Sarah Soilihi « Mélenchon est ici pour nous aider, nous, les nouvelles générations »

Porte parole de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle, Sarah Soilihi est aujourd’hui candidate (FI) dans la 3e circonscription des Bouches du Rhône. Elle se livre sur ce sujet ainsi que sur les raisons du « parachutage » du leader de la France Insoumise à Marseille.

Sarah Soilihi revient également sur ses débuts en politique, au Parti socialiste avec Patrick Mennucci et Christophe Castaner, avant de rejoindre le mouvement de la France Insoumise, ainsi que sur les axes prioritaires de sa campagne et la situation des quartiers difficiles de cette 3e circonscription qui regroupe la majeure partie des 13e et 14e arrondissements de la ville.


sarah-soilihiMade in Marseille – Bonjour Sarah Soilihi. Vous avez commencé au Parti socialiste à 18 ans, participé à la liste de Patrick Mennucci aux municipales de 2014 puis géré la campagne aux élections régionales de Christophe Castaner en 2015. Alors au final qu’est-ce qui vous a amené vers la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon ? Pourquoi avoir rompu avec le PS ?

Sarah SoilihiJe n’ai pas rompu avec ma colonne vertébrale de gauche, c’est juste que, pendant quatre ans et demi, je n’ai cessé de manifester contre mon propre parti et mon propre gouvernement. Contre la loi El Khomri, la loi Macron, la déchéance de nationalité… Donc, je ne me voyais pas avoir manifesté pendant quatre ans, gueulé contre un gouvernement et un parti et continuer à être dans ce parti. À un moment, il faut avoir un peu de cohérence.

Du coup, par cohérence justement, je suis allée vers le mouvement de la France Insoumise et vers les personnes qui étaient des nouveaux insoumis, les mêmes que je retrouvais pendant les manifestations et avec qui j’avais créé des liens. La France Insoumise n’existait pas encore, mais ces personnes étaient déjà à mes côtés.

Quand j’ai su que ce mouvement se créait pendant la présidentielle, j’ai tout de suite dit à l’aile gauche que je représentais dans le Parti socialiste et à Marie-Noëlle Lienemann, que je ne souhaitais pas être sa porte-parole pour les primaires parce que je ne voyais pas l’intérêt de continuer au Parti Socialiste, toujours par cohérence. Elle a accepté et j’ai rejoint la France Insoumise comme ça.

« Christophe Castaner m’avait proposé de rejoindre Emmanuel Macron. Je lui ai bien évidemment dit non : je ne peux pas d’un côté manifester et de l’autre aller avec Emmanuel Macron. »

Quel souvenir gardez-vous de Christophe Castaner, aujourd’hui porte-parole du gouvernement d’Emmanuel Macron ?

On a toujours gardé de bonnes relations. Certes j’ai été porte-parole de toute la liste socialiste pendant la campagne régionale, mais c’est mon mouvement, l’aile gauche du Parti socialiste, qui voulait vraiment que je sois dans cette liste. On m’a demandé d’être porte-parole pour vraiment porter la parole de cette aile gauche qui était oubliée et qui manifestait, car Castaner est plus dans l’aile droite. Ça a été un rapporteur, il a été avec Macron, avec Valls, il ne manifestait pas, il était pour le gouvernement, moi j’étais contre. Mais à un moment, on est une liste d’un même parti avec toutes les nuances.

Ensuite, on a continué à se parler. Il m’a même proposé de rejoindre Emmanuel Macron, avant qu’Emmanuel Macron ne démissionne de son ministère, donc je sentais qu’il allait y avoir anguille sous roche. Et je lui ai bien évidemment dit non, parce que je ne peux pas d’un côté manifester et de l’autre aller avec Emmanuel Macron. Personnellement, je n’aurais pas pu me regarder dans un miroir car si je fais de la politique, c’est vraiment par conviction. Il était impossible pour moi de les rejoindre, donc j’ai dit non à Christophe Castaner et à l’équipe d’Emmanuel Macron.

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Et l’idée de vous présenter comme députée vous trotte dans la tête depuis longtemps ?

Non, pas du tout. Quand j’ai commencé à être militante, je ne pensais pas forcément à être sur une liste ou à être élue, c’était vraiment par conviction. J’avais envie de m’impliquer dans la société, même si je le faisais déjà à travers d’associations. À un moment, je me suis dit qu’avec la politique, vous pouvez vraiment, entre guillemets, influencer la vie des gens. Au fur et à mesure, il y a eu des élections et aujourd’hui je suis amenée aux élections législatives.

