Comment la Chambre des métiers incite les maires à booster l’artisanat de Provence

Valoriser l’artisanat, le fait local, inciter les maires à promouvoir les artisans dans leurs villes… C’est en quelques mots le résumé de la démarche entreprise par la Chambre des métiers et de l’artisanat PACA, avec un slogan déjà dans toutes les têtes « consommez local, consommez artisanal ».

À la veille de la ratification de la Charte de Proximité, entre la mairie d’Arles et la Chambre des métiers et de l’artisanat, rencontre avec Monique Cassar la vice-présidente en charge du département des Bouches-du-Rhône, au sujet de la mise en place de la « Charte de soutien à l’activité économique de proximité ».

Acte fort de la nouvelle mandature, débutée en janvier dernier, cette charte signée progressivement avec les communes du département des Bouches du Rhône, s’articule autour des 4 axes suivants :

  • Valoriser et faciliter « la transmission des savoir-faire »  de l’artisanat local, par l’utilisation de la pastille « consommez local, consommez artisanal »,
  • Renforcer l’activité l’artisanal par le biais d’une « maîtrise du coût du foncier », notamment de la part des mairies.
  • Favoriser le renouvellement des entreprises artisanales, par l’intermédiaire des services de la CMAR,
  • Les mairies doivent « soutenir la politique volontariste de la Chambre de métiers et de l’artisanat de région Provence-Alpes-Côte d’Azur».

Bonjour Monique Cassar. Après Cassis ou Tarascon, le 15 juin, vous signez une Charte de Proximité avec la ville d’Arles. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette fameuse charte et le rôle de la Chambre auprès des communes ?

Cette charte est véritablement la trajectoire de la mandature, dès le départ, nous avons décidé de travailler la proximité et le territoire. Ce n’est pas un vain mot, la proximité a été utilisée dans tous les discours, je l’ai entendu partout. Mais pour nous, ce n’est pas un élément de discours, mais un élément du réel. La charte représente un moyen de tisser un partenariat, dans lequel il y a un contenu décliné sous forme de quatre axes définis avec les communes.

« Les consommateurs en en ont marre d’être pris pour des objets de consommation »

Pouvez-vous nous expliquer, justement, ces quatre axes ?

Le premier repose sur l’argument « consommer local, consommer artisanal ». En fait, nous nous sommes dit que les artisans devaient vivre par et pour le local, c’est-à-dire grâce aux consom’acteurs. Les consommateurs locaux doivent aussi être les acteurs du maintien de l’artisanat sur le territoire. Je remarque de plus en plus, qu’ils en ont marre d’être pris pour des objets de consommation. Ils veulent avoir du lien, ils veulent avoir la maîtrise de ce qu’ils consomment, ils veulent avoir de la traçabilité. Nos artisans sont là pour faire ce lien et cette éducation là. Voilà ce qu’est le consom’acteur, j’aime beaucoup cette expression, car ça rend le citoyen responsable de son territoire. L’artisanat représente le lien, l’emploi non-délocalisable. Les élus locaux s’en sont bien rendu comptes, voilà pourquoi ils veulent signer cette Charte de proximité avec nous.

Le 2e axe comprend des actions à mener pour influencer le coût du foncier. L’artisanat n’a pas besoin de grosses surfaces, mais plutôt de petits commerces, des maintiens en termes de livraison, et en régulation de flux de clients… Il faut que les élus locaux aient conscience de toutes ces choses, et qui mieux que nous peut parler de cela ? Personne. Nous sommes très sensibles à cet aspect.

Le 3e étant d’encourager les entreprises artisanales, pour maintenir ce tissu, c’est avant tout le travail de la chambre par ses différents services proposés aux mairies et aux artisans.

Le 4e axe vise à maintenir la transition ou la transmission des entreprises artisanales,  pour ne pas casser cette dynamique, et pour éviter les fermetures d’entreprise et maintenir l’emploi sur le secteur. Avec ce partenariat, la commune s’engage à soutenir le consommer local et artisanal en s’appropriant le logo, en l’utilisant dans la communication et pour que l’ensemble des citoyens de la commune soient sensibles à ce partenariat.

« La charte expose le maire et le Conseil municipal » 

Qu’implique la Charte pour les mairies qui la signent ?

