Quel avenir pour les Calanques face à la pollution industrielle du passé ?

Terre d’accueil d’une vingtaine d’usines entre le 19e et le 20e siècle, le littoral sud de Marseille, de Saména jusqu’à Callelongue, est encore aujourd’hui pollué par des métaux lourds issus de cette activité passée. Des stigmates, dangereux pour l’environnement et la santé des habitants, que les institutions souhaitent supprimer.

Face à un tel décor de carte postale, difficile d’imaginer que les calanques aient pu être, pendant près de 200 ans, le lieu où se sont établis différents sites industriels. À partir de 1810, date à laquelle la première usine s’est installée à Saména, pour fabriquer la soude indispensable à la production du Savon de Marseille, l’activité n’a pas cessé jusqu’en 2009, lorsque l’usine de Legré-Mante ferme ses portes à la Madrague de Montredon.

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Les calanques en 1950 © Collection Raveux et Daumalin

Reléguées à des endroits isolés pour éviter d’imposer les nuisances industrielles aux populations, la zone des calanques s’est révélée la plus adéquate pour accueillir les usines. Si la soude et le plomb ont été les activités les plus importantes, le soufre, le calcaire et le verre ont également été exploités. Des usines qui ont disparu pour la grande majorité depuis bien longtemps, mais qui ont laissé derrière elles des traces invisibles pour un œil non aguerri. Pour autant, lorsque l’on est averti, il est possible de se rendre compte des vestiges pollués qui jonchent 29 hectares de littoral entre l’ancienne usine de plomb de l’Escalette et la calanque de Callelongue.

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Quelle pollution et quel danger dans les Calanques ?

La pollution qui stagne depuis des années dans les calanques est une « pollution classique avec des métaux lourds issus de rejets industriels qui ont été sédimentés », explique Didier Réault, adjoint au maire délégué à la mer et au littoral. Plus concrètement, une partie est visible puisque les terres qui ont accueilli ces industries sont reconnaissables dans leur aspect, composées de scories de couleur sombre. Une autre partie est, elle, au contraire invisible : « Dans les sols et dans les eaux du rivage, on a des traces de pollution au plomb et à l’arsenic encore mesurables aujourd’hui. Les végétaux sont également contaminés », nous confiait Xavier Daumalin, professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Aix-Marseille et membre de l’Unité Mixte de Recherche TELEMME.

Baignade, cueillette, pêche sont fortement déconseillées dans ces zones, voire même interdites par exemple à Saména, annoncé par un panneau qui a été plusieurs fois arraché et remis. Même si certains locaux sont au courant de la situation, tous ne semblent pas sensibilisés sur la question et continuent d’y exercer ces activités.

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En raison de la pollution qui s’y trouve, la baignade, la cueillette et la pêche sont des activités interdites à la calanque de Saména.

Différentes solutions envisagées

Dans le cadre du projet de dépollution, différentes options sont envisagées par la Mairie en fonction de la superficie et des particularités des sites. « Soit on couvre les scories de façon à ce qu’elles ne bougent plus, soit on gratte pour mettre cette pollution dans des décharges », précise Didier Réault. Le premier cas serait le mieux adapté pour les dépôts très importants et le deuxième lorsqu’ils sont de moins de 800 m3.

D’autres hypothèses entrent aussi dans les réflexions confie l’élu, comme par exemple la mise en place de plantations de plantes dépolluantes. Une solution qui reste « marginale » et qui n’est pas forcément adaptée lorsque les dépôts sont importants. Quant au périmètre de la zone de dépollution, c’est à l’ADEME (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), en charge des études de dépollution, de la définir en prenant en compte aussi bien le bord de mer que les collines.

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Autrefois, une usine de soude se trouvait dans la calanque de Callelongue.

3 millions d’euros engagés pour la dépollution du littoral sud

Hormis pour le site de Legré-Mante, les bâtiments des usines ont disparu et leurs propriétaires sont partis. La règle du « pollueur-payeur » ne peut donc s’appliquer dans ces cas-là. « L’état avait décidé de mettre trois millions d’euros pour engager les dépollutions sur le littoral sud, qui ont ensuite fondu à un million d’euros. La Ville de Marseille et le Département des Bouches-du-Rhône ont compensé en mettant chacun eux aussi un million d’euros », souligne Didier Réault.

Une décision qui remonte à 2013 et dont les travaux de dépollution devait être menés par la suite pour se finir normalement en 2017. Un calendrier qui a pris du retard puisque l’ADEME va proposer des solutions « en fonction des coûts dans les semaines à venir ». Une dépollution qui va certainement dépasser les trois millions d’euros selon Didier Réault, qui confie que les collectivités « aviseront » si tel est le cas.

Et les boues rouges alors ?

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