« Si Jean-Luc Mélenchon vient aujourd’hui dans une ville et une circonscription très difficiles, c’est pour faire en sorte que des personnes comme moi puissent accéder à la représentativité de la nation. »


Quelle relation entretenez-vous avec Jean-Luc Mélenchon ?

Une très très bonne relation. On est très complices même si je ne le connais pas depuis très longtemps. La première fois que je l’ai vu, j’avais l’image que les médias donnent de lui sur internet, les réseaux sociaux et la télé et, en fait, dès nos premiers échanges, c’est lui qui a eu « une petite crainte » vis-à-vis de moi car je fais de la boxe et du karaté. C’était marrant tout d’un coup d’avoir une situation inverse.

Jean-Luc Mélenchon m’a tout de suite prise sous son aile, il m’a dit que ma candidature et le fait qu’il veuille que je sois sa porte-parole nationale c’était aussi un message fort adressé aux nouvelles générations. Car lui est un enfant immigré, moi je suis une fille issue de l’immigration puisque mes parents sont immigrés, donc il m’a dit que nous, ces enfant de première, deuxième ou troisième génération d’immigrés, on avait une force par nos origines qui nous permettait d’encaisser plus que les autres. Il a vu cet esprit de combattante en moi.

S’il vient aujourd’hui sur Marseille et s’embête à être dans une ville et une circonscription très difficiles, c’est pour faire en sorte que des personnes comme moi puissent accéder à la représentativité de la nation. S’il est là aujourd’hui, c’est pour aider ces nouvelles générations, dont moi. Donc il ne faut pas oublier que s’il est à Marseille, ce n’est pas un sacrifice dans le sens où il aime Marseille, mais je veux dire qu’il aurait pu rester dans une circonscription toute tranquille à Paris, mais il voulait venir à Marseille pour m’aider et nous aider, nous, les nouvelles générations, en qui il croit.

Sarah Soilihi aux côtés de Jean-Luc Mélenchon lors de son déplacement à Marseille le 8 mars 2017.
Sarah Soilihi aux côtés de Jean-Luc Mélenchon lors de son déplacement à Marseille le 8 mars 2017.

Vous donne-t-il un chemin à suivre pour cette campagne des législatives, en tant que leader de La France Insoumise, ou vous laisse-t-il le choix de mener votre propre campagne ?

Déjà pendant la campagne présidentielle où j’ai été sa porte-parole nationale, je disais ce que je voulais. Il ne m’a jamais dit « Tu dis ça » ou bien « Tu dis ça ». Parfois je disais ce que je pensais moi alors qu’en tant que porte-parole on a la parole de tous les insoumis. Il ne m’a jamais imposée ou dirigée vers quelque part, il m’a juste donné des conseils, par exemple pour pouvoir s’exprimer devant un public. Il me disait que je m’exprimais bien, mais qu’il fallait faire attention, que je ne crie pas trop fort, etc. Vraiment des conseils et des conseils politiques, car il sait que c’est un monde de requins et il me protège vis-à-vis de ça. Il a vraiment un esprit protecteur.

Que pensez-vous d’ailleurs de son choix à lui de s’afficher dans une circonscription où le FN n’existe pas. N’aurait-il pas dû essayer de briguer la 1e circonscription qui a massivement voté FN aux présidentielles ? Il laisse là l’occasion de laisser un siège de député à un élu FN, pour sans doute ce qui est une revanche personnelle contre le PS, mais qui n’est pas forcément dans l’intérêt des Français…

Non parce que je pense que, dans la 1e circonscription comme dans la mienne, les gens n’auraient pas compris s’il était venu, par exemple, me remplacer, même si j’aurais accepté avec grand plaisir. Dans le sens où ils se seraient dit « Encore une fois, c’est jamais la bonne personne qui peut battre le FN alors que cette personne est du secteur et a travaillé pour ». Donc il y aurait eu une partie de la population qui n’aurait pas compris pourquoi il n’y aurait que Jean-Luc Mélenchon qui peut battre le FN dans les quartiers où Sarah Soihili a grandi.

