Retour sur la construction du tunnel Saint Laurent qui relie les deux rives du Vieux Port

© Facebook Vieux Marseille

Percé entre 1964 et 1967 sous la mandature de Gaston Defferre, le tunnel du Vieux Port permet de traverser ce dernier en passant sous la mer. Rien de bien extraordinaire au premier abord ? Détrompez-vous. Car la technique utilisée pour sa construction était nouvelle et innovante pour l’époque.

L’idée de construire un tunnel reliant les rives nord et sud du Vieux-Port apparaît dès le début des années 1960, période où les rues de Marseille sont de plus en plus embouteillées. Cette réalisation était alors vue comme un moyen d’éviter de passer par les quais du Vieux-Port pour aller vers le Nord et ainsi d’assurer une meilleure connexion entre les deux côtés de la ville.

La construction du tunnel s’est étalée sur 35 mois, entre 1964 et son inauguration le 17 décembre 1967. Les travaux ont été dirigés par Georges Lacroix, directeur général des services techniques de la Ville et ingénieur des ponts et chaussées. Dès le début, ce dernier a alerté la municipalité que le chantier serait d’une « ampleur jusqu’ici inconnue en site urbain », comme le montre la plaquette de l’époque publiée par Marsactu.

Le Vieux-Port avant le tunnel © Facebook Vieux Marseille

Une technique bien particulière

Le tunnel est en fait composé de deux tubes juxtaposés et séparés d’un intervalle d’un mètre, meilleure façon pour répondre aux contraintes techniques du site. Et pour gêner le moins possible la navigation dans le Vieux-Port pendant les travaux, Georges Lacroix décide de préfabriquer les ouvrages sous-marins dans le bassin de carénage. « Les installations de l’entreprise doivent se contenter d’espaces exigus, ce qui conduit à adopter une solution originale et à utiliser comme aire de travail et de préfabrication le fond du bassin de carénage préalablement asséché et aménagé », peut-on ainsi lire.

Le bassin de carénage a été utilisé comme aire de travail pendant les travaux du tunnel et a dû être vidé et asséché © Facebook Vieux Marseille

Chaque tunnel se compose de six caissons d’environ 45 mètres de long formant un alignement de 273 mètres une fois assemblés. Leur assemblage justement s’est fait par immersion dans une fouille préalablement draguée. Ils reposent sur des appuis constitués de poutres en béton légèrement armé, elles aussi préfabriquées. Chaque caisson a ensuite été joint à son ou ses voisins à l’aide de profilés en caoutchouc naturel en forme d’anneau assurant l’étanchéité de la réalisation. C’est l’un des premiers tunnels au monde à avoir été construit de cette façon.

Changement de paysage pour le bassin de Carénage

Le bassin de carénage a été créé en 1829 pour libérer de la place dans le Vieux-Port qui, à cette époque, accueillait les activités de construction et réparation de navires. La roche sous l’abbaye Saint-Victor a ainsi été creusée de sorte à obtenir ce bassin mitoyen dans lequel sont désormais pratiquées les activités dangereuses de l’activité du carénage, à savoir la série d’opérations de révision périodique de la coque d’un navire.

Le bassin de Carénage sur la gauche, avant le percement du boulevard Charles Livon © Facebook Vieux Marseille

La physionomie du bassin est modifiée à l’heure des travaux du tunnel du Vieux-Port. Car c’est au niveau du bassin de carénage que ce tunnel ressort à la surface. Pour ce faire, quelques immeubles ont dû être démolis et la taille du bassin de carénage réduite pour ménager la place des voies de raccordement. « Malgré cela, les caractéristiques de l’échangeur sont assez loin de celles que l’on réaliserait en rase campagne », précise le rapport de Georges Lacroix.

Voie de sortie du tunnel du Vieux-Port au niveau du bassin de Carénage.

Les liaisons ont été réalisées sans intersection pour une meilleure fluidité sur les voies. Pour cela, une voie intérieure, parcourue dans le sens des aiguilles d’une montre par les usagers venant du tunnel et se dirigeant vers le boulevard Charles Livon, a été aménagée. L’autre voie est, elle, extérieure et parcourue en sens inverse des aiguilles d’une montre par les usagers provenant du boulevard Charles Livon ou du quai de Rive Neuve et se dirigeant vers le tunnel.

En rouge : de la sortie du tunnel au boulevard Charles Livon, la circulation est sur voie intérieure et dans le sens des aiguilles d’une montre. En violet : du boulevard Charles Livon à l’entrée du tunnel, la circulation est sur voie extérieure et dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

À noter : dans la boucle située juste au-dessus du bassin de Carénage, des sardines ont été dessinées sur les carreaux du sol. Difficile de les voir depuis sa voiture, mais les images aériennes les montrent clairement. D’autres, plus petites, ont aussi été installées dans différentes rues de Marseille. Découvrez ce projet insolite dans notre reportage en cliquant ici.

Le banc de sardines vu par satellite, dessiné directement sur le sol, juste au-dessus du bassin de Carénage.

Le tunnel aujourd’hui

Bien qu’il soit communément appelé « Tunnel du Vieux-Port », l’ouvrage est officiellement baptisé « Tunnel Saint-Laurent ». Long de 600 mètres, il se compose donc de deux tunnels de circulation unidirectionnelle à deux fois deux voies. Son toit est séparé de la surface de la mer par sept mètres de fond pour éviter de gêner la circulation dans le Vieux-Port.

Avec d’autres tunnels réalisés par la suite, le Prado-Carénage mis en circulation en 1993, et le tunnel de la Major, en service depuis 2002, il fait partie d’un axe Nord-Sud reliant l’autoroute du Littoral (A55) et l’autoroute Est (A50).

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