au cœur de l’activité

Pour lancer son entreprise, Antonina Masero a dû se doter de matériel spécialisé dans la confection et la rénovation d’articles de literie en plumes. Et puisque l’activité est peu développée en France, c’est hors des frontières de l’Hexagone qu’elle s’est rendue pour s’équiper. « J’ai mis 6 mois pour trouver ma machine, qui date des années 1970. Je l’ai faite venir d’Allemagne complètement démontée car il était  impossible de la déplacer telle qu’elle ! Mon mari et mon beau-père se sont ensuite chargés de la retaper, en changeant chaque pièce abîmée, même le plus petit boulon », explique Antonina Masero.

Cette machine représente le cœur de l’activité de Luxiplume. Elle permet de libérer les plumes de leur poussière par aspiration. Les plumes passent ensuite par une étape de nettoyage à la vapeur. Toutes sont ensuite stérilisées à l’aide d’une lampe à ultra-violet avant de retrouver leur place dans une housse d’oreiller, d’édredons ou de couette neuve.

La machine utilisée par Antonina Masero date des années 1970 et a été entièrement remise à neuf © AP

Antonina Masero ne se charge toutefois pas seulement de la rénovation de literie en plumes. L’artisane confectionne aussi elle-même des articles avec des plumes et duvets neufs d’oie et de canard français certifiés sans déplumage à vif. Une gamme qui peut être réalisée sur-mesure et personnalisée notamment avec de la broderie. Et pour les adeptes de naturel, les plumes et duvets peuvent être remplacés par des écales de sarrasin bio, une garniture écologique qui est en plus ergonomique.

Plumes VS synthétique : le match

Délaissé depuis plusieurs années, voire décennies, au profit du synthétique, le coussin en plumes présente pourtant de nombreux avantages. « Il doit être composé au minimum de 10% de duvet et le reste de plumettes pour lui donner plus de confort et ce côté à la fois gonflant et respirant », explique Antonina Masero.

Et contrairement aux idées reçues, un article en plume n’est pas plus allergisant qu’un article en synthétique, au contraire. Les plumes permettent une meilleure aération à la différence du synthétique qui agit comme une éponge. Résultat : les poussières et acariens s’accumulent moins vite dans un article en plume. Reste ensuite à bien entretenir sa literie en plume, ce qui lui permettra de durer dans le temps : au minimum 15 ans contre maximum 5 ans pour un article synthétique.

« Si les plumes sont neuves à la base, un article en plume peut durer très longtemps, même pendant 100 ans comme les couettes de nos grands-mères par exemple », met en avant Antonina Masero. La rénovation proposée par l’artisane permet à la literie de retrouver du gonflant, contrairement au synthétique qui se tasse au fur et à mesure des lavages.

Quant au coût d’un article en plumes, il est certes plus élevé au départ qu’un article synthétique. Mais sa durabilité dans le temps fait que, sur le long terme, la différente s’amenuise et les déchets aussi. Seul bémol pour certains : la provenance animale. Sur ce point Antonina Masero se défend : « S’il n’y avait pas d’exploitation animale pour l’alimentation, il n’y aurait pas d’exploitation pour les plumes. Mais plutôt que de les jeter, autant en faire quelque chose », explique-t-elle, ajoutant ne s’approvisionner qu’auprès de fournisseurs qui garantissent que les plumes ne sont pas issues de déplumage à vif.

En plus de la rénovation de literie en plumes, Antonina Masero confectionne de façon artisanale coussins, édredons et couettes qui peuvent être personnalisés © AP

Entreprendre malgré un certain scepticisme

Lorsqu’Antonina Masero a souhaité se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, son enthousiasme s’est rapidement heurté au scepticisme de ses interlocuteurs, et notamment des banques. « Pour les banques, mon projet était trop audacieux et mon métier peu connu », se souvient-elle.

Malgré les difficultés, Antonina Masero réussit à trouver du soutien auprès de la NEF, coopérative financière, l’institut de microfinance Créa-Sol, le réseau de financement des créateurs d’entreprise Initiative Marseille Provence et ESIA qui lui fournit une caution. La Caisse d’Épargne lui accorde également sa confiance. « Tous trouvaient que mon projet était bon, mais puisque je me lançais dans un domaine rare en France, j’ai dû persévérer pour montrer la faisabilité de ce projet », souligne l’artisane.

Avec son atelier installé depuis avril 2017 au sein du Carburateur, pôle entrepreneurial des quartiers Nord de Marseille qui accompagne les entreprises, Antonina Masero souhaite développer son activité, dans le futur, à destination des hôtels. « Les hôtels changent environ tous les 7 ans leur literie. Ma solution leur permettra d’éviter la surconsommation et de préserver leurs articles plus longtemps », se désole-t-elle. En attendant, ce sont aussi les particuliers qu’elle souhaite sensibiliser à consommer autrement en proposant ses oreillers à partir de 38€.


Informations pratiques

Retrouvez Luxiplume et Antonina Masero sur rendez-vous au 06 01 34 90 32 dans son atelier au Carburateur – 211 chemin de la Madrague-Ville, 13015 Marseille
Également le jeudi matin au marché Michelet et le vendredi matin au carré des artisans du marché du Prado

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