Il y a aussi une partie de la population qui pense qu’il ne faut pas faire la même erreur qu’en 2012, c’est-à-dire aller dans un bastion du FN et avoir toute la droite et la gauche contre Jean-Luc Mélenchon. Car à chaque fois qu’il va dans une circonscription, il y a un effet anti-Mélenchon. Donc, pour lui, c’était plus dur de gagner dans une circonscription à la place d’un candidat issu de ce secteur, dans la mienne comme dans une autre.

En terme de bataille avec le FN, vous êtes opposée à Stéphane Ravier, maire FN des 13e et 14e arrondissements, sur un territoire où le FN a d’ailleurs fait de très bons scores aux deux tours de l’élection présidentielle. Jean-Luc Mélenchon aussi, mais pensez-vous que cet engouement pour La France Insoumise sera suffisant pour vous faire gagner ?

C’est ce qu’on essaye de faire au quotidien, dans le sens où on n’a pas déserté le terrain depuis un an. Même entre les deux tours j’étais sur le terrain avec mes camarades pour leur dire vraiment « Pas une voix pour le FN ». Quand on va faire le porte-à-porte, les sorties de métro ou voir des personnes qui ont voté Jean-Luc Mélenchon au premier tour, on voit qu’ils sont tout aussi dynamiques et volontaires que nous et que l’espoir n’est pas mort, même après la défaite de la présidentielle. Il y a vraiment un espoir qui a été créé et un engouement pour la suite que l’on essaye de garder, ce qui nous permettra ensuite d’agrandir cette flamme qu’on a allumée.

« J’ai vraiment envie de nettoyer un peu la politique marseillaise dans cette 3e circonscription en permettant aux gens de faire une proposition de révocation d’un élu selon certains critères »

Cette 3e circonscription, vous la connaissez bien pour avoir grandi à Frais Vallon (13e). Qu’est-ce qui est indispensable de changer selon vous pour améliorer la situation de ce territoire ? En d’autres termes, que comptez-vous défendre au national pour cette circonscription ?

Il y a plusieurs axes que je vais défendre : tout d’abord, une des propositions qu’on avait faite avec la France Insoumise, qui était la révocation des élus. Car aujourd’hui, dans ma circonscription, beaucoup de personnes ne votent pas. Il y a un fort taux d’abstention car la population ne croit plus en la politique et en les politiciens car ils les ont trahis : soit les promesses qu’ils ont tenues ne sont pas respectées, soit ils détournent de l’argent public, soit ils emploient leur famille, etc. L’éthique en politique est vraiment inexistante ici.

Donc, j’ai vraiment envie de nettoyer un peu la politique marseillaise dans cette circonscription en permettant aux gens de faire une proposition de révocation d’un élu, que cet élu soit révoqué et qu’on fasse de nouvelles élections. Si on ne fait pas les choses pour lesquelles on a été élu, c’est normal qu’on soit remplacé par quelqu’un qui pourra peut-être faire ce qu’il a promis.

On est aussi contre le cumul des mandats. On voit bien Monsieur Stéphane Ravier qui cumule 40 000 mandats alors qu’il a toujours revendiqué le non-cumul des mandats, c’est un peu contradictoire avec ce qu’il a dit. Encore une fois, ça prouve qu’on ne peut pas avoir confiance en ces politiciens.

Et en termes d’emploi, que comptez-vous défendre ?

Le chômage est aujourd’hui un des cœurs de thématique que je défends. Je veux vraiment essayer de réimplanter des entreprises et mettre un peu plus d’économie dans cette circonscription qui est riche en jeunesse, en terrains. Cette circonscription a tout pour plaire aux investisseurs, mais aujourd’hui, il n’y a pas grand monde qui la valorise.

La sécurité aussi est une des thématiques principales : je veux vraiment qu’il y ait plus de police de proximité ici. Je vais réellement essayer de mener plusieurs combats, comme celui de la jeunesse. J’ai vraiment envie par ma candidature, de montrer que malgré les difficultés, on peut quand même réussir et accéder à tous nos rêves !

« On se focalise tous sur le cannabis ou sur sa légalisation. Mais même si on enlève le cannabis, la structure et les réseaux resteront là. Si ce n’est pas le cannabis, ils prendront autre chose qui est illégal ! C’est cette structure du marché illégal qu’il faut détruire de l’intérieur. »

Dans cette 3e circonscription, on trouve de nombreux quartiers en difficulté ainsi que des cités où le trafic de drogue est présent. Jean-Luc Mélenchon s’est positionné en faveur de sa légalisation et de son encadrement pendant la campagne présidentielle. Quelle est votre position personnelle sur ce sujet ?