En la signant, la mairie s’engage vis-à-vis des artisans du secteur. Et, quand elle prendra une décision, j’espère qu’elle nous invitera autour de la table, pour que l’on puisse donner la parole à l’artisanat. Vous savez certaines décisions, qui ont été prises, ont eu des conséquences destructrices au niveau du maillage, pour éviter cela nous avons mis en place cette charte et institutionnalisé le principe des référents sur le territoire. Ces derniers doivent devenir les interlocuteurs incontournables des mairies, le plus important étant que les élus ne prennent plus les décisions tous seuls. Après les mairies ont pris conscience qu’elles devaient être actrices de l’économie locale. Pour cela, elles utilisent de plus en plus leurs droits de préemption, et font aussi de la cohérence dans l’installation de commerces en se disant qu’il ne faut pas mettre que des banques ou des boutiques de téléphonie…

La charte n’est-elle pas un moyen de mettre une certaine pression sur la mairie ? Dans le sens, où s’il ne se passe rien, les commerçants ou les citoyens peuvent demander des comptes, à la fin du mandat de l’élu.

C’est vrai, en sous-main cela expose le maire, et le Conseil municipal bien entendu. Après ce n’est pas le but. Les artisans sont conscients de leur place, ils veulent être des co-acteurs économiques. Ils veulent être entendus. Je pense que les élus locaux le savent, et qu’ils en ont surtout conscience. Ils se rendent compte qu’ils ne peuvent plus rien faire tous seuls, les moyens économiques ne sont plus ce qu’ils étaient, ils sont donc obligés de travailler avec les acteurs du territoire. La pression n’est pas vraiment ce que nous cherchons, mais plutôt le bien faire.

Dans la charte, vous parlez de « faciliter la promotion des savoir-faire artisanaux », comment envisagez-vous ça ?

Cela passe par le logo « consommez local, consommez artisanal », mais surtout nous devons le faire connaître. Pour en revenir à Arles, elle est une ville de culture qui ne doit pas pour autant devenir une ville musée. Car on sait très bien que ce genre de ville attire les foules que pendant un temps, les villes doivent vivre. Donc nous allons nous investir à travers les différents labels que sont « Villes et Métiers d’Art » et le « consommez local, consommez artisanal », pour faire connaître tous les savoir-faire artisanaux d’Arles. Notre travail est de le faire savoir, et de nous investir soit à travers les différents programmes  que j’ai cités, mais aussi avec la marque « Provence », dont nous sommes un partenaire incontournable. Nous devons les faire connaitre aux offices de tourisme, quelles soient locales, nationales et internationales. Nous devons être des partenaires dans les grands courants d’investissement qui se font à travers les marques et labels.

Vous plaidez pour la mise en place « d’une maitrise du coût foncier dans les mairies signataires. Mais aussi des modifications techniques liées à la réglementation ». Comment imaginez-vous les actions des municipalités ? 

Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a des réunions concernant les baux commerciaux, dans lesquelles nous sommes présents, et nous nous engageons. Ainsi, quand une mairie pour une raison quelconque souhaite augmenter les baux ou les charges, nous intervenons. Nous sommes là pour dire que la France est dans la queue de la crise économique qui a ébranlé le monde au début des années 2000. Malheureusement, les boutiques ne sont pas, toutes pleines de monde donc il faut savoir être raisonnable. De plus, les charges fixes ne doivent pas être un frein à la pérennisation de l’activité, et tout ça nous le disons aux mairies. Quand celles-ci préemptent des locaux, nous sommes là pour leur dire que les baux commerciaux doivent être accessibles.

Par exemple, à Arles, on sait bien que l’activité, des métiers d’art, n’est pas linéaire. Les charges fixes doivent devenir souples. En pensant, aux métiers d’arts, il faut aussi savoir créer des plateaux qui permettent à tous ses métiers d’art de vivre, cela peut passer par des boutiques éphémères. C’est à nous de faire le focus sur ce genre de questionnement, de proposition et nous devons interpeller la ville. De même, lors d’une réunion avec la CCM d’Arles. Des artisans et commerçants, dans une rue que la mairie souhaitait dédier aux métiers d’art, réclamaient une boulangerie. Nous sommes intervenus pour appuyer leur requête, car il faut un flux attaché aux commerces quotidiens. Pour que tout le monde vive, il faut un boulanger, un boucher… Ce sont des commerces attractifs et qui amènent tous les jours un certain nombre de personnes. Il n’y a que les artisans pour créer et savoir ça. Et si vous n’êtes pas artisans, vous ne vous rendez pas compte de ce qu’il faut, pour que l’ensemble du maillage commercial puisse continuer à vivre. Il faut donc manager le flux et les zones de livraison, dans les centres villes qui sont rendus piétons. Et peut-être rendre les artisans, coordinateurs, pour qu’ils embauchent un livreur. Ainsi, il va falloir profiter de tout ce qui se passe aujourd’hui sur l’ouverture, la libéralisation… pour mettre en place des moyens, et les artisans ont du mal à se réunir et le faire parvenir donc nous sommes là pour le faire parvenir.

