Rencontre avec Tatou dit Moussu T, fondateur des Massilia Sound System

Rencontre avec Tatou dit Moussu T, fondateur des Massilia Sound System

Après Gari Greù, rencontre avec l’un des autres membres des Massilia Sound System : Tatou. En plus d’en être chanteur, il en a été le fondateur en 1984 avant de réitérer la chose en formant, 20 ans plus tard, le groupe de blues « Moussu T e lei Jovents ».

Si le groupe aussi mythique que populaire Massilia Sound System a vu le jour, c’est grâce à cet homme, François Ridel, plus connu sous les surnoms de Tatou ou Moussu T. S’il chante aujourd’hui en provençal, la région marseillaise n’est pourtant pas celle qui l’a vu naître puisqu’il est originaire de Paris. Pour autant, c’est bien de la Provence et de ses habitants qu’il a tiré et qu’il continue de prendre son inspiration pour ses musiques.

En parallèle de l’aventure Massilia, c’est dans un autre groupe que Tatou est impliqué depuis plus de 10 ans. « Moussu T e lei Jovents » de son nom, dont les sons penchent vers le blues quand Massilia tend vers le reggae. Deux styles de musiques à la fois proches et différents qui permettent à l’artiste de ne jamais s’ennuyer et qui sont représentatifs, autant l’un que l’autre, de sa personnalité.


tatou-moussu-T-chanteur-marseillaisMade in Marseille – Bonjour Tatou. Vous êtes l’un des membres fondateurs des Massilia Sound System en 1984. Qu’est-ce qui vous a amené à créer ce groupe ?

Tatou – Je me considère plus comme le lanceur que le fondateur. Et, c’est mon amour du reggae et de la musique qui m’a amené à lancer Massilia. Aussi la découverte du Sound System, de l’art de l’improvisation quoi, au travers des disques et des journaux musicaux.

MIM – Pourquoi ce choix d’une « version provençale du reggae jamaïcain » ?

T – Ce n’est pas par différenciation qu’on a choisi le provençal, mais justement pour être au plus proche de ce qu’il nous paraissait être l’essence du reggae : une musique de proximité. Il fallait donc qu’on chante dans notre langue. Et comme les chanteurs de reggae, on a fait des gens de notre entourage l’objet de notre inspiration pour nos chansons.

MIM – Quelques années après la naissance de Massilia, en 1989, vous montez votre propre label baptisé « Roker Promocion ». Pour quelles raisons ?

T – On l’a fait par nécessité et par défaut parce que personne ne s’intéressait à nous. C’était aussi l’époque du mouvement alternatif marqué par le punk et le rock’n’roll où les groupes avaient cette attitude de faire les choses par eux-mêmes parce qu’ils n’arrivaient pas à toucher le système normal.

MIM – Ce label a permis à Massilia de décoller mais aussi de lancer des groupes très connus aujourd’hui comme les mythiques marseillais IAM ou encore le groupe toulousain Fabulous Trobadors…

T – Notre objectif était de déclencher un truc transversal qui touche les autres artistes, la partie technique, les studios d’enregistrement… Les autres activités artistiques en fait. On a toujours avancé en essayant de créer une espèce de pôle pour avoir tout sous la main, c’est pour cela qu’on a produit d’autres groupes. Tout cela a permis de faire que maintenant, un musicien à Marseille a presque tout sur place.

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Les Massilia Sound System © DR

MIM – Pari réussi donc ?

T – Ce label nous a permis d’exister et à partir du moment où tu existes par tes propres moyens, tu commences à intéresser les autres personnes. Un label du mouvement alternatif s’est intéressé à nous grâce à ça et nous a permis d’avoir la distribution nationale que l’on n’avait pas auparavant et qui nous a vraiment lancé. Pour autant, ça ne nous a pas ouvert les portes de grand marché.

MIM – Revenons-en à Massilia. L’année du 20ème anniversaire du groupe, en 2004, chacun se concentre sur ses projets personnels. Vous créez avec Blu, le guitariste des Massilia, et Jamilson Da Silva, un percussionniste brésilien, le groupe « Moussu T e lei Jovents ». Vous n’avez pas eu l’envie à ce moment-là de vous lancer en solo plutôt que de refaire un groupe ?

T – Cela ne s’est pas présenté comme ça car c’est les jeunes (Blu et Jamilson Da Silva ndlr) qui ont eu l’idée du groupe avant moi. De toute façon, moi, j’aime le côté groupe. Quand j’étais minot, je rêvais d’être dans un groupe. J’aime cette vie, ce côté bande, ce côté chourmo.

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Moussu T e lei Jovents © DR

MIM – Les chansons de ce nouveau groupe s’inspirent du melting pot marseillais des années 30 « où les chansons provençales côtoyaient les opérettes marseillaises de Vincent Scotto et les musiques noires alors en pleine explosion comme le blues et le jazz ». Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans ce style de musique là, assez loin de celui de Massilia ?

T – Si ce n’est pas pour faire quelque chose d’autre, autant rester dans Massilia ! Le but était de faire un truc radicalement différent. Mais paradoxalement c’est aussi proche et voisin. Pour schématiser, avec Moussu T on fait du blues et avec Massilia du reggae qui est du blues de Jamaïque. Je n’ai pas quitté Massilia parce que ça ne fonctionnait pas, j’ai juste fait un truc à côté car il y a des choses que je ne pouvais pas faire dedans.

MIM – Aujourd’hui, après 30 ans avec les Massilia et 10 ans avec Moussu T, quel groupe ou quel style de musique représente le mieux l’artiste que vous êtes ?

T – Les deux parce que c’est moi qui fais les deux, alors heureusement que je fais quelque chose qui me représente ! Chacun des deux sert à des moments de la journée et de la vie différents : Massilia c’est la danse alors qu’avec Moussu T je peux jouer à l’apéro, faire des balades pour la sieste, etc. Ça me plait de passer de l’un à l’autre, ça amène du mouvement.

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Tatou © Christine Cornillet

MIM – Gari, l’un des autres MC des Massilia, nous révélait dans son interview que les surnoms sont une tradition dans le groupe. D’où sont venus les vôtres, Tatou et Moussu T ?

T – C’est vrai que dans notre entourage, les surnoms sont devenus une habitude. « Tatou » vient de quand j’étais bébé. C’est une petite fille qui m’avait appelé comme ça. Je me rappelle que quand j’avais 12 ans, il ne me plaisait pas du tout ce surnom ! Ensuite « Moussu T » parce qu’au sein de Massilia, je suis rangé dans la catégorie des anciens et « moussu » en provençal ça veut dire « monsieur ». Et le « T » pour Tatou, tout simplement.

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