J’ai été en accord avec beaucoup de propositions de la France Insoumise, mais pour la légalisation du cannabis, je n’ai pas été convaincue et je ne le suis toujours pas. J’émets beaucoup de réserves pour l’instant dans le sens où je sais ce que c’est. Je vis au quotidien avec des personnes autour de moi qui sont dans ce trafic, qui consomment ou qui vendent, certaines étaient parfois dans les mêmes centres sociaux que moi ou dans les mêmes clubs. J’ai vu ce que ça pouvait faire : je connais aussi des personnes qui, malheureusement, sont mortes de ce trafic-là. Je pense que ce n’est pas en légalisant qu’on va régler le problème.

Déjà il y a un problème évident de santé publique qui pour l’instant n’est pas réglé. Je me dis que je ne veux pas qu’on m’impose d’inhaler du cannabis alors que je n’en ai pas envie, comme ce serait le cas, par exemple, dans un concert en plein air si le cannabis est légalisé. Ensuite il y a beaucoup de villes ou de pays qui ont fait cette légalisation et qui sont revenus en arrière car ils ont vu que ce n’était pas la solution.

Aussi, on se focalise tous sur le cannabis ou sur cette légalisation-là. Mais moi qui connais vraiment cette problématique-là, je sais qu’à partir du moment où il y a la structure de l’entreprise de trafic, qu’ils vendent du cannabis ou de l’héroïne, ça ne change rien pour eux. Même si on enlève le cannabis, la structure, le chef, le sous-chef, les réseaux resteront là. Si ce n’est pas le cannabis, ils prendront autre chose qui est illégal ! C’est cette structure du marché illégal qu’il faut détruire de l’intérieur.

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Comment faire alors pour détruire cette structure du marché illégal ?

En détruisant les différents échelons, ce que fait la police au quotidien avec les juges. Mais il y a un manque, vraiment, de policiers qui sont spécialisés et qui ne font que ça. Du coup, à chaque fois qu’ils démantèlent quelque chose, c’est parfois qu’une petite partie, que le bas de l’échelle malheureusement, qui est facilement remplaçable. Ils n’ont pas le temps parfois d’aller jusqu’au bout de l’affaire parce qu’ils sont pris par l’argent, par le temps, par le manque de moyens et derrière la justice a des dossiers en cours et n’a pas le temps de les traiter. Elle va le faire, mais il y a tellement une montagne de dossiers avant, donc le temps d’arriver à ce dossier-là… Je suis juriste, donc je sais ce que c’est.

C’est comme pour le terrorisme. La police fait bien son travail en France. Elle renvoie à la justice des personnes qui sont potentiellement dangereuses, mais le temps que le juge arrive à ce dossier-là, parfois il y a des catastrophes qui arrivent. Et comme on le voit dans les médias, à chaque fois cette personne-là était surveillée mais, par manque de moyens, le juge n’a pas eu le temps de s’occuper de son dossier avant que la catastrophe n’arrive. Donc il faut vraiment renforcer ces moyens-là pour détruire de l’intérieur ces systèmes.

« C’est comme pour le terrorisme. La police fait bien son travail en France. Elle renvoie à la justice des personnes qui sont potentiellement dangereuses, mais le temps que le juge arrive à ce dossier-là, parfois il y a des catastrophes qui arrivent. »

Après une candidature aux municipales, aux régionales, la campagne présidentielle aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et maintenant les législatives, on peut dire que vous prenez goût aux élections. Alors, est-ce qu’on peut envisager dans quelques années que vous soyez à la tête de vos arrondissements pour remplacer Stéphane Ravier, ou même plus haut, un jour à la tête de la ville ?

Je ne suis pas quelqu’un qui regarde sur le long terme. Et surtout, je suis contre le cumul de mandats. Là, mon souhait, et je me bats pour, c’est être députée. C’est un rêve aussi en tant que juriste et en tant que doctorante. Je fais actuellement une thèse sur la cybercriminalité et, dedans, je propose de nouvelles lois. Me dire que je pourrais proposer cette loi et aller jusqu’au bout de ma thèse en la proposant à l’Assemblée nationale, c’est un rêve. Donc je ne vois pas plus loin pour le moment, mais bien évidemment que je serai toujours aux côtés des habitants de ma circonscription à l’avenir. Je serai toujours là pour les représenter, que je sois ou non élue députée.

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