Les mairies devront-elles mettre à disposition des locaux ou des financements aux artisans ?

On le sait aujourd’hui les moyens des mairies sont relativement réduits, mais avec les droits de préemption, il est possible de mettre des locaux à disposition des artisans. Tout simplement, car certains artisans font l’attractivité touristique dans certaines villes du département, mais aussi parce que l’artisanat permet au centre-ville de pouvoir vivre, et être dynamique. Les mairies se rendent compte que pour attirer une certaine consommation, il va falloir mixer les acteurs. Maintenant, les municipalités préemptent, mais elles se demandent surtout quel genre de commerces, elles vont devoir mettre dans ces locaux, et bien souvent la CMAR devient conseillère. Les villes peuvent aussi mettre en place des zones d’activité et des lots accessibles. Les mairies ont conscience de ne plus être les seuls investisseurs. Elles doivent investir intelligemment, vous savez quand on a moins de moyens, on devient intelligent.

« avec Marseille il faut une vraie concertation sur du dur, du hard »

Concernant la charte, avez-vous des objectifs en nombre de signatures?

Non n’avons pas d’objectif précis. Au rythme de deux signatures par mois, nous sommes complet jusqu’en juillet 2018. On en a signé six depuis avril, il y a actuellement 35 demandes de signature déjà entérinées, pour lesquelles nous prenons date au fur et à mesure. Je pense que cinq ans ne suffiront pas pour signer toutes les chartes dans le département.

Avez-vous des contacts avec la ville de Marseille pour une possible ratification de la charte ?

Bien sûr, nous avons eu des contacts, mais les législatives ont un peu bloqué toutes les démarches. Toutefois, nous espérons signer très rapidement, sans doute après l’été. On espère que les chartes de proximité que l’on signera avec la ville de Marseille et ses mairies d’arrondissement seront des prétextes pour entériner véritablement une vraie concertation sur du dur, du hard. Parce que pour le moment on reste sur du soft. Cela passe bien souvent par l’animation de quartiers, ce qui est bien, on va sans doute travailler avec Terre de Commerces, et les associations de commerçants, mais on est vraiment en alerte sur ce qu’il reste à faire pour ne pas travailler seulement sur du saupoudrage.

Quand on voit que certains quartiers sont carrément fermés. On appelle ça des verrues, c’est-à-dire lorsque tous les rideaux sont fermés. Le problème étant que cela continue de façon systématique, on ne peut pas fermer tous les commerces de rues entières. Aujourd’hui, il faut avoir une vraie stratégie de fond, et nous devons impérativement nous investir avec la mairie de Marseille de façon importante. Mais il me semble que c’est aussi le discours de la CCI Marseille Provence. Il est primordial de prendre le taureau par les cornes, même si l’argent va être compliqué à trouver, voilà pourquoi nous nous activons au niveau de la métropole.

Qu’en est-il des discussions avec la métropole ?

Nous devrions signer une convention dans peu de temps, et nous sommes investis dans tous les comités pour pouvoir intervenir au niveau de l’artisanat. Pour le moment, il y a encore du travail pour définir le cadre de cette convention. Nous ne pouvons pas en dire plus, si ce n’est que se sera bien plus complexe que les chartes de proximité.

Choisissez-vous les villes ?

Je ne vais pas dire que nous choisissons nos villes, nous n’en oublions aucune. Elles ont toutes été contactées. Après nous faisons un maillage, pour rendre cohérentes les signatures de charte. Nous avons signé avec Tarascon, Port-de-Bouc, nous allons signer avec Arles. Nous voulons que ce soit cohérent, sur un secteur nous avons dressé tout un ensemble de partenariats avec les signatures de charte qui nous permettent de pouvoir travailler et rendre le tissu économique beaucoup plus resserré. Avec peu faisons grand, mais quand on fait grand, il faut avoir une certaine trajectoire.

Après les six premiers mois de mandature, quel bilan tirez-vous ?

Depuis janvier, nous avons signé 5 chartes, rencontré pas mal de maires… Nous serons certainement les seuls en France à avoir cette proximité avec les artisans. Je vais vous dire quelque chosee, nous sommes les seuls à avoir rencontré depuis le début des signatures de charte plus de 120 artisans. Il ne faut pas perdre de vue, qu’au travers des six territoires de la CMAR, nous réalisons tous, le même travail, je ne pense pas qu’en France, il y ait un tel résultat. De plus, nous sommes plutôt fiers que notre idée, des chartes de proximité, soit bientôt reprise au niveau national, pour être étendue à l’ensemble du territoire.

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