Mieux comprendre le harcèlement en entreprise par l’humour

Marie-Aurélie Druminy nous livre, avec humour et exigence, un texte qui explique comment repérer le harcèlement en entreprise et comment le différencier d’autres souffrances au travail.

Retrouvez tous nos articles sur harcèlement en entreprise dans notre dossier spécial.

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Marie-Aurélie Druminy est psychologue clinicienne, titulaire d’un Master Professionnel en Psychologie Clinique et Psychopathologie obtenu à l’Université d’Aix-Marseille. Elle réalise des audits et enquêtes autour des problématiques de souffrance au travail et de harcèlement dans les entreprises avec son cabinet HACOR.


Nous avons souvent tendance à simplifier le processus de harcèlement en mettant d’un côté le gentil (la victime) et d’un côté le méchant (le harceleur). Un peu comme si c’était une affaire privée ne nous concernant pas.

Erreur.

Le harcèlement, c’est une affaire collective qui concerne certes le harceleur et sa victime mais aussi, et surtout, tous les témoins.

Entendons-nous bien, l’idée n’est pas de vous faire culpabiliser parce que si votre collègue Georgette a quitté la boite pour dépression suite au harcèlement qu’elle a subi par Norbert de la compta, c’est de votre faute. Mais un peu quand-même. Le harcèlement, ça se voit, presque toujours, pour peu qu’on ouvre les yeux.

Le harcèlement

L’idée à retenir, est qu’il vise l’autodestruction d’un individu en entretenant chez lui un état de terreur au moyen de pressions réitérées, dans la durée.

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Le harcèlement « vise à l’autodestruction d’un individu » © DR

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Premièrement, l’objectif du harceleur est de détruire sa victime, ce qui est, avouons-le, un chouia violent. Au regard de la loi pénale, cette démarche doit être « nécessairement intentionnelle ». En gros, on ne harcèle pas quelqu’un sans faire exprès.

Deuxièmement, cette destruction passe par le maintien d’un état de terreur par pressions réitérées dans la durée. Ce n’est pas parce que votre patron vous a hurlé dessus une fois pendant une réunion qu’il vous harcèle. Même s’il a crié très fort. Même si vous en n’avez pas dormi pendant 3 jours. Le harceleur ne vous noie pas en une fois en vous lestant les pieds mais vous plonge la tête sous l’eau, la ressort le temps d’une respiration, la replonge, la ressort etc… jusqu’à ce, épuisé, vous arrêtiez de vous débattre.

  • Le harcèlement n’est pas un conflit

Un conflit, c’est symétrique, le harcèlement, ça ne l’est pas. Cette différence est très importante parce qu’elle conditionne les réactions possibles de l’entourage. En tant que collègue, face à un conflit, vous pouvez prendre partie, tenter de raisonner, jouer le médiateur ou estimer que ça n’est pas votre problème. Face à une situation de harcèlement, il n’est pas question de raisonner ou de proposer une médiation.

  • Un type de management dysfonctionnel ne signifie pas que le manager est harceleur

Oui, il est possible que votre patron ne soit pas clair dans ses attentes, se contredise toutes les deux heures, vous parle comme si vous étiez débile ou n’en foute pas une, planqué dans son bureau, pendant que vous trimez comme un/une dingue. Il est possible que ça vous rende malade, que vous trouviez ça injuste et que vous passiez vos soirées à vous en plaindre à votre conjoint, vos amis ou votre chat. Est-ce que ça veut dire que votre patron est un harceleur ? Non, ça veut juste dire que c’est un mauvais patron.

Attention, un mauvais patron, ou un type de management dysfonctionnant, peut conduire à une situation de harcèlement. Mais parfois, souvent, il s’agit simplement d’un type de management inapproprié. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas grave, bien au contraire : un management inapproprié ou dysfonctionnant peut largement générer souffrance au travail et burn out, mais ça veut dire que c’est l’organisation du travail qui dysfonctionne et que c’est vers elle qu’il faut se tourner pour trouver des réponses et apporter des solutions.

  • Burn-out et souffrance au travail ne découlent pas forcément d’une situation de harcèlement

C’est probablement la notion la plus difficile à faire entendre à une personne en souffrance, et c’est bien normal. Quand la différence entre souffrance au travail, management dysfonctionnel et harcèlement n’est pas claire, les réponses apportées à la personne en souffrance sont bien souvent inadaptées, voire même contre productive, d’où l’importance de bien comprendre ce qu’est le harcèlement et surtout, comment le repérer et comment intervenir.

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Repérer et différencier la souffrance, le conflit, le harcèlement © DR

Il est d’autant plus important d’apprendre à repérer les signes d’un harcèlement que la personne harcelée n’est souvent pas en mesure d’alerter elle-même les personnes pouvant l’aider, un peu comme une femme battue qui n’arriverait pas à quitter son conjoint violent sans l’aide d’une association.

Le harcèlement, repérer, agir, prévenir

En tant que collègue, quels sont les signes qui doivent m’alerter ?

  • Mon collègue a des problèmes relationnels : il est mis à l’écart du reste du groupe, parfois même placé dans un bureau à un autre étage, on lui coupe la parole en réunion, on l’ignore ou on lui crie régulièrement dessus, on fait courir des rumeurs à son sujet, on le disqualifie, on le culpabilise…
  • Mon collègue est empêché de travailler correctement : il ne reçoit pas les informations ou alors trop tard, n’est pas convié aux réunions, ne dispose pas des mêmes conditions matérielles que le reste de l’équipe, est privée de toute autonomie, est critiqué dans son travail de façon disproportionnée, hérite des taches ingrates, se voit fixer des objectifs hors d’atteinte ou subit des pressions pour ne pas faire valoir ses droits (congés, pauses etc…)
  • Mon collègue est atteint dans sa dignité : il est régulièrement moqué, il fait l’objet de gestes de mépris, est discrédité, sa vie privée est divulguée et jugée, il est injurié, sa vie personnelle n’est pas respectée (appel le soir ou pendant les vacances), les conversations cessent lorsqu’il rentre dans une pièce, on ne tient pas compte de ses problèmes de santé…
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Il est important de savoir repérer un collègue en souffrance © DR

De manière plus générale, dès lors que vous observez qu’un de vos collègues est mis à l’écart, que son attitude change, que son aspect physique change également (ex : perte ou prise de poids), qu’il se plaint régulièrement de troubles somatiques (mal au dos, insomnies, céphalées), il devient triste ou agressif, il faut s’inquiéter.

Mon collègue est victime de harcèlement, que faire ?

Une personne victime de harcèlement est une personne en grande souffrance et en grande fragilité. Attention, je ne dis pas qu’elle est, par essence, fragile, mais plutôt que le harcèlement a fait son travail et que chaque coup a fragilisé l’ensemble.

Il n’y a rien de pire que le jugement déguisé en conseil, le fameux yakafokon. Vous pensez bien que si la personne était en capacité de dire stop, elle l’aurait fait il y a longtemps.

Lorsque je forme du personnel au harcèlement, j’aime faire le parallèle avec les femmes battues. Le procédé est exactement le même et il permet de mieux comprendre.

A l’instar d’une femme battue, une personne victime de harcèlement est sous l’emprise du harceleur. Dans certains cas graves, la victime n’a même pas conscience de se faire harceler. Son intégrité a tellement été attaquée que la victime pense que ce qui lui arrive est normal.

  • Ne pas fermer les yeux. En tant que collègue, la première étape est de ne pas céder à la tyrannie du harceleur : refuser par exemple d’exclure la victime d’un processus de décision ou encore montrer que les moqueries dont la personne harcelée est victime n’ont pas leurs places dans un contexte professionnel.
  • Revaloriser la victime pour lui donner la force d’en parler à une personne compétente.
  • Entendre sa souffrance.
  • Ne surtout pas jouer aux héros en proposant une médiation ou en entrainant la victime dans des démarches juridiques ou administratives non maitrisées. Le harcèlement est un mécanisme puissant qui ne doit pas être traité à la légère et sous le coup de l’émotion. Il est plus sage de passer le relai à une personne compétente et formée, comme les délégués du personnel, les RH ou la médecine du travail. En cas de doute, vous pouvez consulter un psychologue spécialisé qui pourra vous guider. Si ces acteurs sont défaillants, ce qui arrive parfois, vous pouvez alerter l’inspection du travail ou encore un conseil extérieur.

Je suis chef d’entreprise et je veux prévenir le harcèlement, que faire ?

Retrouvez les conseils de Marie-Aurélie Druminy dans cet article.

L’enjeu, en matière de harcèlement en entreprise, est bien de former et informer les directions et les salariés. »

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